Miha Mohorič et “les enfants de la rue”

Article publié le 8 mars 2012
Article publié le 8 mars 2012
Par Bibbi Abruzzini, traduit par Emilie Fromont Le cinéaste slovène Miha Mohorič fait partie des 719,547 touristes qui ont visité le Népal l'an dernier. Il a décidé de documenter la vie quotidienne des enfants des rues surpeuplées de Katmandou. La population du Népal est de 29 millions, dont plus de 30.000 enfants des rues.

Malgré la crise, la réalité européenne ne peut être comparée à la lutte pour la survie qu’endurent les enfants des rues au Népal tous les jours, pourquoi et comment avez-vous été si près d'eux?

Mon premier contact avec les enfants des rues a été le même que pour la plupart des étrangers qui visitent Katmandou; être désolé pour ces enfants et les oublier dès qu’ils sont hors de notre regard. En raison de problèmes de visa, j'ai été forcé de rester à Katmandou et j’ai côtoyé un gang qui m’a permis de comprendre les petits détails de la vie de ces enfants des rues, habituellement cachés aux touristes. « KHATTE – les enfants des rues» est un documentaire sur leur combat pour la survie et le rôle de certaines ONG, qui utilisent les enfants des rues comme une couverture pour acquérir et détourner des dons. En connaissant leur vie quotidienne, j’ai compris que sous leur aspect de toxicomanes et sous les vêtements sales, ils sont encore des enfants, avec le besoin d'amour et de rire d'enfants. La seule chose que ces enfants ont ce sont leur semblables et - bien qu'ils ne possèdent rien - ils partagent leur dernier morceau de nourriture, même avec des chiens de rue. L'Europe est en effet à mille lieues de ce mode de vie, mais si je peux faire prendre conscience aux Européens de cette autre réalité (pas si rare), alors ma mission est accomplie.

Les enfants des rues sont souvent stéréotypés tant par les Népalais que par les Européens, quelles sont les émotions qui vous ont ébranlé sans pouvoir être saisies par la caméra?

Les ONG internationales qui travaillent avec les enfants des rues n'ont pas été très coopératives, et je n'ai pas été autorisé à filmer leur travail avec les enfants. Par ailleurs, j'ai eu des problèmes de tournage avec les commerçants qui vendent de la colle aux enfants qui essayent toujours de se cacher de la caméra. Je me sentais en colère de voir comment ces derniers sont traités par d'autres êtres humains, et comment les gens les voient comme des criminels au lieu de réaliser qu'ils n'ont pas le choix; s'ils l’avaient, ils ne vivraient pas dans la rue et ne prendraient pas de drogue.

Quel est le concept derrière HiddenWords productions?

Nous sommes un groupe de passionnés, nous voyageons depuis l'Europe dans le monde entier afin de documenter sur des sujets qui ont le plus besoin d'attention et de reconnaissance des médias. Notre «arme» est notre caméra, notre vision est de présenter des histoires vraies, heureuses ou tristes, qui ne sont pas manipulées par les médias. Avec nos projets, nous voulons dépasser les limites de l'inconnu en montrant les problématiques culturelles et sociales qui restent habituellement dans l’ombre.

Quelle est la date de sortie de 'KHATTE' et quel est votre public cible?

«KHATTE-Les enfants de la rue» sortira en milieu d'année. Il sera surtout diffusé dans ​​les festivals de documentaires et, plus tard, lors des émissions de télévision, à travers l'Europe. Pendant le tournage du documentaire, j'ai envisagé un large éventail de public car je pense que c'est une réalité à laquelle chacun devrait être confronté.