Manuel Möglich : l'Allemagne partout 

Article publié le 11 février 2016
Article publié le 11 février 2016

C'est un peu le Yann Barthès allemand. Animateurs d'émissions telles que « Wild Germany » ou « Deutschland von außen » (L'Allemagne de l'extèrieur, ndlr), sur la première chaîne du pays - la ZDF - Manuel Möglich a écrit un livre sur l'image que peut renvoyer l'Allemagne dans le monde. Entretien total.

C'est autour d'un verre au Zeche Carl (à Essen, ndt), que nous nous retrouvons pour une petite séance de papotage. Les sujets de conversation : l'Allemagne, le monde, et bien sûr son livre, où il est question des deux.

« Comme l'Allemagne est belle quand on est loin et qu'on ne pense qu'à elle ! », dit la citation de Carl Zuckmayer dans le texte du rabat du nouveau livre de Manuel Möglich, Deutschland überall (« L'Allemagne partout », ndlr). Pour ce livre, il est allé sur cinq continents, et a parcouru cinq zones climatiques partout dans le monde. Sur les traces de l'allemand, au loin. À quoi s'est-il trouvé confronté et comment se positionne-t-il sur ce pays où il est né et, malgré ses nombreux voyages, toujours resté jusqu'à aujourd'hui ? Nous lui avons demandé.

cafébabel : L'Allemagne tourne-t-elle encore et toujours autour de son passé nazi et de la hype berlinoise ?

Manuel Möglich : Pour ceux qui sont à Berlin, le passé nazi n'a plus d'importance. Je ne trouve pas non plus Berlin si représentative de l'Allemagne, parce que c'est tout simplement une grande ville, qui est en elle même tout particulière. Tout comme New York. Elle ne représente pas plus l'Amérique que Berlin ne représente l'Allemagne. En ce moment, pour ma tournée littéraire, je vais dans pas mal de villes. Et là, je remarque que Hambourg, Cologne, Essen... sont complètement différentes et représentent peut-être bien plus l'Allemagne que Berlin. Quand on rencontre des gens à l'étranger, peu importe leur âge, ils se mettent à parler de l'Allemagne avec grandiloquence. Et si l'on fait allusion au passé, ça leur est complètement égal et ils te disent : « Il faut quand même regarder vers l'avant ». J'ai toujours été celui qui ramène l'histoire sur le tapis en disant : « Il est toujours important de se souvenir et surtout, que les jeunes se souviennent ».

cafébabel : Quelle est la réaction face au passé en Allemagne ?

Manuel Möglich : À un moment, j'ai eu le sentiment que ce n'est plus vraiment un sujet en soi. Quand après la Coupe du monde de foot, on a fêté le titre devant la Porte de Brandebourg et que le Spiegel a fait sa une avec « La nouvelle légèreté allemande », j'ai pensé que j'avais peut-être un sujet qui n'intéressait plus personne. Mais peu de temps après, il s'est avéré que des thèmes qui ont trait à la fierté nationale, l'identité allemande ou le patriotisme sont évidemment encore incroyablement présents. Mais on ne sait toujours pas vraiment comment on doit se comporter.

La bande-annonce du livre en images.

cafébabel : Dans ton livre, on parle de la culture « marquée allemande » à travers le monde. As-tu pu établir des parallèles entre des descendants d'Allemands ? Y a-t-il un dénominateur commun ?

Manuel Möglich : L'idée était tout simplement de partir et de faire une sorte de voyage/récit d'aventures avec des fils rouges. Et cela dans des lieux qui ont une relation claire avec l'Allemagne, que ce soit d'anciennes colonies comme la Namibie, les Samoa et Qingdao, ou des pays comme le Brésil, la République tchèque, la Roumanie ou les États-Unis. Je pourrais maintenant difficilement dire que les descendants de colons dans le monde entier ont la même manière de penser. Commençons par les différentes variantes de l'allemand qu'ils parlent. Mais ce qui unit un peu les gens, c'est le regard extérieur qu'ils portent sur l'Allemagne. Je crois que quand tu regardes tout cela de loin, on a affaire à une sorte de transfiguration. Cela finit par exemple avec l'idée d'une Allemagne imaginaire, illustrée par des culottes de peau et des chapeaux de feutre bavarois. C'est mignon dans un sens, mais horrible dans l'autre.

cafébabel : Selon toi, est-ce qu'il y a une « manière d'être allemande » ?

