Manel : les « messieurs tout le monde » de la pop espagnole

Article publié le 15 avril 2014
Article publié le 15 avril 2014

Londres est le pas­sage obligé pour tous les grands groupes et un en­droit ac­cueillant pour les jeunes ta­lents. Et même si ce groupe n'est ni l'un ni l'autre, il est un bon exemple de ce que la ville re­pré­sente : un centre cultu­rel où toute forme d’art a sa place. Le 29 mars der­nier, la Scala de Londres ac­cueillait Manel, le groupe ca­ta­lan qui dé­passe les fron­tières.

« Je ne crois pas que nous soyons si in­ter­na­tio­naux que ça. Jouer à Londres ne fait pas de nous un groupe spé­cial », af­firme Guillem Gis­bert, le chan­teur du groupe, à quelques heures du concert Rock Sin Subtítulos (Rock sans sous-titres) or­ga­nisé à la cé­lèbre Scala, dans le nord de Londres. Il y a quatre ans Manel jouait pour la pre­mière fois dans la ca­pi­tale bri­tan­nique, dans le cadre d’une pe­tite tour­née an­glaise qui les avait em­me­nés au cœur de pe­tits cafés et dans des uni­ver­si­tés. Au­jour­d’hui, les billets pour leur concert à la Scala se sont ven­dus plu­sieurs se­maines avant la date et, lors­qu’ils sont mon­tés sur scène à la Scala, sa­medi der­nier, le pu­blic fas­ciné connais­sait les pa­roles de toutes leurs chan­sons. Deux heures et demie de mu­sique et d'émo­tions. Et de l'hu­mour

Pour­tant, quand on leur parle de leur suc­cès, c’est un peu comme si on leur par­lait des astres ou de mé­ta­phy­sique. « On n'a pas beau­coup changé de­puis nos dé­buts, nous sommes tou­jours les mêmes. La seule chose qui a changé, c’est que nous avons plus d’ex­pé­rience, nous avons évo­lué mu­si­ca­le­ment et tech­ni­que­ment », re­con­nait Roger Pa­dilla. Son par­te­naire, Guillem Gis­bert, ajoute : « on n’est pas comme tous ces groupes qui rem­plissent des stades par­tout dans le monde, on re­vient tou­jours dor­mir à la mai­son. Bon, moins qu’avant c’est sûr » !

Si les gar­çons n’ont pas changé, leur po­pu­la­rité, elle, a bien pro­gres­sée. Ce ne sont plus des pe­tits cafés qui les ac­cueillent, mais des grandes salles de concerts. Ils comptent à leur ac­tif 3 disques, plus de 40 chan­sons, et ce qui joue beau­coup en leur fa­veur, c'est qu'ils se sont re­trou­vés nu­méro 1 des ventes en Es­pagne en chan­tant en ca­ta­lan. Quand on leur de­mande qui ils sont et com­ment ils ex­pli­que­raient ce phé­no­mène, pour une fois les mots leurs manquent. « On n’aime pas vrai­ment les éti­quettes. Au début, tout le monde nous de­man­dait quel genre de mu­sique on fai­sait. Quand on a lu dans l’une des pre­mières cri­tiques qu’on nous iden­ti­fiait comme 'pop-folk', on a laissé faire », plai­sante Guillem.

At­letes, baixin de l’es­ce­nari (Les ath­lètes, quit­tez la scène, ndlt) est le cu­rieux titre du der­nier album du groupe, sorti il y a bien­tôt un an. Un disque où se mêlent la mé­lan­co­lie de mor­ceaux comme De­sa­pa­reixíem len­tament et l’éner­gie de Te­resa Ram­pell, pre­mier ex­trait de l’al­bum. Sur­tout, c’est un disque qui ré­af­firme le style de Manel. Un style pas vrai­ment com­mer­cial, sans presque aucun re­frain et une ca­dence dif­fi­cile à suivre par mo­ments. Par­fois, il peut lais­ser in­dif­fé­rent à la pre­mière écoute, mais leur mu­sique s’en­ri­chit de chaque dé­tail, de chaque his­toire. « Les 5 mi­nutes et demie de Te­resa Ram­pell s’ins­pirent un peu de ces ma­nuels qui ex­pliquent ce qu’est un bon single. À la sor­tie du disque, beau­coup de gens nous ont dit que la chan­son n’était pas re­pré­sen­ta­tive de l'al­bum, mais ce qui compte pour nous c’est le disque dans son in­té­gra­lité, c’est tout le tra­vail que nous avons fait. Un single n’est qu’une par­tie d’un tout », af­firme Guillem.

Beau­coup se de­mandent com­ment on peut de­ve­nir nu­méro 1 avec une mu­sique pa­reille, mais les gar­çons fonc­tionnent sim­ple­ment et af­firment n’avoir aucun plan de car­rière. « Chaque chan­son est créée d’une façon par­ti­cu­lière, nous n’avons pas de for­mule ma­gique », af­firme Roger. Et Guillem d'ajou­ter : « des 40 chan­sons que nous avons com­po­sées, je ne crois pas qu’il y en ait deux qui aient été com­po­sées de la même ma­nière. Il y a tou­jours des nuances qui les rendent dif­fé­rentes, notre for­mule n'est pas dé­fi­nie ». Cela dit, toutes leurs chan­sons ont des textes po­pu­laires, proches des gens, aux­quels il est fa­cile de s'iden­ti­fier. « Il y a un peu de tra­di­tion folk. Ces chan­sons de 8 mi­nutes qui ra­content une his­toire, sont pour moi très in­té­res­santes à écou­ter, pour voir com­ment l’his­toire se com­binent aux rimes. Mais ce n’est pas quelque chose que nous re­cher­chons, cela nous vient comme ça », as­sure Guillem. Quand on les ques­tionne sur la nos­tal­gie des mor­ceaux comme Banda de rock, Roger ré­pond : « nous avons tous conscience dans le groupe que bien qu’on ne soit pas no­vices, tout ne fait que com­men­cer. On ne re­grette rien concer­nant notre tra­vail, on a en­core beau­coup de choses à faire ». « L’émo­tion par­ti­cu­lière d’une chan­son ne peut pas suf­fire à dé­fi­nir un groupe ou un album. Une chan­son ne dure que quatre mi­nutes, puis en vient une autre, rien de plus », admet Guillem.

« Au fond, notre sen­ti­ment, c’est que nous avons un tra­vail qui nous plait, qui nous cor­res­pond et rien de plus. » Vu comme ça, tout à l’air simple et tous les suc­cès mi­ro­bo­lants qu'on at­tri­bue au groupe ne sont rien de plus que des chiffres. Dans leur loge, loin des pro­jec­teurs, des flashs et des mi­cros, ils res­tent des gens nor­maux. Quoi qu’on en dise, ces quatre jeunes ont réussi le plus im­por­tant pour un groupe : qu’à la fin du concert, la der­nière chose dont leur pu­blic ait envie c’est que ces ath­lètes mu­si­caux quittent la scène.

Clip de Quin dia feia, amics (Quel belle jour­née, les amis) de l'al­bum Atle­tes, bai­xin de l'es­ce­na­ri.