Menaces sécuritaires en Grèce ?

Article publié le 22 mars 2009
Publié par la communauté
Article publié le 22 mars 2009
La semaine dernière, les journaux grecs relayaient deux informations liées par cette même nécessité exprimée par le gouvernement: le retour au calme et à la sécurité des citoyens.
Athènes et Thessalonique, en particulier, continuent d'être les cibles d'attaques terroristes variées, de faible ampleur mais potentiellement mortelles, et les forces de police ne semblent pas parvenir à maîtriser les groupes de casseurs encagoulés qui sévissent. Les interrogations sur les transformations que doit subir la police grecque sont légion. Le gouvernement a dans un premier temps décidé de l'aider dans son travail, non sans faire grincer quelques dents acerbes.

Une première mesure a donc été annoncée, qui doit permettre d'amplifier le mouvement d'arrestations (pour l'opinion publique, n'en doutons pas, le nombre d'arrestations est un argument convaincant): dorénavant, le port de la cagoule ou de tout vêtement susceptible de cacher le visage et donc l'identité d'un malfaiteur, constituera un facteur aggravant pour l'accusation. Rires, non dissimulés pour le coup, dans l'édition de mercredi du journal ''Ethnos'': « À présent, les casseurs seront considérés comme des criminels à cause… de leur apparence vestimentaire ! Reste à voir si, après la dictature des années 1920 qui a vu les policiers grecs mesurer la longueur des jupes des femmes, le XXIe siècle va voir les tribunaux débattre de la hauteur des cache-nez, ou de la taille des bonnets et des chapeaux… » Oui, car si le sens de la mesure se comprend dans le contexte actuel d'impunité effective dont jouissent les fameux porteurs de cagoules, elle semble dans la pratique assez difficile à appliquer. « Le pire désordre risque de régner quand, dans les cours d’appel de Grèce, des accusés essaieront de convaincre les juges qu’ils ne portaient pas une cagoule mais un autre couvre-chef, afin d’essayer d’obtenir une diminution de leur peine... » peut-on lire dans les mêmes colonnes. Autre aspect de la mesure dénoncée dans l'article, les relents xénophobes qu'elle fait remonter à la surface: les propos du ministre de la Justice selon lequel: « Le citoyen grec ne craint pas de montrer son visage… Il n’a rien à craindre quand il manifeste » est ressenti par le même journal comme une allusion à peine voilée à la participation d'étrangers dans les actes criminels qui s'enchaînent ces dernières semaines. Evidemment, sans cagoule, tous les chats ne sont plus complètement gris. Mais qui verra-t-on apparaître derrière le masque ? Je n'ai à ce jour pas eu connaissance de statistiques claires concernant le nombre d'immigrés parmi les suspects arrêtés lors des manifestations qui ont débordé, seules des rumeurs circulent dans les journaux à ce sujet.

Même son de cloches un peu inquiet dans les colonnes de ''To Vima'' et ''Eleftheros Typos'' jeudi 19. « Après les cagoules, les caméras » Cette fois, ce sont les systèmes de vidéo-surveillance qui sont visés. La ministre des affaires étrangères Dora Bakoyannis a déclaré que les caméras qui avaient été installées dans la capitale hellène lors des J.O. de 2004 devaient être réactivées et servir la sécurité des rues de la ville. Le journaliste met cependant en lumière le risque d'atteinte aux droits de l'individu (que le gouvernement s'est par avance défendu d'attaquer) et le fait que l'utilisation de ces caméras répond surtout à une demande sécuritaire de la part des Américains, qui s'inquiètent fort du climat de violence en Grèce. L'opposition, quant à elle, s'est déclarée très hostile à l'utilisation de ces caméras qui est actuellement restreinte par le Haut Conseil à la protection des données personnelles » (à lire dans ''Eleftheros Typos'').

Troisième mesure annoncée, ou à tout le moins discutée: la levée de l'asile universitaire. To Vima, entre autres, rapporte qu'une réflexion est engagée sur le sujet, qui n'est pas nouvelle mais semble s'intensifier puisqu'il est clair à présent que « la majorité des cocktails Molotof utilisés par les casseurs sont fabriqués dans les laboratoires des universités ».

En fait, plusieurs observateurs signalent dans la presse un fort virage à droite de la part du gouvernement sur les questions de sécurité. « Au nom de la paix sociale et de la lutte contre les phénomènes de violence, on couvre les faiblesses de la police » peut-on lire dans ''To Vima''. On remarque aussi un rapprochement avec les recoins les plus traditionalistes et conservateurs de l'Assemblée, en l'occurrence le parti LAOS qui semble se réjouir de certaines de ces mesures. Le gouvernement, de son côté, évoque les dangers qui menacent la société grecque, et la nécessité de punir les responsables. Dans Ethnos, on parle plutôt d'un « jeu politique auquel se livre le gouvement Karamanlis depuis quelques temps » avec le parti LAOS (Alerte populaire orthodoxe).

Peut-être un rapprochement aussi en vue des (toujours virtuelles mais annoncées sans cesse) élections anticipées au printemps ? En tout cas, ce climat n'est pas si défavorable aux autorités: ''Eleftheros Typos'' fait référence ce lundi à un récent sondage qui montre que les Grecs sont majoritairement favorables aux dernières mesures annoncées ainsi qu'à la levée de l'asile universitaire.