Michael Johansson: quand l'installation artistique ôte les objets de leur fonction

Article publié le 12 novembre 2014
Article publié le 12 novembre 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Chaque objet ne possède-t-il pas une histoire à laquelle est relié un flot ininterrompu d’associations d’idées ? Michael Johansson, un artiste suédois utilisant l’installation, approuvera certainement. Ses œuvres amènent son auditoire à expérimenter une réalité fictionnelle empreinte d’associations d’idées et de souvenirs, dans une forme sculpturale et en trois dimensions.

Michael Johansson a grandi à Trollhättan, une ville d’environ 50 000 habitants nichée non loin de la côte ouest suédoise. Dès son plus jeune âge, il s’est intéressé au dessin, mais ses attentes quant à ce que devait ressembler l’art l’ont vite contrarié. Il souhaitait donner une vision réaliste à ses croquis, afin de les amener vers la plus grande fidélité visuelle possible. Ce qui s’est avéré être un défi lorsqu’il entra dans une école d’art. Désormais, son travail, qui s’appuie sur le réel et les objets tangibles, semble ne pas vouloir seulement incarner l’attirance de sa jeunesse pour le réalisme, mais aussi produire un contexte entièrement différent, et il est vrai irréel, à travers lequel vous pouvez voir ces objets.

Sortir du moule

A 19 ans, Johansson fréquenta une école préparatoire d’art avant d’écumer les universités et de découvrir son style. « J’ai expérimenté différentes techniques et différents médias, comme la sculpture et la photographie ». Mais il se comportait de façon conservatrice avec son art, et ne pouvait surmonter les obstacles qui vont de pair avec ce que nous appelons le fait de « trouver sa voie ». Ce n’est que lorsqu’il commença à travailler sur son Master à l’Académie d’Art de Malmö, en Suède, que l’artiste que l’on connaît aujourd’hui émergea. « Si je devais être confronté à l’art que je produis actuellement, je n’aurais pas beaucoup aimé. Je pense qu’il aurait été difficile de considérer cela comme de l’art ». Vers la fin de ses études, Johansson avait déjà participé à quelques expositions, mais lorsqu’arriva son projet final, il souhaitait s’orienter vers quelque chose de différent. Voilà comment il s’immergea vraiment dans ce qu’il fait aujourd’hui, créant des pièces du quotidien qui communiquent aux spectateurs une information sur la relation qu’entretiennent les humains avec les objets. Pour cela, Johansson dut casser le moule qu’il avait lui-même créé. « Je voulais essayer quelque chose de nouveau pour mon projet de Master, alors que j’avais un filet de sécurité à l’université. Mon seul regret quant à mes études est de ne pas avoir pris plus de risques ». Prendre ces risques se sont avérés être fructueux : le spectateur peut ainsi avoir le sentiment que cette prise de risque fait partie du processus de création de n’importe quel artiste.

Nouvelles fonctions et compositions inhabituelles

Grâce à son exposition finale, Johansson a trouvé un sujet qu’il pouvait relater et sur lequel s’appuyer ; en rassemblant des objets ménagers usagés, Johansson les ôte de leurs fonctions initiales et de leurs contextes, et leur en procure de nouveaux. « Si une sculpture consiste en une centaine de pièces différentes, elles viennent d’une centaine de maisons différentes, et ont été utilisées par une centaine de personnes différentes. Dorénavant, elles sont assemblées en une seule et même sculpture, une installation. En d’autres termes, des vies sont formées en une fausse identité qui n’a jamais existé ». Son œuvre The Move Overseas en est un bon exemple. Elle a été conçue dans le cadre d’une exposition en Belgique, qui a nécessité une planification importante afin de surmonter les difficultés techniques et structurelles. « L’idée initiale était de créer un container invisible à travers lequel vous auriez pu regarder, de donner un aperçu de ces objets fabriqués par delà les mers avant d’être expédiés autre part ». Mais Johansson sait que son interprétation de son œuvre n’est pas nécessairement la seule et unique. Sa vision des choses n’est pas, pour ainsi dire, plus importante que celle de son public, car celui-ci demeure le seul à porter les idées mises en avant par les objets. « Bien sûr, je ne veux pas que les gens affirment que je veux dire quelque chose quand ce n’est pas le cas, mais s’il s’agit d’une interprétation privée, ça me convient ».

Inverser la chaîne de production

Une autre approche de l’œuvre de Johansson est de ramener les objets à leur lieu d’origine. Les représentations de ces origines font resurgir de vifs souvenirs à tous ceux ayant grandi en concevant des maquettes de voitures, bateaux, trains, avions, tanks et n’importe quel autre jouet. Mais les pièces de Johansson sont différentes. Plutôt que de créer des versions miniatures de ces objets, il s’est orienté vers une approche différente. « L’année qui a suivi mon Master, j’ai vécu à Stockholm. Je me rendais à un rendez-vous en train et je feuilletais quelques carnets de croquis vieux de sept ans. Bien sûr à l’époque, je ne savais pas comment les réaliser. Le budget était très limité, alors je me suis rendu sur le train comme si j’avais les vrais objets, et je les ai transformés en maquettes, j’ai pu alors réduire les coûts ». C’est ainsi que des œuvres comme Manual Lawn Mower Assembly Kit (2011) et Assorted Garden Assembly (2010) ont émergé. « Je voulais soustraire la fonction première des objets et effectuer un processus de construction presque inverse. Dans le cas présent, il était important de conserver les mêmes aspects des objets démis de leurs fonctions et de leurs significations, à l’instar de mes autres créations ».

Les parties d’une maquette, cependant, ont été réalisées pour être utilisées à la place des objets réels, avant de les couler dans le bronze. Hard Hat Diving (2011) a été créée pour une base navale de la côte est suédoise spécialisée dans la plongée et les tactiques sous-marines. Cette installation devant être permanente et à l’extérieur, elle devait être résistante à tous les temps. « La marine m’a laissé emprunter tous les matériaux et les combinaisons en caoutchouc, puis j’ai eu cette incroyable fonderie à Malmö pour mouler mon travail en bronze ».

Encore une fois, toutes ces maquettes visent à renverser la ligne de production des objets, à voir leurs différentes parties compartimentées puis séparées, un peu comme un jeune mécanicien qui démonte un moteur pour mieux comprendre son fonctionnement. Ces objets semblent-ils plus stériles et matérialistes que dans leur forme complète ? Dépouiller un objet de sa fonction le rend-il dénué de sens, ou rehausse-t-il seulement son existence ? Qu’il regarde ou non sa maquette ou ses œuvres, où les objets du quotidien sont rassemblés dans des cubes en trois dimensions, le spectateur ne peut que s’interroger de façon philosophique, des questions qui vont droit au cœur de notre relation avec les objets.

Si vous souhaitez voir davantage d’œuvres de Michael Johansson, visitez son site Internet !