MIDNIGHT EXPRESS

Article publié le 19 juillet 2014
Article publié le 19 juillet 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Des femmes portant des voiles noirs, des hommes moustachus en sueur, des toilettes sales et des rues sombres, des touristes violés…Tout pour rendre les spectateurs turcs fous en voyant ce que le cinéma d’Hollywood a été capable de réaliser dans ce film, Midnight Express. Ce film reste tabou, comme le Tank Man of China, et a énervé plusieurs générations. Cette partie de l’histoire a-t-elle existé ?

La majeure partie de la jeune gé­né­ra­tion turque ne connait pas grand-chose aux an­nées 70. Toutefois, nous nous rap­pe­lons de l'effervescence causée en 2001 par la sortie du film de Jackie Chan, The Ac­ci­den­tal Spy, qui fût tourné en grande par­tie à Is­tan­bul. Les mé­dias turcs ont vi­ve­ment cri­ti­qué ce film à cause des chauf­feurs de taxi vio­lents qui se sont bat­tus avec Ja­ckie Chan et de la pré­sence de femmes por­tant des voiles noirs. Alors pre­miè­re­ment le bou­lot de Ja­ckie Chan est de se battre et d’être battu dans les films, et deuxiè­me­ment pour­quoi cer­tains Turcs veulent igno­rer que des femmes portent des voiles ? Tou­te­fois ce film de Ja­ckie Chan a aussi, d’une cer­taine façon, pré­senté la Tur­quie à la com­mu­nauté in­ter­na­tio­nale sous un meilleur angle, mais il a dû af­fron­ter de sé­vères cri­tiques. Alors, ima­gine la ré­ac­tion des Turcs dans les an­nées 70 en­vers Mid­night Ex­press, film qui vou­lait dé­li­bé­ré­ment créer une mau­vaise ré­pu­ta­tion pour le pays. Les Turcs ont du de­ve­nir fous à l’époque. Comme disent les Ita­liens : Bes­tem­miare come un Turco. Trans­pi­rant comme un Turc fu­rieux. Pour­quoi les gens font-ils des films pour tor­tu­rer  les Turcs ? Pour­quoi les ex­pres­sions sur les Turcs sont né­ga­tives dans les autres langues ? Voici quelques autres exemples des Ita­liens : fu­mare come un Turco, sco­pare da culo come un Turco, Mamma li Tur­chi. Ce qui veut dire, fumer comme un Turc, pra­ti­quer le sexe anal comme un Turc, Mamma mia, les Turcs ap­prochent !

Si nous re­gar­dons ob­jec­ti­ve­ment Mid­night Ex­press qui a rem­porté 2 Os­cars, nous de­vons ad­mettre que le film est ori­gi­nal. Les scènes, le jeu des ac­teurs, la qua­lité de l’image, les dé­tails, la mu­sique, tout est réussi pour un film fait en 1978. En voyant les scènes nous sommes trans­por­tés et c’est un réel plai­sir. Beau­coup de points po­si­tifs de ce film sont à la hau­teur du Par­rain en 1972. En fait, Le Par­rain est aussi basé sur un en­vi­ron­ne­ment cultu­rel ita­lien dont ils ne sont pas fiers. Mais contrai­re­ment à Mid­night Ex­press, Le Par­rain a aidé les Ita­liens à ob­te­nir plus de sym­pa­thie. Alors pour­quoi les­Turcs se sentent cou­pables ?

Faire la liste des com­men­taires po­si­tifs sur Mid­nigth Ex­press n’est pas simple pour un Turc moyen. Ce­pen­dant, j’ai voulu don­ner en pre­mier une place aux bons côtés du film. Il n’y a pas un seul Turc avec un bon cœur dans ce film. Toutes les per­sonnes que Billy Hayes ren­contre sont soit dia­bo­liques, ou des monstres en qui on ne peut avoir confiance,  soit des gens im­pi­toyables. Tous les avo­cats, les gar­diens, les ven­deurs, les ser­veurs, les juges, sont pri­mi­tifs, mau­vais et sans édu­ca­tion, dans le film. Cela me donne l’im­pres­sion que les Turcs dans ce film ne sont pas dif­fé­rents des Orcs du Sei­gneur des an­neaux. Aussi, le lan­gage des ac­teurs est ri­di­cule dans la plu­part des scènes. C’est presque im­pos­sible de les com­prendre.  Par consé­quent les per­son­nages dans le film sont très ca­ri­ca­tu­rés.

Billy Hayes, dont la vie a ins­piré le sce­na­rio, a éga­le­ment ac­cepté de tour­ner les scènes non ba­sées sur la réa­lité et fausses, voir son in­ter­view il y a quelques an­nées : Billy Hayes. Par consé­quent, nous de­vrions ac­cep­ter que ce film ait été un outil de pro­pa­gande des États-Unis qui ont im­posé un em­bargo à la Tur­quie entre 1974 et 1978.

D’un autre côté, si le film avait été fait avec un peu plus d’ob­jec­ti­vité, il au­rait ap­porté de l’es­poir à la com­mu­nauté turque au lieu de les tor­tu­rer. Les Turcs dé­si­rent un chan­ge­ment al­lant vers une ré­ac­tion po­si­tive in­ter­na­tio­nale. Mais je vois que le scé­na­riste Oli­ver Stone, a raté le train de la paix de­puis long­temps avec Mid­night Ex­press.