Meet My Hood : Bolognina, à Bologne

Article publié le 16 janvier 2018
Article publié le 16 janvier 2018

À la lisière de la ville, le quartier historique et ouvrier situé à côté de la gare change de peau. Prétendument malfamé et dangereux, l'endroit rassemble de plus en plus d'habitants autour de projets culturels qui s'articulent eux-mêmes sur une certaine idée de la résistance. Si bien que Bolognina concentre aujourd'hui la plus grande population jeune de la région. 

La Bolognina, comme son nom l'indique, est une petite Bologne. Ici, tout le monde se connaît, ce qui donne au quartier des airs de petit village. À deux pas de la gare, il se situe au cœur des révolutions infrastructurelles et démographiques de la ville. S’il y a vingt ans il était le siège des usines ouvrières où la moyenne d’âge y était très élevée, c’est aujourd’hui l’endroit qui regroupe le plus de jeunes dans la région : des couples venus profiter des commodités, des jeunes qui préfèrent le calme au centre plus festif mais aussi pas mal d'étudiants. Comme Aleksandra et Rick, une Polonaise de 23 ans et un Hollandais de 21 ans qui ont choisi de vivre dans « La Ville des Deux Tours » pendant leur semestre Erasmus et sont devenus amis grâce à la complicité de la Bolognina.

Rick possède un studio juste derrière le Marché Albani, un marché de fruits et légumes semi-couvert, où l'on entend parler une multitude de langues différentes. Il a choisi ce quartier « parce que c’est le bon mélange : il y a toujours des personnes avec qui tu peux t'arrêter discuter dans la rue, tu peux y voir la culture underground de la ville, mais c’est paradoxalement un lieu très calme et très apaisant », explique-t-il,  fier. Pour aller en cours à l’Université de Sciences Politiques, Rick enfourche son vélo, il traverse le Pont Matteotti, d’où on on peut voir les rails entrelacés qui mènent au centre en moins de 10 minutes.

« En lisant les titres de certains journaux, la Bolognina semble très dangereuse, poursuit l’étudiant hollandais. J'avais presque la boule au ventre les premiers jours ici. Mais il suffit de vivre dans le quartier pour découvrir qu’il est en réalité le royaume de l’accueil. » La presse locale publie souvent des articles concernant des problèmes de micro-criminalité, mentionnant les vols à l’arraché ou le petit trafic. « J’ai compris que les habitants ne collent pas à cette image et se rebellent : c’est incroyable », souligne Rick.

Ce qui semble caractériser un peu toute la Bolognina reste sa capacité à toujours inventer de nouvelles choses. À l'endroit même où personne, pas même l'administration, ne voudrait investir. Plusieurs habitants pensent encore que la participation n’est pas une utopie. C’est notamment le cas du collectif CONCIBò, un groupe informel de 40/50 personnes : « Un réseau, explique Andrea Taglio, un des responsables du collectif, qui s’est constitué il y a un peu plus de trois ans, à l’époque où les principaux médias s’attaquaient beaucoup au quartier. La Bolognina était souvent décrite avec sensationnalisme et dramatismes. Bref, c'était "le Bronx". Avec plusieurs parents, nous avons commencé à nous donner rendez-vous dans les aires de jeux avec nos enfants, dans les écoles. Nous nous sommes dits pourquoi ne pas tenter de faire quelque chose et partager tout ce qui est positif  ? ».

 

Le mot des voisins

Un dimanche après-midi, l’initiative Bolognina in Fucina part de Piazza Unità. Rick est de la partie, il participe à la marche itinérante qui explique l’histoire du quartier. Il a choisi Bologne pour sa renommée et le retentissement que cette ville possède encore dans le monde entier. Pour beaucoup d’étrangers, ce petit quartier italien est synonyme d’engagement civique, de participation et surtout de résistance. « Ici les gens continuent à manifester dans la rue. Les habitants sont les premiers à s’impliquer lorsque quelque chose ne va pas », précise l’étudiant Les participants se déplacent devant l’Usine Minganti, puis sur la piste cyclable de via Creta et termine aux Scuole Federzoni, où la musique et les danses dépeignent le caractère résilient de la Bolognina.

