Mìdia Ninja: le mondial vu de la rue

Article publié le 17 juillet 2014
Article publié le 17 juillet 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Un col­lec­tif de plus de 200 mi­li­tants se pré­pare à ra­con­ter ce qui est sur le point de se pas­ser en de­hors de stades bré­si­liens ac­cueillant le Mon­dial, dans une at­mo­sphère de ten­sion et de mal être qui ne laisse pré­sa­ger rien de bon.

Le Bré­sil, pays du foot, du so­leil et du di­ver­tis­se­ment. Pas exac­te­ment... Bré­sil terre de souf­france, de pau­vreté et de cri­mi­na­lité plu­tôt. Celle qui s’ap­prête à ac­cueillir le Mon­dial est une na­tion dé­chi­rée en deux. D'un côté il y a ceux qui dé­tiennent le pou­voir et qui sont ap­pe­lés à gérer des mon­tagnes de mil­liards. De l'autre, il y a une po­pu­la­tion épui­sée par la cri­mi­na­lité, la pau­vreté et le mal être so­cial gé­né­ra­lisé et qui, dès que l'oc­ca­sion se pré­sente, est prête à sor­tir dans la rue pour faire en­tendre sa voix. L’ap­proche de l'édi­tion bré­si­lienne du Mon­dial 2014 ne ri­mait ni avec dé­tente, ni avec en­train comme nous le pen­sions.

De­puis juin der­nier (quand au pays se jouait la Coupe des Confé­dé­ra­tions, "échauf­fe­ment" tra­di­tion­nel en vue du Mon­dial), des di­zaines et des di­zaines de ma­ni­fes­ta­tions ont eu lieu dans les al­lées des plus im­por­tantes villes du Bré­sil, dont beau­coup écla­tèrent en vio­lence. Aucun masque de car­na­val ni notes de samba. D'une côté des troupes de po­li­ciers avec leur équi­pe­ment anti-émeute, et de l'autre des ci­toyens ac­ca­pa­rés à pro­tes­ter contre les coûts consi­dé­ra­ble­ment éle­vés, pour la ma­jeure par­tie ve­nant des fonds pu­blics, concer­nant la construc­tion et la mo­der­ni­sa­tion des stades et qui, d’après eux, au­raient du être des­ti­nés aux ser­vices de base tels le trans­port, l'édu­ca­tion et la santé.

De­puis ce temps là, les grèves et ma­ni­fes­ta­tions ne cessent de se suc­cé­der. Au cours des der­nières se­maines, des fonc­tion­naires ainsi que d'autres ca­té­go­ries d'em­ployés se sont mis en grève et, en plus de re­ven­di­quer "de meilleurs condi­tions de tra­vail", ils ont éga­le­ment haussé la voix pour l'in­suf­fi­sance des ser­vices de santé, d'édu­ca­tion et de mo­bi­lité, ser­vices qui sont dé­sor­mais sur le point de s'ef­fon­drer.

Mìdia Ninja, les jour­na­listes du côté du peuple

Propre aux af­fron­te­ments de rue de juin der­nier, voilà qu'émerge Mìdia Ninja, un col­lec­tif d'écri­vains, pho­to­graphes, vi­déastes et ci­toyens dont la prin­ci­pale in­ten­tion fut de­puis le début celle de sen­si­bi­li­ser l'opi­nion pu­blique, bré­si­lienne ou non, sur ce qu'il se pas­sait dans les rues de toutes les plus im­por­tantes villes du Bré­sil. Ce pro­jet, né de pas grand-chose, est lié à la sphère des mou­ve­ments de gauche et au cir­cuit du col­lec­tif Fora do Eixo (or­ga­ni­sa­teurs de fes­ti­vals de mu­sique et d'évé­ne­ments cultu­rels). Ce pro­jet a réussi en très peu de temps à "re­cru­ter" près de deux mille col­la­bo­ra­teurs ré­parti sur plus de 100 villes de l’État de Rio de Jai­nero prêts à n'im­porte quelle heure du jour et de la nuit pour ra­con­ter ce qu'il se passe dans les rue des prin­ci­pales villes du Bré­sil.

Bruno Tor­turra, l'un des lea­ders du col­lec­tif, ex­plique com­ment Mìdia Ninja, grâce à laide des nou­velles tech­no­lo­gie et d'ins­tru­ments mul­ti­mé­dias, se pro­pose comme une "al­ter­na­tive au jour­na­lisme tra­di­tion­nel", fai­sant du "au­cune cou­pure, au­cune cen­sure" leur prin­ci­pale ca­rac­té­ris­tique. Ra­fael Vi­lella, pho­to­graphe du col­lec­tif, sou­ligne au contraire l'uti­lité du tra­vail que le groupe cherche chaque jour à mettre en avant, c'est-à-dire "of­frir au pu­blic une contre nar­ra­tion qui soit ca­pable de mon­trer tout ce qui n'ap­pa­rait pas dans les mé­dias tra­di­tion­nels".

Armés de smart­phones, ca­mé­ras et masques à gaz

S'ap­puyant sur les mé­dias so­ciaux uti­li­sés comme plate-forme prin­ci­pale, Mìdia Ninja a mar­qué dès le début une pro­fonde rup­ture avec les mé­dias tra­di­tion­nels. Des cen­taines de pho­tos et vi­déos, sou­vent ama­teurs, té­lé­char­gées sur la page Fa­ce­book ou Tum­blr, ont per­mis de sen­si­bi­li­ser l'opi­nion pu­blique sur les rai­sons des ma­ni­fes­ta­tions, et ont éga­le­ment réussi à si­gna­ler et dé­non­cer di­vers abus com­mis par les forces de l'ordre. Grâce à une vidéo, les ma­ni­fes­tants ont même réussi à dé­mas­quer un po­li­cier en civil qui avait jeté un cock­tail Mo­lo­tov du­rant une ma­ni­fes­ta­tion, en­chaî­nant une vio­lente contre ré­ac­tion.

Parmi les balles en ca­ou­tchouc per­dues, les la­cry­mo­gènes, les pierres et les frag­ments de gre­nades, les nou­veaux jour­na­listes d'ac­tion ver­sion 2.0, armés de smart­phones, ca­mé­ras et masques à gaz ont réussi ces der­niers mois à ra­con­ter ce qu'il se pas­sait dans les rues d'une na­tion au sein de la­quelle le contraste entre luxe et pau­vreté s'est tou­jours et se fait tou­jours plus grand. Les airs de fête d'il y a 7 ans, quand la com­pé­ti­tion fut dé­cer­née à la na­tion du foot par ex­cel­lence, ont ra­pi­de­ment laissé le pas à ceux de la frus­tra­tion et de la co­lère de la part d'une po­pu­la­tion de plus en plus pauvre face aux au­to­ri­tés. Sur les 200 mil­lions de ci­toyens bré­si­liens, au­jour­d'hui seule­ment 50% se sont dé­claré heu­reux d’ac­cueillir la plus im­por­tante com­pé­ti­tion de foot­ball de la pla­nète. Les autres, on les re­trou­vera pro­ba­ble­ment dans les rues, ma­ni­fes­tant poings levés contre les in­jus­tices et contre la pau­vreté tou­jours plus op­pri­mante. En at­ten­dant, nous autres, les oc­ci­den­taux, nous ser­rons trop oc­cu­pés à jouer les sup­por­ters pour nos pays bien aimés. Mais entre deux par­ties, jeter un œil sur le site de Mìdia Ninja ne vous coû­tera rien et cela pour­rait nous aider à nous rap­pe­ler que nous fai­sons tous par­tie de la même fa­mille hu­maine.