Manuel Santiago : « Il est important que les citoyens puissent s’exprimer contre les politiques militaires et nucléaires agressives de l’OTAN ! »

Article publié le 10 mars 2009
Article publié le 10 mars 2009
Strasbourg, le 3 mars 2009 Propos recueillis par Julie Beckrich et Yulia Kochneva Le premier week-end d’avril s’annonce pour le moins mouvementé pour Strasbourg et ses voisines allemandes Baden-Baden et Kehl.
Leurs habitants doivent dès aujourd’hui se préparer à accueillir le sommet qui célébrera les soixante ans de l’OTAN mais aussi les manifestations de protestation organisées dans le cadre du contre-sommet. L’équipe de Babel Strasbourg s’est intéressée au mouvement contestataire et a rencontré Manuel Santiago, porte-parole des Verts Strasbourg et membre du collectif anti-OTAN, pour en savoir plus de l’engagement, des actions, et des défis du mouvement.

(Crédit photo: DNA-Michel Frison)

En réaction au sommet de l’OTAN des 3 et 4 avril se tiendra un contre-sommet rassemblant divers partis politiques, associations, syndicats… Quel est le combat qui vous unit ?

Le contre-sommet, coordonné par l’ICC (Comité de coordination internationale) rassemble certes une multitude d’acteurs, mais nous sommes tous d’accord sur une base politique commune. Avant tout, nous sommes contre la politique guerrière et d’armement, notamment nucléaire, de l’OTAN. Plus spécifiquement, nous nous opposons à l’entrée de la France dans le commandement militaire de l’organisation, et enfin nous sommes contre l’intervention en Afghanistan. Bien sûr, il y a des sensibilités différentes qui s’expriment sur des aspects spécifiques, mais ces trois points fondamentaux font vraiment l’unanimité. Maintenant, si j’enfile ma casquette de « Vert », je dirais qu’il faut aujourd’hui un vrai changement d’air. C’est la conception économique, politique et écologique du monde qui est à revoir. Et à ce titre, l’OTAN est une organisation totalement anachronique, elle n’a plus lieu d’être ! Puis, si l’Alliance disparaissait, on serait forcément amené à repenser l’ONU. C’est avec une organisation plus démocratique, plus représentative, basée sur le droit international que nous pourrons développer des relations saines avec nos voisins, les pays de l’Europe de l’Est notamment.

logo_non_otan.JPGVous parlez du caractère anachronique de l’OTAN, ce qui rejoint les critiques fréquentes du décalage entre ses missions originelles et les opérations qu’elle mène actuellement. Quelle est votre lecture de l’organisation, et de sa vocation aujourd’hui ?

La doctrine de l’OTAN est catastrophique ! Contrairement à l’image du monde qu’elle semble vouloir donner, il n’y a pas les gentils contre les méchants sur la planète. Il n’y a pas d’Etat qui soit à priori dans « l’axe du mal ». Rappelons-nous qu’au départ l’OTAN était un Traité de solidarité et de défense. Ce n’était qu’en cas d’agression que l’on devait intervenir. Ce n’est plus le cas aujourd’hui : observez le nombre de « terrains de jeux » de l’OTAN dans le monde ! L’organisation aurait du disparaitre après la chute de l’URSS et de la menace soviétique, pourtant l’Alliance n’a fait que prospérer. Le côté impérialiste américain et la volonté de garder une mainmise sur le reste du monde n’y sont-ils pas pour quelque chose ? Prenons l’exemple de l’Afghanistan : de quelle menace se défend l’OTAN ? Le vrai problème aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus de projet politique pour l’OTAN.

Certains considèrent que le choix de Strasbourg comme ville d’accueil du 60e anniversaire de l’OTAN constitue une aubaine pour la ville. D’autres encore parlent du caractère symbolique, voire pacifique de l’accueil franco-allemand. Qu’en pensez-vous ?

Je trouve au contraire qu’à plusieurs égards, ce choix entre en contradiction avec les positions et les mentalités allemandes et françaises. Les mouvements politiques pacifiques et non-violents sont particulièrement importants en Allemagne. Et la France, jusqu’ici, avait tout de même une position originale dans ses relations avec l’OTAN. Cette zone transfrontalière doit avant tout être symbole de paix. Elle n’incarne pas les positions et l’idéologie de l’OTAN !

