Mika Waltari : d’Helsinki à Istanbul

Article publié le 1 octobre 2008
Article publié le 1 octobre 2008

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

2008 fête le dialogue interculturel, et aussi le centenaire de l'écrivain finlandais Mika Waltari. Cet auteur a voyagé d’Helsinki à Istanbul en 1929, par le train de l'intégration. Réflexion sur la place de la Turquie dans l’Europe, lors de ce voyage imaginaire.

(Suomen historia, K. O. Lindeqvist/ Wikimedia)Le roman de Mika Waltari, Yksinäisen miehen juna(Le train d'un homme solitaire, 1929), transporte le lecteur d’Helsinki à Istanbul, à travers une Europe qui reprend son souffle entre deux guerres mondiales, encore en équilibre à la frontière de l'ancien et du nouveau. Ce livre de voyage fêtera ses 80 ans l'année prochaine, mais le regard de Waltari sur notre partie du monde et ses habitants semble intemporel. En « recherchant notre temps », le personnage principal est surtout en train de se chercher lui-même et d'affronter l'âge adulte. Le train en mouvement ne peut pas être arrêté et trace sa route vers un nouvel inconnu moderne. L'individu note les adresses et compile les horaires et itinéraires. Au final, la décision consiste simplement à vouloir rester ou non à bord.

Via l'Allemagne

Dans l'intégration européenne, le parcours du train s'est élargi géographiquement et approfondi politiquement. La spécificité de la position finlandaise a été sa proximité à l'Est, tout en étant intégrée à l'Ouest. Sa décision volontaire de monter dans le train en 1995, en même temps que la Suède et l'Autriche, a été émotionnellement importante. En tant qu'humaniste, historien et Européen, Waltari se questionnerait sur les discussions actuelles, dissimulées, concernant l'élargissement, l'approfondissement et l'entrée de la Turquie dans l'UE. Pour lui, Istanbul était la destination.

En voyageant au sud de Berlin, nous dépassons Augsburg qui tire son nom de la paix religieuse établie sur le principe de « celui qui gouverne le territoire décide de la religion ». En février 2008, lors d'un discours à Cologne, le Premier ministre turc Erdogan a appelé les Turcs vivant à Allemagne à rester loyaux envers la Turquie. Le processus d'intégration est une rue à double sens, le candidat est-il désormais en train de freiner ? Le concept d'Erdogan envisageant les Turcs comme une communauté émotionnelle au sein de l'Allemagne est intéressant. Si on l'inverse, le principe d'Augsburg donne le concept suivant : « Ceux qui décident de la religion gouvernent le pays ». Donc, si la loyauté des Turcs vivant à Berlin va vers leur ancien pays natal, le Premier ministre à Ankara, plutôt que le chancelier à Berlin, a-t-il pouvoir sur Kreuzberg ? Les identités, les loyautés et les symboles sont toujours, de manière surprenante, très importants en Europe. Pour quelle autre raison un drapeau, une chanson ou une devise deviennent-ils des problèmes cruciaux lorsqu'il s'agit de négocier une constitution ?

(Tcdd network/ Wikipedia)

Istanbul, sommes-nous arrivés ?

Le train d'un homme solitaire est arrivé à destination. Waltari a été déçu: il descend à Istanbul et non à Constantinople. « J'ai déjà trop attendu. Pour moi, cette ville est devenu un symbole de l'inatteignable et de l'étranger. » Ce que Waltari a découvert n'existe plus aujourd'hui.

De nos jours, Istanbul est une métropole de 10 millions d'habitants. Vue de dehors, elle diffère à peine des autres métropoles. Son cœur bat avec enthousiasme et jeunesse, mais il reste attaché à ses traditions. L'intégration de la Turquie a commencé sérieusement lorsqu'elle a adhéré à l'Otan en 1952. Dix ans plus tard, un accord est conclu avec la CEE et, en 1996, un accord douanier avec l'UE. Désormais un acteur de la politique européenne, la Turquie a réagi aux demandes avec prudence, malgré son désir de devenir membre, qui est utilisé comme une arme. Simultanément, la jeunesse turque, et son potentiel de stimulation de la croissance dans toute la zone, fascine une Europe vieillissante.

(Robertraderschatt/flickr)La répression des Arméniens en 1915 a sans aucun doute servi Mustafa Kemal dans sa tentative de rejoindre l'homme malade qu'était l'Europe. En héritage, il a laissé la Turquie à la Turquie, tout en créant une idéologie ultranationaliste, la laïcité et un système militaire rigoureux pour les superviser. L'UE demande à la Turquie d'admettre ses fautes passées, mais ferme les yeux sur ses propres fautes. L'Allemagne est sans doute le seul pays qui a dû véritablement se regarder dans la glace. 3 millions d'Arméniens ont désormais leur propre pays. À peu près autant vivent aux États-Unis et en Europe. 

Unis dans la diversité

Pour ce qui est des autres minorités, les Kurdes représentent environ 15 % de la population turque, et leurs droits ont été réduits au minimum. La Turquie peut-elle contrôler son nationalisme bouillonnant, voire même accepter la formation d'un Kurdistan indépendant ? Les plus grands obstacles à l'entrée de la Turquie dans l'UE sont les autres pays qui ont déjà pris place dans le train de l'intégration, des pays qui n'ont cependant de réponses qu'à une partie des questions posées le long du chemin.

Waltari voulait « ressentir et vivre dans sa chair l'individualisme douloureux des pays et des peuples » d'une frontière à l'autre de l'Europe. Vous aussi, vous allez rencontrer les peuples et pays du continent « unis dans la diversité », dans les wagons du train en route vers l'intégration européenne. Waltari dit également que les gens sont partout les mêmes. Cela ne fait pas de différence que l'on soit dans l'église orthodoxe Hagia Sophia d'Istanbul, une mosquée ou un musée. Comme suggéré par ce nom (« Haguia Sophia » signifie Sainte Sagesse), être Européen ne dépend pas de ce que l'on porte un fez, un foulard ou un chapeau melon.

Ce texte est une version courte de l'article original en finnois.