Michael Gove : l'élève modèle du gouvernement britannique

Article publié le 15 janvier 2014
Article publié le 15 janvier 2014

Mi­chael Gove, se­cré­taire d'État à l'Édu­ca­tion bri­tan­nique, pour­suit son pro­gramme de ré­forme avec achar­ne­ment. In­sen­sible aux cri­tiques, ses ré­formes sont dé­ci­sives, bien que contro­ver­sées. Mais de quoi Gove est-il le nom ?

Mi­chael Gove, se­cré­taire d'État à l'Édu­ca­tion en Grande-Bre­tagne, issu du parti conser­va­teur, est une per­son­na­lité hau­te­ment contro­ver­sée. Il fi­gure pour­tant parmi les dé­pu­tés de la coa­li­tion Conser­va­teurs - Li­bé­raux dé­mo­crates les plus po­pu­laires. D'où vient ce pa­ra­doxe du M. Gove l'in­cre­vable, à la po­li­tique tant dé­criée et tant louée à la fois ? Le fond de la po­lé­mique vient de sa per­cep­tion d'un sys­tème édu­ca­tif bri­tan­nique en dif­fi­culté et de sa vo­lonté d'agir. Que l'im­pres­sion qu'il donne soit bonne ou mau­vaise, cela ne change en rien ses convic­tions. Voilà pré­ci­sé­ment d'où vient sa ca­pa­cité à se faire bien voir tout en étant ré­for­ma­teur.

quand GOVE FAIT UN BRAS D'HON­NEUR AUX EX­PERTS

Ses ré­formes sont trop nom­breuses pour être ci­tées. Elles concernent des pans im­por­tants du sys­tème édu­ca­tif bri­tan­nique : l'or­ga­ni­sa­tion des éta­blis­se­ments et des exa­mens, voire la re­fonte des pro­grammes sco­laires. Cette der­nière ré­forme, plu­tôt que d'être ins­pi­rée des re­cherches me­nées cette année par l'Uni­ver­sité de Cam­bridge, fait un pied de nez aux ré­sul­tats de l'éta­blis­se­ment pres­ti­gieux. Ces ré­formes ont en effet été fa­çon­nées par un es­prit de com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale, afin que « les jeunes an­glais puissent ri­va­li­ser avec les meilleurs ». Les clas­se­ments in­ter­na­tio­naux per­turbent de plus en plus un sys­tème édu­ca­tif bri­tan­nique en nette perte de vi­tesse.

C'est aussi à tra­vers cette com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale que Gove a voulu ré­for­mer l'or­ga­ni­sa­tion des écoles. S'ins­pi­rant lar­ge­ment de la Suède, il a inau­guré un grand nombre d'écoles gra­tuites (free schools), payées par le contri­buable sans pour au­tant dé­pendre du local go­vern­ment control (équi­valent du rec­to­rat fran­çais, ndt).  Elles donnent di­rec­te­ment leur bilan au Dé­par­te­ment de l'Édu­ca­tion bri­tan­nique et ne sont pas obli­gées de se confor­mer au pro­gramme du gou­ver­ne­ment, aux exi­gences de re­cru­te­ment des pro­fes­seurs ou aux normes nu­tri­tion­nelles dans les can­tines. En bref, ces écoles peuvent en­sei­gner ce qu'elle veulent, em­ployer qui elles veulent et lais­ser les en­fants se nour­rir comme ils veulent. De­puis que le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment tra­vailliste les a mis en place, Gove s'est fait force de pro­po­si­tions. À en voir les rap­ports d'OF­STED (équi­valent de l'Ins­pec­tion de l'Édu­ca­tion na­tio­nale, ndt) dé­mon­trant l'échec de cer­taines écoles et la né­ces­sité de se conver­tir au nou­veau sta­tut, Gove aura su y re­con­naître ses propres in­té­rêts.

LA SUèDE N'A PAS Ré­PONSE à TOUT

Mal­heu­reu­se­ment pour Mon­sieur Gove, ce que fait la Suède ne doit pas for­cé­ment être re­pro­duit au Royaume-Uni. En 1992, les Sué­dois, qui ont les al­lo­ca­tions fa­ciles, in­tro­duisent un sys­tème d'école gra­tuite grâce au­quel les pa­rents peuvent bé­né­fi­cier de chèques de sco­la­rité afin de pla­cer leurs en­fants dans des écoles à but lu­cra­tif fi­nan­cées par des in­ter­ve­nants ex­té­rieurs. Gove quant à lui a failli mettre à dis­po­si­tion des chèques de sco­la­rité per­met­tant aux or­ga­nismes à but lu­cra­tif de mo­né­ta­ri­ser l'édu­ca­tion pu­blique. Sage dé­ci­sion après les der­niers scan­dales du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique, es­cro­qué par des so­cié­tés de ser­vice pri­vées.

