Marie Curie : française ou polonaise ?

Article publié le 19 septembre 2011
Article publié le 19 septembre 2011
Par Bouzid Abider Nous savons tous que la petite Marie qui nous fait pleurer de tendresse dans l'une des chansons de Cabrel est française ; mais qu'en est-il de la Grande ? Celle qui avait interrogé l'uranium des nuits durant avant de réussir à lui arracher les radiations du nez, et débusqué deux autres larrons complices : radium et polonium.
Celle qui reste la seule femme à avoir mis dans son escarcelle deux prix Nobel ; et qui avait osé tordre le cou à d'anciennes croyances sur l'éternité de la matière, héritées de la civilisation grecque.

Les français vous diront qu'elle fait partie de l'écurie française des brillants esprits, sans vous laisser l'ombre d'un doute. Ils vous diront la même chose de Zola, Victor Hugo, Rousseau et Zizou. Les français sont connus pour leur chauvinisme, mais ils ne sont pas les seuls.

Les polonais de leur côté, vous jureront par tous les saints, à leur tête Karol Josef Vojtyla, qu’elle est née en Pologne, de parents polonais et qu'elle sentait la vodka à plus d'une lieue. Pour eux, si la belle Maria Salomea Sklodowska avait accepté de passer sous pavillon français, c'est seulement par amour à Pierre Curie avec lequel elle avait des atomes crochus. Pierre était chercheur physicien comme elle et sa science ne pouvait pas laisser son cœur de marbre pour longtemps. Pierre de son côté, n'avait pas tardé pour tomber sous le charme de la belle polonaise, et il n'est pas le premier.

Napoléon, lui aussi subjugué par Marie

Avant lui, Napoléon Bonaparte avait été subjugué par la comtesse Marie (encore une Maria) Walewska lors de la compagne de Pologne en 1806. Le grand empereur avait proposé aux polonais de chasser les envahisseurs russes, autrichiens et prussiens, en contrepartie du charme de la belle comtesse. Malgré qu’elle était déjà mariée au comte Walewska, le marché avait été conclu et leur amour avait été couronné par la naissance d’un enfant : Alexandre Florian Joseph.

Fermons la parenthèse et revenons à Marie et Pierre ! La Pologne ne regrette pas aujourd’hui le mariage des deux génies, elle voudrait juste que l’on reconnaisse à César ce qui appartient à César, et qu’elle puisse se réapproprier un pan de son histoire. Et la meilleure façon de rappeler à l’Europe les origines polonaises de la grande Marie, c’est de fêter le centième anniversaire de son prix Nobel de la chimie à Bruxelles même. L’exposition qui lui a été consacrée à la maison du peuple de Saint-Gilles la semaine écoulée, a permis à la communauté polonaise installée en Belgique de lui rendre l’hommage qu’elle mérite, et- clin d’œil à la classe politique française- de montrer que les polonais ne sont pas tous plombiers.

Maria Salomea Sklodowska a marqué de ses empreintes la science ; et son génie avait fait déjà des étincelles bien avant d’arriver en France. A Varsovie où elle avait vécu le plus clair de sa jeunesse, elle s’était déjà fait remarquer à coups de médailles et autres distinctions. Lorsqu’elle devait arriver à Paris à l’âge de 24 ans, sa langue était déjà taillée sur mesure pour le polonais. Ce qui n’est pas le cas de Zidane par exemple qui est né en France, grandi en France et qui ne parle que quelques bribes de berbère, sa langue maternelle.

Des moyens à la hauteur de son génie

Oui ! mais c’est la France qui avait mis à sa disposition des moyens à la hauteur de son génie. La Pologne n’aurait éventuellement pas pu lui donner l’aura et la célébrité que son pays d’adoption lui avait offert. Restée en Pologne, elle ne serait pas sortie de l’ombre. Elle serait peut être simple institutrice, ou au mieux, chercheur sans de grandes découvertes. Puis, la Pologne s’est elle aussi, appropriée le grand musicien Frédéric François Chopin, bien qu’il fût de père français. Ce que l’ancien premier ministre français Laurent Fabius avait rappelé, lors d’un débat sur la constitution européenne organisé en 2005, à Bronislaw Geremek. Ce député européen polonais, faisait justement référence aux origines polonaises de Marie Curie pour pourfendre les opposants français au projet de constitution communautaire, qui exploitaient le spectre de l’émigration Est-européenne pour mobiliser l’électorat français.

Qui donc des deux prétendants dit vrai ? On saura peut-être jamais trancher. De pareilles polémiques existent aussi sous d’autres latitudes sans jamais trouver le juste milieu. Algériens et Marocains se disputent les origines de Tarik, le conquérant de l’Espagne. Les Turques et les Arméniens ne sont toujours pas tombés d’accord sur la localisation du mont Ararat. On peut multiplier les exemples. Disons simplement que ses recherches et découvertes qui ont changé la face du monde l’ont élevée au-dessus de la mêlée et font d’elle un patrimoine universelle de l’humanité.