Mikhail Obama, Barack Gorbatchev ou Gorbama ?

Article publié le 13 décembre 2008
Publié par la communauté
Article publié le 13 décembre 2008
L'histoire se répète dit la sagesse populaire. Rappelez vous 1989 , il y a 20 ans presque jour pour jours : Un guerre froide qu'on avait cru éternelle était en train de se clore sous nos yeux et les murs qui divisaient l'Europe tombaient...un nouveau dirigeant de l'Union soviétique, Gorbatchev, faisait souffler un vent de liberté inédit sur son pays et le monde.

Deux ans plus tard, l'URSS implosait. Personne, absolument personne, n'avait prévu cela ( ou plutôt si, voir ici )

20 ans plus tard, en 2009:

L'ancien (?) ennemi de la Russie, les USA, après deux décades de triomphe de "son" système, est à son tour secouée par une crise sans précédant.

Naguère modèle incontesté, le développement du chômage et l'endettement record mine le pays. Le dollar connait une faiblesse endémique et l'état est au bord de la banqueroute après huit ans d'une politique belliqueuse tout azimuts.

C'est alors qu'un nouveau leader arrive, et prétend à un changement économique et politique radical...

Étrange symétrie de l'histoire. Le parallèle vous semble simpliste ? Et pourtant…

Les racines du mal

Le mal ne date pas d’hier. Il y une sorte de logique profonde à tout cela. Durant la guerre froide, Les USA ont précipité la chute de l’URSS en l’entraînant dans une course aux armements ruineuse que l'ours soviétique ne pouvait pas soutenir. La guerre des étoiles de Reagan fut le grand bluff final.

Effectivement, l’URSS se ruina et du renoncer à ses ambitions impériales, jusqu'à imploser.

Mais on oublie que le "vainqueur" aussi du mettre en œuvre des dépenses colossales.

Le système militaro-industriel, désormais au cœur de l’état américain, entend continuer à rester « utile » après la guerre froide. De lui dépendent désormais les revenus et les emplois de millions d’américains, ce qui explique aussi la politique agressive de ces dernières années et l'invention forcenée de nouveaux ennemis, "l'axe du mal". C'était aussi devenu une nécessité économique interne, la meilleure des "relance".

Dans les années 90 , la confiance absolue dans ce géant atlantique triomphant fait que, grâce au dollar, l’argent afflue plus que jamais du monde entier vers les USA, en dépit des dettes qui s'accumulent. Comme au temps des conquistadors espagnols, il devient facile pour quelques uns de s’enrichir démesurément…au détriment de l’économie manufacturière du pays, abandonnée (et/ou délocalisée) et substituée par des produits d'importations.

Ainsi les prévisions de Emmanuel Todd dans « après l’empire » sont en train de se vérifier, de jour en jour: l'euro, reparti à la hausse, mine la suprématie du dollar et donc directement la pompe à financement - ou à ce stade, de la perfusion - qui permet aux USA de maintenir artificiellement à flot une économie sur-endettée et un tissu économique "vermoulu" de l'intérieur.

Mais l'Etat , comme les ménages, ne peut pas s'endetter éternellement. L'Amérique est déjà financée à plus de 60 % par la Chine, via ses bons du trésors. Les Taux d'intérêts ( le "prix" du dollar), a été remmené a zéro dans l'espoir d'inciter les américains à s'endetter davantage. Outre la relative faiblesse de l'Europe politique, c’est désormais la fuite en avant des dirigeants chinois, préférant soutenir artificiellement l'économie américaine plutôt que de perdre leur plus gros client, qui sauve encore l'état américain de la banqueroute.

Mais pour combien de temps ?

Les États de l'ex-USA ?

L’Amérique n’est pas notre ennemi. Mais avec les turbulences qui s’annoncent, elle pourrait devenir un danger majeur.

Imaginez un pays de 300 million d’habitants, profondément religieux, persuadé d’avoir une "destinée manifeste", doté d’un arsenal nucléaire immense et d’une capacité militaire hypertrophiée….le tout sombrant dans le chaos et l’instabilité…

Nous avons eu de la chance avec la Russie de Gorbatchev et Elstine. Comme le fait valoir Emmanuel Todd, vu le drame qu’ont connu les Russes, cela ne s’est finalement pas trop mal passé.

Barack Obama connaitra peut être le même sort que Gorbatchev.

Ce dernier, extrêmement populaire à l’extérieur, connu bien vite des records d’impopularité à l’intérieur de son pays en raison du chaos économique et social. En 2009, l'Obamania prend des allures d'hystérie, celle d'une opinion en quête d'un homme providentiel, dont imagine mal comment à lui seul il pourrait défaire le cycle infernal de l'endettement. A moins, justement, d'y mettre un terme et d'en affronter les conséquences.

ElectoralCollege2008.jpg Reste à espérer que la chute des USA, si (ou quand) elle se produit, se fasse sans trop de casse pour eux...et le reste du monde.

USA_Map_1864_including_Civil_War_Divisions.png Désormais, comme en 1989, tout est possible, même le pire. L'effondrement économique et social peut réactiver les divisions profondes qui existent aux USA, entre nord et sud ( mais pas seulement). Un simple coup d'œil aux États ( les élections américaines sont en realité "indirectes") acquis à Obama (première carte, en bleu) ...nous donne pratiquement la même répartition que celle des yankees opposés aux confédérés durant la guerre de sécession (en bas).

C'est toujours la même histoire: celle d'un sud moins industrialisé qui rechigne à payer des sommes exorbitantes pour financer le emplois du nord " fordiste" en perdition...

Le dormeur doit se réveiller

Nous européens, lors de l'effondrement de l'URSS, avons du nous adapter pour accueillir l’est du continent libéré et la réunification de l’Allemagne. En quelques années, l’euro et l’UE sont nées de cette accélération de l'histoire.

Comme en 1989, l’Europe est à nouveau conduite à resserrer ses liens.

Pour la première fois, lors de la crise géorgienne les USA impuissants et muets face à leur ancien ennemi, la Russie, passent au second plan derrière l'Europe, ce nain politique, qui occupe le devant de la scène !

Les institutions européennes, dont la Banque Centrale, naguère calomnié pour sa « rigidité » s’adaptent aux circonstances. Les pays qui se sont tenus en dehors de l'euro connaissent de graves difficultés et font soudain un volte face spectaculaire. Les européens comprennent soudain que l'Union fait la force. Même le Royaume uni, dont la monnaie a chuté de près de 30 % en moins d'un an, regarde désormais vers la zone euro....

Dans le vide global qui risque de se créer, le monde aussi va avoir besoin de stabilité et d’une nouvelle direction.

Il est donc à nouveau urgent que les européens dépassent leurs divergences internes sur le traité de Lisbonne, leurs craintes et leurs visions nationales pour comprendre qu’ils sont en train de faire rien de moins que l’Histoire: de leur union ou de leur désunion va dépendre leur avenir, mais aussi celui de l’humanité, pour le siècle qui commence.

Si les élections européennes passionneront certainement beaucoup moins que "Obama", elles sont indubitablement beaucoup plus importantes pour notre avenir immédiat, car elles pourraient faire émerger un vrai débat et une conscience commune nécessaire à notre survie dans le chaos qui approche.

Dommage qui ni les états, qui s'acharnent à vouloir saboter les élections européennes en pratiquant leurs petits jeux de placements, ni les partis européens, qui ne prennent pas leurs responsabilités en expliquant les enjeux très réels et très proches, ne contribuent à faire émerger cette conscience.

Références:

- Cartes : wikipedia