Ce souffle résistant se ressent aussi dans les rues, habitées par les classes sociales aux salaires les plus bas de Bologne. Mais cette résistance insuffle aussi de nouvelles choses. C’est un peu l’idée des trois propriétaires de Binario69, un bar qui a ouvert l’année dernière. L’établissement veut promouvoir une musique live de qualité, tout public. Angelo, un des trois propriétaires, aime profondément la Bolognina : « Taifur, un de nos amis, activiste depuis toujours dans le quartier, nous a fait un des plus beaux compliment "Ici les gens pensent toujours que la sécurité s'obtient par des rondes de police, vous vous amenez au contraire la culture, le meilleur remède contre le malaise" ». La musique devient sociale avec des initiatives comme le « ticket suspendu », calquée sur le modèle du café suspendu : chacun peut acheter une ou plusieurs entrées et en laisser une à l’entrée pour ceux qui n’ont pas les moyens d'assister au spectacle. Ce, au service d'une véritable philosophie : la culture doit être accessible à tous. Angelo continue : « On résiste parce qu’ils suppriment petit à petit des endroits qui avaient déjà cette fonction de rassemblement, comme le dernier espace occupé de la ville, le Xm24. C’est emblématique et paradoxal : la mairie veut le reprendre pour que cet endroit devienne un lieu culturel, mais c’est d’ores et déjà le cas depuis plus de quinze ans ».

Le Binario69, et d’autres endroits comme Baumhous (un collectif qui s’occupe surtout de l’éducation des jeunes et des adolescents), Bolognina Basement (une gazette du quartier),ou Checkpoint Charly (un atelier d'artistes) organisent de nombreux évènements vivants comme des jams, des lives et des rencontre en face à face. « Tout ceci est aussi un prétexte pour être ensemble, pour créer, raconte Angelo. Toutes les catégories de personnes passent au Binario69 : les noctambules, les musiciens, les étudiants et les tarés. Des jeunes et des personnes plus âgées qui veulent passer un bon moment et se dire : "mais il n’y a que de belles personnes ici à Bolognina". » Il est possible de régénérer, collaborer, requalifier, imaginer, innover dans un quartier où les clichés et les trains filent à toute vitesse. Il suffit juste de rêver un peu plus fort.

Combien ça coûte ?

Les gens

  

Les bonnes adresses 

- Binario69 (via De'Carracci 69/7d) : un cercle d'artiste et de rêveurs, où boire une bière, arriver en retard et écouter de la bonne musique en live.

- XM24 (via Fioravanti 24) : centre social occupé depuis 15 ans qui risque d'être évacué. Des activités sont organisées tout au long de la semaine : des laboratoies artistiques, à la scène populaire, au marcé bio aux soirées musicales.

- Marché Albani (via Francesco Albani) : le marché du quartier avec de nombreuses boutiques gérées par de petits artisans et de la bonne nouritture locale. Conseillé pour un apéritif rustique bon marché.

- Fermento (via Luigi Sera 11/c) : un bar pour le soir et le matin, géré par les jeunes frères Cobbe. Des bières artisanales, des bagels, des cocktails. Horaire 7h 30- 23h, excepté le samedi à partir de 17h 30.

- Pasta Fresca La Bolognina (via Antonio di Vincenzo 33) : un lieu authentique pour déguster des pâtes fraiches et des tortellinis. Sourire et bonne humeur sont au rendez-vous. Horaires : de 8h à 13h (fermé le dimanche).

- Checkpoint Charly (via del Rosaspina 7/a) : un laboratoire, où pense et opère un groupe hétérogène d'artistes. À Charly, il y a des peintures à l'huile et des toiles, des chalumeaux, du bois, des clous, des crayons, des pressoirs : des outils de peintres, de sculpteurs, d'illustrateurs, d'imprimeurs, et de photographes qui cherchent un endroit adapté depuis des années, qui leur donne du temps et de l'espace pour pouvoir travailler.

- Trattoria di via Serra (via Serra 9/b) : un petit restaurant bolognais avec des produits typiques et à des prix abordables. Le restaurant est fermé le mercredi et le jeudi midi mais ouvert le soir. Ouvert midis et soirs les vendredis, samedis, et dimanches.

- Musée pour la méoire d'Ustica (via di Saliceto, 3/22) : un musée né pour commémorer les victimes de la tragédie d'Ustica (crash d'avion qui a emporté 81 personnes en 1980). Horaires : 15h 18h, fermé le lundi, et ouvert le weekend de 10h à 18h.

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Cet article fait partie du nouveau projet de cafébabel, Meet My Hood, qui a pour objectif de faire découvrir les quartiers des principales villes européennes, en chantant. Si tu veux montrer ton quartier sous un nouveau jour, écris-nous !

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La réalisation de cet article a été soutenue par la Fondation Hippocrène.