Martin López-Vega : la poésie espagnole fleurit, les lecteurs manquent

Article publié le 8 avril 2011
Article publié le 8 avril 2011
Martin López-Vega fait partie de la nouvelle génération de poètes espagnols née entre les années 70 et 80, décidée à faire son trou sans tuer le père, en s'ouvrant à des maîtres à penser de tous les continents. Pour cafebabel.com il revient sur la place de la lecture en Espagne, la mondialisation de la poésie, le prix des livres et la beauté du parc Retiro.

Martin López-Vega (Asturias, 1975) nous reçoit au siège de la maison d’édition hispano-mexicaine Vaso Roto où il travaille en tant qu’éditeur. Derrière la baie vitrée de son bureau, le parc du Retiro habille de vert le centre-ville de Madrid. « J’aime écrire une poésie qui soit la plus claire possible. Le monde est déjà assez confus, nous dit le poète. De plus, je pense qu’écrire une poésie sombre et hermétique est beaucoup plus difficile qu’une poésie claire. »

« Il existe une tradition poétique universelle »

López-Vega est devenu durant ces dix dernières années l’un des noms les plus importants de la génération des poètes espagnols nés entre les années 70 et 80 qui offrent aujourd’hui des livres à la voix équilibrée et propre. Leurs maîtres à penser sont aussi différents dans leurs styles que dans leurs origines : le poète israélien Yehuda Amijai, le Nord-Américain d’origine serbe Charles Simic, le Danois Henrik Nordbrandt, le Russe Joseph Brodsky… Sans réfuter une grande dette envers les auteurs de sa propre langue, López-Vega se considère comme faisant partie d’une tradition beaucoup plus vaste ne différenciant pas les pays et les continents. « Si je vous dis que l’un de mes poètes préférés est Joseph Brodsky, est-ce que je suis en train de parler d’un poète européen ou nord-américain ? Sans sa dernière étape nord-américaine, je crains que Brodsky ne soit pas devenu celui qu’il est aujourd’hui. Mon idée de la tradition poétique ressemble beaucoup à celle que l’on peut trouver dans un bon rayon d’une librairie nord-américaine ; ils ont traduit presque tout ce qui valait la peine. Ceci dit, séparer européens, nord-américains, israéliens, etc, reviendrait à regarder des passeports, chose très ennuyeuse. Je pense donc que oui, il existe une tradition poétique universelle. » 

L'anglais, ciment de l'UE

« Il est probable que l’Espagne soit l’un des pays européens où l’on lit le moins. C’est sûrement la faute d’un système éducatif lamentable.»

Dans Adulto extranjero, il y a beaucoup de poèmes écrits pendant les voyages du poète. López-Vega explique, en citant l’écrivain suédois Kjell Erik Espmark, que les voyages sont des occasions propices pour « se retirer du contexte de la vie quotidienne. Dans notre jour le jour, il semble très difficile de s’arrêter et de penser clairement à soi-même et à ce qui nous entoure. » Beaucoup de ses voyages se sont fait dans des villes européennes. López-Vega est également un traducteur de français, de portugais, d'anglais et d'italien. Que pensez-vous de l’importance des langues comme élément de cohésion de l’Union Européenne ? « Je crois que la langue n’a rien à voir avec cela ; il manque des institutions plus solides. Est-ce que les Etats-Unis sont un pays avec plus de cohésion que l’UE ? Si vous prenez un New-Yorkais et un fermier de l’Iowa, je ne pense pas. Mais dans tous les cas, je ne crois pas que ce soit en rapport avec la langue. L’UE possède également une langue commune dans la pratique et c’est la même que celle des Etats-Unis. En réalité, nous nous comprenons tous en anglais. »

Prix unique européen pour les livres

Editions DVD Parlons à présent des habitudes des lecteurs en Espagne, un pays qui, comparé à ses voisins, n’a pas un pourcentage de lecture très élevé. « Il est probable que l’Espagne soit l’un des pays européens où l’on lit le moins. C’est sûrement la faute d’un système éducatif lamentable. » Le poète, qui a travaillé pendant des années dans l’une des chaînes de librairies les plus prestigieuses d’Espagne, La Central, pense qu’il est essentiel de « séparer marché et culture. Des librairies comme La Central et quelques autres se contentent de survivre économiquement et d’influencer culturellement. Elles ne peuvent pas prétendre gagner autant d’argent que les grandes chaînes dont l’objectif principal est d’augmenter les bénéfices : ils accumulent les nouveautés sur des tables et des présentoirs sans critères, presque par ordre d’arrivée. Leur présentoirs et leurs tables principales se vendent aux maisons d’édition qui peuvent se permettre de les acheter. On peut dire la même chose des petites maisons d’édition. Elles doivent souvent faire un choix, culture ou marché. Mais ça ne veut bien entendu pas dire que ces maisons n’ont pas de succès sur les deux fronts. » Revenant au sujet européen, López-Vega opterait pour le fait que Bruxelles impose un prix fixe sur les livres. « Au jour d’aujourd’hui, c’est la seule solution pour que les petites maisons d’édition et les petites librairies puissent survivre. »

La poésie, dur d'accès mais plus jouissif

Pour finir, je lui demande pourquoi beaucoup de personnes voient la poésie comme une genre difficile et exigent pour un lecteur moyen. « Il est certainement plus difficile de lire un poème pour une personne habituée aux romans ou aux essais. Le sens est plus concentré et l’on joue beaucoup plus sur la suggestion, affirme López-Vega. Un bon poème possède quelque chose de la chanson mais aussi de l’équation, avec beaucoup d’autres choses. On pourrait donc affirmer que c’est plus difficile. Mais je crois qu’il n’existe pas d’autre genre littéraire qui donne autant de satisfaction en si peu d’espace. Ça vaut le coup d’essayer ! »

Une semaine avant notre rencontre, Martin López-Vega présentait son dernier recueil intitulé, Adulto extranjero (DVD ediciones, 2010) dans une librairie madrilène. Il s’agit déjà de la seconde édition, chose peu fréquente en Espagne. Il présentera le livre à Saragosse et à Barcelone dans les jours à venir.

Photo : ©Lino González Veiguela ; couverture d'Adulto Extranjero, édition DVD