Manifeste pour plus d’Hymnes à la joie dans les Eurovisions !

Article publié le 18 mai 2013
Article publié le 18 mai 2013
Ce soir, la France sera championne d’Europe. Les couleurs tricolores seront hissées dans une arène du continent, mais davantage en terres sportives que musicales. Si la finale de la H Cup verra s’affronter deux clubs français (ASM/Toulon), la victoire gauloise est loin d’être assurée à l’Eurovision.
La rédaction de CaféBabel Strasbourg a saisi l’occasion de cette Grand’Messe de la chanson européenne pour vous proposer un aperçu musical plutôt rentre-dedans. #Alternative Eurovision.

Guillaume Ferrand a étudié un an en Allemagne et « pensait apprendre à mieux connaître son prochain, son voisin européen, ne serait-ce que sa musique et ses films ». Il n’en fut rien. Voici son témoignage : A part le folklore parfois mis en avant de tel ou tel pays, ce qui nous rassemblait et nous fédérait, c’était la culture américaine, uniformisée mais universelle. L’Amérique, c’est les « before », les « partys » et les « afters ». A tel point que, quiconque aujourd’hui cherche un minimum le succès et un accès immédiat à son répertoire, reproduit à l’envie ces codes anglo-saxons ; ce qui est d’autant plus vrai pour la pop ou le rock. Peu importe que le groupe se targue d’être suédois, français ou italien, il ne sera jugé digne d’intérêt – et donc diffusable – que s’il s’exprime en anglais (dans la grande majorité des cas). La France s’en sort grâce à sa fameuse « exception culturelle », mais notons que celle-ci est surtout franco-française, malgré son ambition transeuropéenne.

De ce point de vue, les Etats-Nations, garants de la diffusion de leur culture en Europe, semblent bien isolés les uns des autres. Qu’est ce qui, aujourd’hui, est commun à chaque Européen en dehors de l’Hymne à la joie ou quelques vieux restes des valeurs des Lumières ? Cette question est d’autant plus légitime que l’Eurovision, c’est ce soir. Il y aura un tube, vite oublié, très probablement chanté en anglais. Où est alors la diversité ? Chaque année le même débat a lieu : pourquoi les Tchèques, Portugais ou autres Lettons ne chanteraient-ils pas dans leur propre langue ? Le site de l’Eurovision lui-même est intégralement en anglais, sans possibilité de changer la langue, même pas sur la présentation de chaque pays. Prenons la fiche de la France, représentée cette année par Amandine Bourgeois.

CaféBabel se propose donc d’éditer une playlist préparée par Nikolas Konstantin, évidemment non exhaustive, dans le but de démontrer qu’il existe une production musicale autre qu’anglophone en Europe. On fera volontairement l’impasse sur les fameux islandais de Sigur Ros, prenant parfois le risque inconsidéré de chanter dans leur langue maternelle, ce qui contribue d’ailleurs à leur succès – l’exception qui confirme la règle. Quant aux oublis (il y en aura forcément malgré nos investigations), ils ne sont pas à mettre sur le compte d’une éventuelle mauvaise qualité, mais cela nous renvoie directement à notre problématique initiale : comment pouvait-on seulement les connaître ? Car jusqu’à présent, et même à l’heure de la crise, même à l’heure du franco-allemand, la culture ne joue qu’un rôle pour le moins mineur dans la construction de notre continent.

Musique ! Playlist européenne

Photo : FlickR CC/phil h