Mario Vargas Llosa : littérature, néolibéralisme et Vieille Europe

Article publié le 8 novembre 2010
Article publié le 8 novembre 2010
Mario Vargas Llosa, si vous ne le connaissiez pas, vous devez avoir l'impression de l'avoir déjà lu tant son oeuvre est revisitée depuis son prix Nobel de littérature.
L'Académie Suédoise a reconnu une trajectoire liée à la description « des structures du pouvoir (qui inclue sa candidature réelle aux présidentielles du Pérou en 1990) et ses représentations incisives de la résistance, de la révolte et de la défaite de l'individu ». A Paris, une exposition était organisée au même moment sur la vie et l'œuvre de l'écrivain péruvien, d'où nous avons constaté qu'il défend son travail littéraire autant que son combat politique.

Le feu, c'est la chaleur, la passion, la sagesse, mais on l'associe aussi à la guerre. Au niveau littéraire, il peut représenter l'amour, la colère, l'intellect. Mario Vargas Llosa le décrit ainsi (Arequipa, 1936) : « La littérature, c'est du feu, qu'elle signifie le non-conformisme et la rébellion, que la raison d'être de l'écrivain est la protestation, la contradiction et la critique » (extrait de son discours classique pour la remise du prix Romulo Gallegos en 1967).

Une plume libre et néolibérale

Ecrivain engagé, Mario Vargas Llosa développa sa passion pour la lecture et l'écriture dès son plus jeune âge. A peine commençait-il à savoir écrire qu'il rédigeait déjà des poèmes, et c'est ainsi qu'à 16 ans il écrivit sa première pièce de théâtre, La Huida del Inca. Malgré l'opposition de son père, il suivit sa voie universitaire et se fit remarquer avec sa thèse sur Rubén Dario. Long fut le chemin de l'écrivain et nombreux les voyages qui l'aidèrent à grandir : Lima, Madrid, Paris, Londres ou New-York ont été ses villes de résidence.

A partir de 1980, Vargas Llosa redevient actif politiquement. Ses tendances libérales se heurtent fortement aux idéaux gauchistes de l'époque, ce qui ne l'empêche pas, en 1990, de se présenter aux élections présidentielles du Pérou. Mais son échec face à Alberto Fujimori entraîne son retour à Madrid. Ses idéaux politiques se reflètent dans des œuvres telles que La fiesta del chivo, car pour lui la politique et les idéaux vont de pair. « Je vais continuer à écrire sur ce qui me stimule le plus et à défendre les idées que j'ai, la démocratie et l'option libérale, et il en ira ainsi des critiques de toute forme d'autoritarisme », affirmait-il depuis New-York sans même savoir qu'on lui avait décerné le prix Nobel.

Un écrivain européen ?

Vingt ans après sa défaite politique, la Maison de l'Amérique Latine de Paris, en collaboration avec l'Institut Cervantes, dédie à l'auteur une exposition sur sa vie et son œuvre. Paris (où il écrivit Conversaciones con una catedral), une ville dont il dit être amoureux : « Si je devais choisir une ville où vivre, je choisirai Londres. Mais Londres ne fait pas naître en moi cette passion que j'ai ressentie avec la découverte de Paris ».

Le 13 septembre, Vargas Llosa se trouvait dans la capitale française pour une séance de dédicaces et pour bavarder un moment entouré d'amoureux de la littérature. Le maître n'a pas fait de discours ; selon Dolores Ludger, une des responsables de l'évenement : « Il s'est simplement promené, a ri et a signé des livres. D'apparence tranquille, il n'a pas cherché à attirer l'attention». Et quand on lui demande alors qui remportera le prix Nobel, Mario répond : « Parler au sujet d'un prix qui ne m'a pas encore été attribué démontrerait une faute de style de ma part ».

Contre tous les autoritarismes

Le 7 octobre, l'Académie Suédoise livre le nom de son gagnant. « Ca a été une surprise totale », affirme l'écrivain à la Cadena Ser le jour même. « Je pense que c'est un prix littéraire et j'espère qu'ils me l'ont décerné plus pour mon œuvre littéraire que pour mes opinions politiques. Maintenant, si mes opinions politiques, qui défendent la démocratie et la liberté, et qui se soulèvent face aux dictatures, ont été prises en compte, et bien à la bonne heure. Ca me fait plaisir », toujours débordant d'humour et d'énergie.

Et c'est que les phrases comme les siennes restent toujours gravées dans les esprits de tout le monde : « Notre vocation a fait de nous, écrivains, les professionnels du mécontentement, les perturbateurs de la société conscients ou inconscients, les rebelles aux buts précis, les insurgés incurables du monde, les insupportables avocats du diable. Je ne sais pas si c'est bien ou si c'est mal, je sais juste que c'est comme ça. C'est la condition de l'écrivain et nous devons la revendiquer telle qu'elle est ».

Photo : Une : "Le poisson dans l'eau" (ed: Seix Barral); vidéos : courtoisie de You Tube