Meet My Hood : Exarchia, à Athènes

Article publié le 10 mars 2016
Article publié le 10 mars 2016

C'est un quartier historique où « la police n’ose pas mettre les pieds ». Poumon contestataire d'Athènes et foyer de l'anarchisme, Exarchia aurait pourtant succombé à la récupération d'une frange de la branchitude qui dilue son activisme dans le cool. Vraiment ? Réponse en balade dans un espace de « résistance urbaine ».

À deux pas de la place Syntagma (Place de la Constitution, ndlr) au coeur d’Athènes, en continuant vers la rue Solonos, on se retrouve en quelques minutes dans les ruelles du quartier le plus alternatif d’Athènes. Bordées d’arbres, elles pullulent de cafés et de bars qui sont souvent autogérés, de restaurants à la mode et de tavernes au style ancien, d’imprimeries et de librairies indépendantes, de magasins de musique et de petites boutiques. Ces ruelles sont à proximité des rues les plus centrales menant à la colline Strefi et celle du Lycabette.

No Pasaran 

Au coeur, la place d’Exarchia compte quatre bâtiments autogérés où l'on peut suivre des cours de langue gratuitement, boire un café ou aider à préparer l’accueil des migrants. Maison des artistes, des étudiants et des intellectuels, Exarchia est le quartier « indépendant » d’Athènes et la place forte du mouvement anarchiste.

 

Son histoire se lit sur les murs des bâtiments. Recouverts de petits et de grands graffitis, de nombreux bâtiments vieux et délabrés sont inhabités. Il arrive souvent de tomber sur une jardinière à moitié saccagée ou sur une marche brisée : ce sont les signes laissés par les nuits d’affrontements entre la police et les anarchistes. La culture de la résistance, la principale caractéristique de cette partie de la ville, remonte aux années de la dictature que la Grèce a connu jusqu’en 1974.

C’est dans ces rues que les grandes protestations de 1973 se sont déroulées, lorsque les tanks de la junte militaire ont fait irruption dans l’université polytechnique nationale d’Athènes au 28 rue Oktovriou, à deux pas de la place principale d’Exarchia. Suite à la chute de la dictature, Exarchia est devenu le berceau de l’effervescence politique. Banni pendant des années, le quartier a connu un nouvel essor lorsque la démocratie a été réhabilitée. Des cercles culturels, des librairies, des cinémas et des imprimeries indépendants ont fleuri à chaque coin de rue. Beaucoup des bâtiments inhabités ont été occupés et requalifiés en centres sociaux ou en bars populaires.

 

En 2008, le quartier a de nouveau connu une période d’affrontements lorsqu’un policier a tué par balle un jeune âgé d’à peine 15 ans, Alexandros Grigoropoulos. Exarchia s'est alors embrasée, dans une révolte qui a mis la ville sens dessus dessous pendant des semaines. Dans la rue Mesolongiou, où l’adolescent a été assassiné, ses camarades ont apposé une plaque commémorative. Juste en face, sa mère a planté un arbre. Le mémorial est devenu un lieu de culte, des gens s’arrêtent souvent pour déposer un bouquet de fleurs. Étant donné les antécédents, les forces de l’ordre ne sont pas les bienvenues dans le quartier, la police ne s’hasarde donc pas à y mettre les pieds. Et lorsque ça arrive, des désordres éclatent.

Le mot des voisins

Vidéo sous-titrée en anglais.

Exarchia n’est pas que le théâtre de ceux qui disent « non ». C’est aussi un territoire fertile pour les initiatives citoyennes. Michalis, 65 ans, tient à souligner qu’il connaît l’histoire de chaque recoin du quartier. Il nous explique qu’« indépendamment du très discuté "bloc noir" auquel les médias accordent une grande attention, une alternative sociale se construit à Exarchia, où solidarité et participation sont les mots d’ordre ».

En marchant dans la rue Novarinou, à l’angle de Zoodohou Pigis, on aperçoit un petit parc. Cette zone était initialement destinée à la construction d’un parking qui n'a pas vu le jour grâce à l’initiative des habitants qui se sont démenés et avaient pour slogan  « Leur parking, notre parc ». Quelques bancs, un potager social, un petit parc avec une aire de jeux, et le parking est finalement devenu le poumon vert du quartier.

Le quartier regorge de lieux nés de cette façon. Le Vox est l’un des plus célèbres d’entre eux. C’est un café caractéristique autogéré qui donne sur la place Exarchia du côté de la rue Ikonomou. Ancien cinéma transformé en squat, le café social s’y est installé depuis trois ans, l’endroit est parfait pour ceux qui aiment siroter une bière entre potes, à des prix abordables.

Après avoir tourné à l’angle, dans la rue Tsamadou, on trouve le Steki : un autre bâtiment autogéré où un vivier de personnes de toute nationalité viennent chaque jour. Ici, on peut prendre des cours de langue gratuitement et tout le monde est le bienvenu. Les cours sont notamment fréquentés par des réfugiés et des migrants : beaucoup d’entre eux habitent à proximité, rue Notara ou rue Temistocleus, où certains activistes ont réquisitionné des bâtiments afin de leur offrir un lieu d’accueil.

Combien ça coûte ?

 

Au fil des ans, le quartier change petit à petit. Il est de plus en plus connu des touristes de passage, et habité par des étrangers. Exarchia devient même tendance. Même si la gentrification frappe timidement à la porte, l'endroit continue à conserver son esprit de résistance et de solidarité qui le caractérise depuis des années.

Les gens

Si la vivacité politique des années 70 a faibli, Exarchia reste encore aujourd’hui un quartier caractéristique d’Athènes. Ici, les étudiants, les artistes et les intellectuels continuent à se rencontrer dans les nombreuses cafétérias et proposent des initiatives politiques et sociales. Une avant-garde, dans une certaine mesure. Pour d’autres, c'est plutôt un oasis condamné à l’isolement.

Maxi Best-of

Bonus : les pépites cachées dans l'article

Musée archéologique : 28 rue Oktovriou 44. C'est le plus grand musée de toute la Grèce et le plus riche au monde en matière d'art hellénique.

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Place Exarchion : À l'angle de la rue Arachovis vous pouvez vous asseoir et boire une bière au Vox (BOΞ en grec), un squat occupé en  2012 où on y joue souvent de la musique live. Sinon, vous pouvez aller au bar juste en face et savourer un café frappé à la librairie Floral, au sein de l'historique bâtiment bleu. Puis emprunter une des nombreuses ruelles qui partent de la place pour découvrir le quartier.

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Rue Mesolongiou : Promenez-vous et arrêtez-vous à l'angle de la rue Koletti, choisissez un bar et sirotez un ouzo avec des glaçons en été, un rakomelo chaud en hiver (une boisson à base de raki, de miel, de cannelle et de clous de girofle). Ou bien un raki (l'eau de vie locale), appropriée en toutes saisons. 

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Le marché  du samedi Si vous vous retrouvez le samedi matin rue Kallidromiou, vous pouvez faire un tour au marché, acheter des fruits et boire un café dans un bar face au banc de poissons. Montez les nombreuses marches et grimpez jusqu'au sommet de la colline de Strefi : d'en haut profitez de la vue d'Exarchia, avec le Parthénon en arrière-plan. Ça se mérite...

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Cet article fait partie d'un nouveau projet de cafébabel: Meet My Hood qui a pour objectif de faire découvrir les quartiers des principales villes européennes, en chantant.