Marseille : mettre l'accent sur les bons mots

Article publié le 11 mai 2016
Article publié le 11 mai 2016

À l’aube de la diffusion des premiers épisodes de Marseille, la série française de Netflix, la presse ne cache pas sa déception et chacun y va de son commentaire acerbe. En cause notamment, l’accent poussif et irrégulier de Benoît Magimel qui fait déjà rire toute la Canebière. L’occasion de revenir sur certains termes ou expressions qui sentent bon la Provence. 

Que ce soit dans les publicités, au cinéma, dans la rue ou dans l'improbable prestation de certains acteurs de la série Marseille, l’accent marseillais est souvent (mal) imité - non, nous n’avons pas tous l’accent de la cagole - et l’utilisation de son vocabulaire quelque peu imprécise. Et si, contrairement à certains, vous souhaitez l’employer à bon escient ou simplement comprendre ce que l’on vous raconte, voici une sélection de termes et expressions emblématiques décryptés. 

« On craint dégun »

Célèbre slogan de la fierté marseillaise, il signifie tout simplement « on ne craint personne ». Dégun est construit sur le modèle de « quelqu’un » mais exprime exactement le contraire : le terme vient du latin nec unus, via l’occitan degun. Gardez ceci à l’esprit la prochaine fois que vous aurez envie de rétorquer « Qui ça ? » à « Y avait dégun au bar hier soir ». 

« O peuchère ! »

Expression utilisée à tort et à travers par les français du Nord, et même du Sud, alors que la plupart ignorent sa signification. Peuchère est la forme francisée de l’occitan pécaire qui vient du latin peccator, soit « pécheur ». Aujourd’hui, on l’emploie pour exprimer la peine, la pitié, l’attendrissement, et non pas l’étonnement. On pourrait la traduire dans la phrase « Il n’a pas toute sa tête, peuchère » par « pauvre de lui ».

« Tu m’emboucanes… »

Verbe extrêmement polysémique, emboucaner peut s’employer dans différents contextes. Comme partout en France, ce terme d’argot prend le sens de « puer, sentir mauvais » comme dans la phrase « Mais ça emboucane ici ! ». Mais dans le Sud, il peut également signifier « se prendre la tête, se disputer avec quelqu’un », lorsqu’il est employé dans un énoncé du type « J’ai pas envie de m’emboucaner pour si peu ». Dans ce contexte, un autre verbe typiquement marseillais, s’engatser, est une variante possible.

Autre éventualité : dans « Arrête de m’emboucaner ! », le verbe prend le sens de « rouler quelqu’un en le baratinant, le prendre pour un idiot ». Enfin, ce dernier cas de figure est plus rare mais vous pourriez également entendre « Ne me fais pas la bise, je suis emboucané », où il signifie alors « enrhumé/malade ».

« Vé le avec ses yeux de gobi »

De l’impératif du verbe provençal veire, signifie « regarde, vois ». Quant à gobi, il s’agit du nom provençal donné à un petit poisson méditerranéen aux yeux dilatés et à la bouche béante. Cette expression n’est donc pas vraiment flatteuse, et se moque soit des yeux globuleux de la personne concernée, soit par extension de son air ahuri. Et si vous ne voulez pas passer pour un touriste, prononcez-le bien en insistant sur le « o », ouvert bien sûr.

Et le trio qui tue : péguer, néguer, séguer

Impossible de séjourner à Marseille sans entendre l’un de ces trois verbes incontournables ! Respectivement « coller », « noyer », et « masturber » (oui, oui), les deux derniers s’utilisent également à la forme pronominale. Du provençal pégapéguer ne doit pas être confondu avec empéguer, verbe très usité signifiant « être saoul » ou « verbaliser ». 

Pour ce qui est de néguer et séguer, l’un est une variante dialectale de noyer, du latin necare, et l’autre vient de l’occitan segar, soit originellement « moissonner ». C’est à se demander pourquoi, dans une scène bientôt cul-te de la série Marseille, les acteurs ne se sèguent-ils pas plutôt que de « se toucher le zob en parlant de Picasso », hein ? 

Vous l’aurez compris, le « parler marseillais » est riche et fait souvent sourire. Cette liste est loin d’être exhaustive : en effet, répertorier l’ensemble des termes, expressions et bizarreries de ce patois reviendrait alors à tuer un âne à coups de figues (molles) !

 

Bande-annonce de la série Marseille, actuellement disponible sur Netflix.