Manuel Möglich : Difficile à dire. On peut direct parler des clichés, selon lesquels les Allemands sont ponctuels et font du bon boulot. Mais quand on vit en Allemagne, on sait que tout ça, c'est des conneries. Je connais pas mal de gens qui sont - carrément - toujours en retard. Typiquement allemand, pour moi, c'est l'identification par la langue. L'allemand est ma seule langue maternelle. Si je ne peux pas communiquer, il ne reste pas grand-chose de mon être.

cafébabel : Le titre de ton livre Deutschland überall (« L'Allemagne partout ») résonne comme une référence à « Deutschland über alles ». C'est voulu ?

Manuel Möglich : Il y a une histoire dans le livre, où une femme au Brésil adore l'hymne national allemand. « Depuis plus de 60 ans au Brésil, je m'habitue lentement à l'hymne brésilien, mais je préfère largement l'hymne allemand », me disait-elle. Il y a donc bien sûr un clin d'oeil au « Deutschland über alles » (« L'Allemagne au-dessus de tout », ndt). Par ailleurs, le titre reflète le fait que je sois allé sur 5 continents et dans 7 pays. Un peu partout donc. La vérité, c'est que je voulais l'appeler « Deutschland über alles » en griffonnant le « es » de la fin. Mais ma maison d'édition a trouvé que cela faisait trop.

cafébabel : As-tu déjà trouvé désagréable le fait d'être Allemand ?

Manuel Möglich : Bien sûr. Tout le monde a déjà vécu ça. J'étais par exemple en vacances avec ma copine, j'ai entendu des gens à la table d'à côté parler allemand et j'ai pensé « On peut peut-être changer de table ». Peu d'autres nations feraient ça.

cafébabel : Tu es toi-même toujours en voyage. As-tu déjà vécu longtemps à l'étranger ? Si oui, aurais-tu pu imaginer y rester ?

Manuel Möglich : Je n'ai jamais vraiment vécu longtemps à l'étranger. Pendant mes études, je suis resté deux mois à Madrid, puis un printemps et un été à New York. Ce sont des instantanés. La tentation de rester était là, mais il y a alors toujours de bonnes raisons qui rendent cela impossible. Mon travail est tout simplement très étroitement lié à la langue allemande.

cafébabel : Où voudrais-tu vivre en dehors de l'Allemagne ?

Manuel Möglich : Là où je m'imaginerais bien vivre, c'est Vancouver. Dans mon monde idéal donc, là où quelqu'un te dit : « Ici, tu peux travailler, gagner de l'argent. Tout est cool ». Beaucoup de choses font que je trouve une ville super. On a tout ce qui est culturellement important. La mentalité des Canadiens est très agréable. Et on a là-bas un environnement incroyable. On arrive vite à la mer ou à la montagne.

cafébabel : Quels artistes allemands peux-tu conseiller ?

Manuel Möglich : Je viens d'écouter le nouveau disque de Tocotronic. J'avais aimé le dernier, alors que j'avais trouvé les précédents à chier. Il y a aussi un petit groupe de schrammelrock de Berlin qui s'appelle Chuckamuck. En fait, on entend parfois à peine qu'ils chantent en allemand. Il y a bien de la bonne musique en Allemagne, pas seulement de la techno, avec Kraftwerk ou autre. J'ai plus de mal avec les films allemands. Je dois reconnaître que j'ai refusé de voir Oh Boy parce que tout le monde disait que c'était « un super film ». Puis, j'ai fini par le voir en avion. J'aime l'esthétique et l'idée. C'est pas le film du siècle non plus, mais c'est un bon divertissement. En art, j'aime aussi parfois des choses de Daniel Richter.

cafébabel : Pour finir, paraît-il que tu aimerais être un cheval...

Manuel Möglich : Non. La presse ment.

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Lire :  Deutschland Überall de Manuel Möglich (Rowohlt Verlag/2015) - uniquement dispo en allemand.