Manipulation médiatique en Grèce : la sinistrose Syriza

Article publié le 24 janvier 2015
Article publié le 24 janvier 2015

[Opinion] Quelle est la différence entre média et propagande ? En Grèce, la différence ne tient qu'à un fil. 

Imagine que tu sois dans une pièce remplie de boîtes ouvertes. Au milieu de cette pièce, se trouve une grande boîte rouge fermée. Tu ne sais pas ce qu'il y a dedans. Peut-être préfères-tu d'ailleurs ne pas le savoir... Malgré ton manque d'intérêt pour cette boîte, des voix fortes et intenses t'enjoignant de ne pas l'ouvrir vont progressivement éveiller ton attention. Soudain, te voilà dans une situation alarmiste où tous ces messages te disent combien ta vie sera affreuse et instable si tu oses ouvrir cette boîte. Plus ces voix te terrorisent, plus cette boîte rouge t'intrigue. Alors, vas-tu l'ouvrir? 

La fin du monde selon Syriza

Lors des prochaines élections générales en Grèce, il y a une réelle possibilité pour qu'un gouvernement de gauche radicale arrive au pouvoir. Ce serait la première fois de l'histoire en Grèce, tout comme en Europe. Le parti de gauche radicale anti-austérité Syriza, vainqueur des élections européennes de l'année dernière, est en tête selon les dernières estimations. Syriza domine les sondages dans tout le pays depuis des mois et le sentiment général parmi les votants est que le parti de gauche radical va l'emporter. Alors que la victoire de Syriza se profile, il n'est pas certain que Aléxis Tsipras, le quarantenaire à la tête du parti, aura suffisamment d'effectifs pour former un gouvernement. 

Au cours cette période pré-électorale, Syriza a été la cible d'une déferlante de propagande et de propos alarmistes. Les médias mainstream ne font que terrifier les électeurs avec des scénarios effrayants de catastrophe imminente! Entre les titres qui rapportent la menace de sortie de la zone euro qui pèse sur la  Grèce  (un scénario qui a reçu le sobriquet de Grexit), et les rapports terrifiants qui annoncent la destruction économique de la Grèce, et de l'Europe avec elle. Cette « guerre psychologique », pour diaboliser Syriza, mobilise des ours effrayants qui illustrent « la guerre russe en marche » comme dans le quotidien Ta Nea, ou encore des titres comme celui du journal Axia : « Comédie et Tragédie: faillite, sortie de la zone euro et risque aux frontières». Et comme si tout cela n'était pas assez affolant, il y a aussi l'image du bonhomme Monopoly prenant la fuite avec les dépôts grecs sous la légende « Risque de retraits massifs comme en 2012. 2,5 milliards d'euros ont déjà quitté les banques ». 

Ce phénomène n'est pas cantonné à la presse écrite. Les télévisions grecques font la même chose. Une grande partie des soi-disant programmes d'information ne sont en fait rien d'autre que des débats vides et des arguments présentant le futur menaçant qui attend la Grèce sous le gouvernement Syriza. Cependant, les chaînes principales ont tendance à toutes inviter les mêmes politiciens du gouvernement de coalition, Nouvelle Démocratie et Pasok, pour parler du dilemme « euro ou drachme », et aussi de « stabilité ou instabilité ». C'est pourquoi, de nombreuses personnes soutiennent avec justesse que les médias grecs sont un instrument de propagande. Et, la grande boîte rouge reste fermée au milieu de la pièce. 

Les histoires vraies ne sont pas les meilleures 

Bien que les médias grecs continuent de bombarder leur public avec la terreur nommée Syriza, ils ont parfois bien du mal à défendre leur cause. Leur intention est de créer l'insécurité à propos de la possibilité d'un gouvernement Syriza, mais les faits vérifiables ne semblent pas corroborer leurs dires. Cependant, il existe une différence entre la manière dont on présente l'actualité et la façon qu'ont les média grecs de traîter leurs informations. 

Le manque d'objectivité dans les médias grand public interfère avec les résultats des sondages. Spécialement dans la représentation graphique des résultats. Si vous pensez que 4,7% représentent moins que 4,8%, c'est que vous vivez dans un monde différent que celui de la chaîne SKAI TV! 

SKAI TV présentait un graphique du sondage Rass pour le journal Eleftheros tipos. SKAI indique que le parti centriste Potami qui a 4,7% des intentions de vote est clairement devant le Parti communiste qui lui obtient 4,8% des intentions de vote. SKAI va encore plus loin en présentant le parti Aube Doré en rouge (3,8%), plutôt que le noir habituel, dans des proportions deux fois plus grandes que PASOK qui lui a 3,5% des intentions de vote. Faut-il remettre la pertinence de l'information en cause, ou les compétences du graphiste ? 

Il ne faut pas oublier que les médias mainstream en Grèce dissimulent le soutien à Syriza de certaines personnalités brillantes. C'est une autre forme de manipulation de l'opinion, autrement connue sous le nom de censure. La presse écrite et les site web utilisent, bien sûr, des moyens directs et discrets pour censurer et interférer avec le contenu en ligne, mais comment cela est-il possible lors d'un débat télévisé en direct ? Pendant la diffusion de l'émission Zone interdite, une émission-débat, le journaliste Nikos Manesiotis essaye de poser une question sur la connection entre le gouvernement actuel et l'entrepreneur Babis Vovos qui a été arrêté en 2012 pour impôts impayés. George Tragas, le présentateur, l'interrompt en coupant son micr o! Ce genre de comportement est de toute évidence une violation de l'éthique journalistique. Outré par cette manoeuvre, le membre de Syriza quitte le plateau. 

Malgré les défis posés par cette propagande - manipulation et censure - l'optimisme demeure dans les rangs de Syriza. Et pourquoi en serait-il autrement ? Syriza semble gagner de l'élan à quelques jours des élections anticipées de dimanche, progressant toujours plus par rapport aux conservateurs dans de nombreux sondages. Souvenons-nous de cette boîte rouge fermée au milieu d'une pièce pleine de boîtes vides. Le 25 janvier, le peuple grec devra décider s'ils ouvrent cette boîte pour découvrir ce qui y est caché. L'ouvriront-elle ?