Masonica : voyage au coeur de la Franc-Maçonnerie

Article publié le 15 mai 2015
Article publié le 15 mai 2015

Notre contributeur Nino Aveni a assisté à la deuxième édition de Masonica, la Journée du Livre maçonnique. Récit d'un voyage inédit dans l'antre de la Franc-Maçonnerie à Bruxelles.

Masonica 2015, c'est le salon du livre maçonnique de Bruxelles mais pas seulement : c’est aussi le seul jour de l’année où le quartier général de la Franc-maçonnerie de Bruxelles ouvre ses portes au public. Accueilli chaleureusement par Jiri Pragman, Franc-maçon et organisateur de Masonica, j’ai pu échanger quelques mots avec lui dans le Grand Temple construit en 1910. Masonica est « un événement clairement orienté vers la littérature maçonnique, déclare t-il. Avec des auteurs qui ne sont pas toujours Francs-maçons mais qui toutefois écrivent sur la Franc-maçonnerie. [...] Lorsque l’on ne présente pas de livres ou que l’on ne signe pas d’autographes. » Il poursuit : « Des tables rondes ou des conférences sur le thème de la littérature maçonnique sont organisées ». Alors que je prends Jiri en photo, une personne lui demande de faire un sourire devant l’appareil. « Je ne le ferai pas, répond-il. « Sinon les gens ne me reconnaitraient pas ».

« Un Franc-maçon ne cultive pas les complots »

Alors que je me familiarise avec ces pièces surréalistes ornées de réminiscences de la civilisation égyptienne, je demande à un homme au visage amical de partager avec moi une anecdote sur son expérience maçonnique. François Jeanray veut me parler de deux jours importants dans sa vie : le premier, lors d'un procès pour lequel l’accusé « avait commis un meurtre dans un contexte qui aurait pu en partie expliquer son acte ». Un procès durant lequel il s'était élévé, lui ainsi qu’un autre membre du jury, contre le refus du juge d’écouter de tels arguments. Le deuxième, dix ans plus tard, pendant une réunion franc-maçonne, lorsqu’il rencontra de nouveau cet autre membre du jury qui avait pris la même position que lui. « Cela m’a profondément marqué, bien que nous ne savions pas que nous faisions tous les deux partie de la Franc-maçonnerie, nous avions eu la même réaction face à la décision du juge », raconte-t-il.

Un élégant vieil homme est assis derrière une pile de livres intitulés Le rêve du Philosophe. Jean Somers me raconte une émouvante histoire à propos de la Franc‑maçonnerie au Portugal, interdite pendant les 47 ans de dictature. « Quand les forces de libération ont à nouveau délivré la Franc-Maçonnerie, elle avait perdu ses pratiques maçonniques rituelles, seule une loge avait survécu : elle s’appelait "La Liberdade". Ils se réunissaient dans une école, dans une classe habituellement dédiée aux réunions des professeurs. Si la police venait pour inspecter, ils prétendaient être en réunion scolaire. [...] Nous avons été informé de cette situation par un contact privé, nous avons alors décidé de rendre visite à nos amis portugais pour leur présenter un rituel d’initiation. [...] Alors que le moment crucial se répétait, j’ai entendu quelqu’un pleurer derrière moi. C’était un frère très âgé qui ne pouvait seulement pas contenir ses émotions. Cela nous a fait pleurer à notre tour, c’était un moment vraiment très intense. »

Je lui ai demandé le sens qu’il donne au statut des Francs-maçons et il m’a répondu « qu’un Franc-maçon n’est pas une personne qui cultive des secrets ou prend part à des complots. C’est une personne qui essaye de faire le bien, de contribuer avec une pierre à la construction du temple de l’humanité : la pierre est la personne elle même, sa profession », m’explique t-il. « Chacun de nous essaye de remplir au mieux son rôle dans sa famille, au travail, avec le monde qui l’entoure. C’est peut être une petite contribution mais tous les grands mouvements ont été fait par un grand nombre d’hommes. Un sac de sable n’est guère utile mais une grande quantité de sacs peut stopper une inondation. »

Du tabac et du sexe

Alors que je tombe par hasard sur une collection d’antiquités maçonniques, Clemens Hondtong, l’homme assis derrière le stand, me montre une boite de tabac en bois de rose fabriquée en France vers 1825.

- « Qu’est ce que cela représente ? », demandais-je.

 - Il m’indique que c’est « le temple de Salomon et au premier plan les outils de travail Francs-maçons, mais c’est en fait très coquin car à l’intérieur on peut observer une scène érotique ».

 - « Ah...»

« Oui, deux femmes et un homme faisant l’amour. Il est très chanceux. C’est un objet rare et très intéressant. »

 - « Et à l’arrière de la boite ? »

- « Rien, seulement du bois de rose ! »

-  « Et le prix ? »

« Environ 1800 euros. »

En me rendant vers la sortie, une pièce bleue avec un plafond constellé d’étoiles étincelantes attire mon attention. C’est le Temple Bleu qui marque la fin de cette journée irréelle. À l’année prochaine, Masonica.