En quoi consiste concrètement le contre-sommet ?

Le contre-sommet sera l’occasion d’un débat d’idées citoyen. Le collectif anti-OTAN organise à Strasbourg sur la durée du sommet une série de conférences thématiques, d’ateliers, de réunions de quartiers, de projections de films. Nous attendons d’ailleurs la venue de personnalités, dont une élue afghane et un représentant politique turc, pour animer cette conférence internationale. Un village alternatif se prépare également, qui permettra de concrétiser l’espace de rencontres, d’échanges et de réflexions, mais aussi d’accueillir les milliers de manifestants qui feront le déplacement. Notre objectif, c’est que ce mouvement touche le plus grand nombre et soit le plus international possible. Ce village autogéré sera donc un lieu de convergence et de vie, c’est une nouvelle forme de lutte pour montrer notre refus de l’OTAN. Enfin, le point culminant du contre-sommet sera la manifestation internationale, que nous espérons populaire et massive ; elle aura lieu le samedi 4 avril. Il est important que les citoyens puissent s’exprimer contre les politiques militaires et nucléaires agressives de l’OTAN. Nous ne voulons pas que les embrassades entre Nicolas Sarkozy et Angela Merkel symbolisent le sommet. Il faut que le monde, dont les yeux seront braqués sur Strasbourg, puisse voir aussi l’image de citoyens engagés contre l’OTAN.

Les médias, dans le traitement du contre-sommet, soulignent surtout les difficultés matérielles de l’organisation (emplacement du village alternatif, parcours de la manifestation…) Et on constate que l’idée d’un mouvement de protestation, de manière générale, a tendance à « gêner ». Comment le contre-sommet s’est-il finalement imposé ?

Les principaux obstacles dans l’organisation d’un tel événement sont d’abord le peu de moyens dont on dispose, puis les problèmes pour trouver des lieux de réunion, et enfin la difficulté de mobiliser. Les gens sont aujourd’hui focalisés sur leurs problèmes plus personnels. Pourtant, la conférence internationale pour la préparation du contre-sommet, les 14 et 15 février, a rassemblé plus de 500 personnes. Preuve que la mobilisation existe !

Quant au parcours de la manifestation, nous avons été relégués dans la zone industrielle du Port du Rhin, sous prétexte des casseurs… On nous a avancé que, malgré notre sérieux et notre bonne volonté, un tel parcours était préférable pour la sécurité de Strasbourg. Je suis d’ailleurs fâché de lire à longueur de journaux que la manifestation serait le fait de « perturbateurs », qu’elle génèrerait de « l’insécurité et des incivilités ». C’est un manque de respect vis-à-vis des organisations ! Nous manifesterons de manière calme, responsable ; nous attendons des familles, et toutes les générations.

Très prochainement, un collectif va interpeller les élus pour qu’une pression soit mise, qui permette que la manifestation se déroule dans les zones habitées. Il me semble important que les élus s’engagent, tout particulièrement aujourd’hui, à l’approche des élections européennes.

Et la dimension européenne dans tout ça ? Quelle est votre position sur la politique européenne de la défense ?

Je préfère parler de sécurité que de défense européenne. Derrière le mot « défense » se cachent l’idée d’agression et l’attitude défensive qui en découle. On voit aujourd’hui, en Europe et ailleurs dans le monde, que l’origine de la majorité des conflits réside dans l’accès à l’énergie et aux ressources naturelles. L’environnement a, en effet, un impact majeur dans les conflits. C’est pour cela qu’il faut traiter les problèmes de manière sociale, écologique, mais surtout pas militaire. La communauté internationale doit sortir de cette approche guerrière. Il faut construire une « sécurité européenne » et non une « défense européenne ». L’Europe a besoin d’un projet écologique fort et dénucléarisé.

L'équipe de Babel Strasbourg remercie Manuel Santiago pour l'entretien qu'il lui a accordé en pleine période de mobilisation. Les prochaines semaines seront à ce titre ponctuées de nombreux débats de sensibilisation. Manuel Santiago convie les lecteurs de CaféBabel à la réunion-débat qui se tiendra mercredi 11 mars à 20h en présence d'Alain Lipietz et Alexander Bonde au FEC, 1 place St Etienne à Strasbourg.