Le nerf de la guerre, ce sont les ré­sul­tats PISA, dé­mon­trant que les jeunes sué­dois fi­gurent plus bas dans le clas­se­ment in­ter­na­tio­nal. C'est un coup à double tran­chant en rai­son de la fer­me­ture du pre­mier pi­lote des écoles gra­tuites, JB Edu­ca­tion, et des cen­taines d'en­fants sué­dois dé­sor­mais sans école. On peut alors s'in­quié­ter du sort des écoles gra­tuites des îles an­glo-celtes spon­so­ri­sées par deux or­ga­nismes sué­dois, Kuns­kaps­so­lan et In­ter­na­tio­nella En­gelska Sko­lan.

Pour au­tant, ces évé­ne­ments ne semblent pas avoir tou­ché le pu­blic. Il est clair qu'une part du Royaume-Uni ré­agit contre les ré­formes de Mi­chael Gove avec hor­reur et in­di­gna­tion, mais pour une ma­jo­rité de per­sonnes, Mi­chael Gove reste un mi­nistre très po­pu­laire. Dans un son­dage ef­fec­tué parmi des par­ti­sans du parti conser­va­teur en mai 2012, il est dé­claré deuxième mi­nistre le plus po­pu­laire du gou­ver­ne­ment avec 82 % des voix.

À fond la (ré)forme

Dans un parti qui a long­temps cru perdre son futur roi - un cer­tain maire de Londres aux che­veux blonds (Boris John­son, ndt) - des conci­lia­bules portent déjà le Se­cré­taire de l'Etat à l'Édu­ca­tion au pi­nacle. Ses deux ans et demi à un poste sou­vent peu re­con­duit ont scélé son des­tin. Mais, pour­quoi ? Cet homme a lancé la ma­chine à ré­formes sous les conseils de pro­fes­sion­nels. Des réformes aux­quelles les en­sei­gnants s'op­posent fa­rou­che­ment. Un homme dont le sou­hait de ré­duire le bud­get du pro­jet « Construire des écoles pour de­main » (BSF, pour Buil­ding Schools for the Fu­ture, ndlr) dans six do­maines a été consi­déré comme illé­gal car non concerté. Lui, qui a ap­pli­qué une po­li­tique de façon alar­mante, qui a conduit au plus faible taux de réus­site aux GCSEs (équi­valent du bre­vet, ndt) de l'his­toire en­traî­nant la ré­éva­lua­tion à la hausse des exa­mens d'an­glais. L'ave­nir de mil­liers d'étu­diants ve­nait d'être boul­versé.

Gove doit son suc­cès à deux fac­teurs. Le pre­mier, c'est que dans un gou­ver­ne­ment où l'on s'em­presse de ré­duire le bud­get des ser­vices aux plus pauvres, il est consi­déré comme celui qui veut que les éga­rés du sys­tème pu­blic puissent s'en sor­tir. C'est un ré­for­ma­teur constant et un pour­fen­deur des syn­di­cats des en­sei­gnants.

Le deuxième fac­teur, plus in­si­dieux, c'est le sen­ti­ment que le sys­tème édu­ca­tif pu­blic du Royaume-Uni est en échec, sen­ti­ment que Gove est le plus à même d'ex­ploi­ter pour être po­pu­laire. Déjà dans son dis­cours Edu­ca­tion, edu­ca­tion, edu­ca­tion, Tony Blair dé­cri­vait une école en dif­fi­cul­té ayant déses­pé­ré­ment be­soin d'être re­for­mée. Avec Gove, les ré­formes se font plus lourdes mais aussi plus ra­pides. Le temps d'une ap­proche pon­dé­rée des ré­formes est semble-t-il ré­volu, res­pon­sa­bi­lité que le gou­ver­ne­ment tra­vailliste pré­cé­dent de­vrait en­dos­ser. Pour le mo­ment, il semble que le Se­cré­taire de l'Etat à l'Édu­ca­tion soit in­faillible, bien que la Suède ne soit pas tout à fait d'ac­cord.