Migration climatique

Article publié le 10 décembre 2008
Publié par la communauté
Article publié le 10 décembre 2008
Les statistiques : Les changements climatiques concernent désormais l’agriculture bulgare. La politique bulgare : Ces liens sont lointains et abstraits. En 2003, un rapport de l’Académie des sciences bulgare définit la sécheresse sur les terres bulgares comme un « exemple moderne des changements climatiques ».
En voici les preuves : trois périodes de sécheresse au xxe siècle, dont la dernière a duré assez longtemps, de 1982 à 1994. Cette sécheresse exerce une influence directe sur  les cultures agricoles. En 1993, par exemple, la sécheresse à causé une perte en production de graminacées égale à 259 millions de dollars américains.

Les conditions climatiques défavorables dans le pays continuent à avoir une influence sur les cultures agricoles aussi en ce début de xxie siècle : la baisse en production de tournesol est  dans l’ordre de 57 % pour la période 2006-2007, les pertes en production de tabac et de maïs de fourrage en 2008 sont respectivement de 80 % et de 50 % ; toute la récolte de pommes en Bulgarie du sud-ouest a été sérieusement atteinte par les grêles du mois d’août.

Dans une étude de KPMG sur les répercussions des changements climatiques sur le monde des affaires, l’agriculture fait partie des secteurs les plus menacés. L’effet de la sécheresse, de même que les cataclysmes naturels de plus en plus fréquents, continuera à être néfaste pour l’agriculture qui se trouve déjà dans une situation peu enviable. La part du secteur dans l’économie bulgare est de seulement 8,6 % en 2006 (Rapport agraire 2007) et les fonds prévus par les programmes européens pour le développement du secteur (comme SAPARD) ne sont pas toujours utilisés à destination.

Les changements climatiques ont une autre conséquence sérieuse, elle aussi sous-estimée en Bulgarie : les processus migratoires. Ou plus concrètement : l’exode de la population rurale vers les villes, un problème déjà important en Bulgarie. La population bulgare, essentiellement de type rural avec 75 % de la population vivant à la campagne en 1946, est aujourd’hui une population urbaine avec 71 % des Bulgares vivant dans les villes en 2007.  Actuellement, on explique cette migration surtout pour des raisons socio-économiques mais le changement climatique continu va intervenir dans le statu quo. Les foyers paysans comptent sur des ressources qui sont sensibles aux changements climatiques, comme l’eau ou une terre agricole fertile. De cette manière, les changements climatiques vont pousser de plus en plus de gens à quitter leurs foyers.

Les nouveaux flux migratoires sont à l’origine de changements sociaux qui requièrent une attention politique sérieuse.

Ceci ne peut pas ne pas influer sur la gestion des villes. L’empreinte de carbone, proportionnelle aux problèmes dans une ville, croîtra de manière importante. Les bouchons interminables et les problèmes de gestion des déchets s’aggraveront. Le manque de main d’œuvre en Bulgarie et l’abandon de la campagne bulgare seront de plus en plus perceptibles.

Visiblement, les changements climatiques concernent considérablement la vie du Bulgare ordinaire. Le problème est sous-estimé pour l’instant, surtout du point de vue des politiques, alors que cette situation nécessite des mesures urgentes de la part du gouvernement. Des mesures visant à adapter notre agriculture aux étés plus chauds et secs qui sont attendus, aux moindres précipitations et à un écoulement fluvial moins important. Si l’Etat essaye, par de réelles actions, de faire revivre l’agriculture bulgare, secteur traditionnel en Bulgarie jusque dans un passé proche, alors, il y a peut-être un espoir de renaissance, ce qui pourrait retenir les gens à la campagne. Avec un peu de chance, cela pourrait inciter les Bulgares à revenir dans le pays, ce qui est, du moins sur  papier, le premier but de la nouvelle Stratégie nationale pour la migration et l’intégration.

On ne peut pas se permettre, du point de vue de la société ou des politiques, d’ignorer le réchauffement global, puisque celui-ci nous concerne maintenant directement.

Stoyan Faldjiyski