Mâles dominés ou dominants ? Le débat se poursuit en France

Article publié le 17 février 2010
Article publié le 17 février 2010
Avec la sortie du documentaire « anti-mâles », La domination masculine, en novembre 2009, le débat sur la crise de la virilité a repris de plus belle dans les médias français. Mais on est encore loin des thèses « masculinistes » venues d'Amérique du Nord.

John M’Bumba est double champion de France de boxe catégorie – de 91kg et médaille de bronze aux championnats du monde. Un balèze, un dur, qui s’est toujours entraîné avec... des femmes : « Peu importe l'âge ou le sexe, je préfère m’entraîner avec Sarah [ndlr : Sarah Ourahmoune, championne du monde] qu’avec des mecs qui viennent jouer les fanfarons, des gros gaillards. C’est plus une question de caractère que de sexe. » Sexe, caractère, pas d’équivalence pour cet adepte d’un sport considéré comme viril, où les femmes se sont pourtant fait un trou.

Zemmour, le machiste

Contrairement à John le boxeur, beaucoup d’hommes dénoncent ces femmes qui se taillent la part du lion au détriment de la virilité. Pour Eric Zemmour, chroniqueur télé et journaliste français dont les dérives font grimper l’audimat de l'émission de divertissement On n’est pas couché, certains hommes trop faibles seraient complices de cette déchéance. Cité par Patric Jean, le réalisateur belge du docu La domination masculine sur son blog, voici un extrait de son livre Le Premier sexe : « L’équilibre subtil entre hommes et femmes, entre virilité dominante et féminité influente a été brisé par l’abdication des hommes blancs du 20e siècle qui ont mis à terre leur sceptre patriarcal. » Est-il sincère ou juste provoquant quand il affirme encore : « La prostitution (est) devenue un des moyens qu’ont trouvé les hommes pour retrouver une supériorité - et donc leur désir - dans la société du respect et de l’égalité ».

Reportage après la sortie du Premier Sexe d´Eric Zemmour sur France 2Pour Thomas Lancelot qui a cofondé l'association Mix-Cité, un mouvement féministe et mixte pour l'égalité des sexes, une chose est sûre : la pensée « zemmourienne » ne fait pas école... « En France, on ne peut pas dire qu’il y ait une pensée 'masculiniste' comme c’est le cas aux Etats-Unis ou au Canada. Il y a bien les dérives de SOS Papa, les idées simplement machistes d’Eric Zemmour, mais ça ne forme pas des thèses masculinistes », confirme-t-il avant d'ajouter : « Mieux vaut en rire, comme le fait Patric Jean dans son documentaire. »

Une France épargnée

Affiche du documentaire La Domination masculine de Patric JeanOuf ! Car à écouter les théories masculinistes déployées au Québec et aux Etats-Unis et racontées dans ce film, mieux vaut prévenir que guérir. Apologie de l’inceste, déni de la violence conjugale... Les anti-féministes n’y vont pas de main morte pour dénoncer la prise de pouvoir des femmes sur leur bonne vieille société patriarcale. Patric Jean évoque pourtant la diffusion de cette idéologie dans plusieurs pays d’Europe. Notamment par les « groupes de pères » qui utilisent le « scandale des pensions alimentaires » comme « couverture », selon le réalisateur.

« Tous les hommes ne se reconnaissent pas dans la peau d’un Superman »

Le président de SOS Papa, le groupe de pères le plus réputé en France, refuse totalement cette interprétation : « La marraine de l’association n’est autre qu’Evelyne Sollerot, une féministe historique », se défend Alain Cazenave, qui prétend que sa lutte pour la co-parentalité s'inscrit dans la même veine égalitariste que les féministes des années 70. Reste cette accusation latente : « C’est très courant que le père voit son enfant enlevé par une justice sexiste. » Thomas Lancelot tranche : « Le cas de SOS Papa en dit long, car il n’y a pas de théorisation derrière, c’est plutôt de l’ordre des blessures affectives. »

Mâle et égal ?

Il semble loin le temps où Léo Ferré, un poète et musicien français, un peu grande gueule, affirmait « les femmes cultivées, ça m’emmerde ». Le débat sur la crise de la masculinité revient ça et là sur le devant de la scène, inévitablement lié à la normalisation de la femme cultivée, sportive, bûcheuse, divorcée, célibataire, à l’égale des mecs... Pourtant, cette égalité peut être bénéfique aux hommes et c'est ce que les militants de Mix-cité ont compris : « Les rôles stéréotypés féminins sont contraignants, tout comme le sont les injonctions masculines à être performant au travail, sexuellement, super-virils, tel qu’on nous le vend dans les magazines masculins. Ca peut aussi être un problème pour tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans la peau d’un Superman», avoue Thomas Lancelot.

Apparemment, ils sont nombreux à ne pas se sentir « castrés », d’autant plus que dans le cas des séparations, les hommes ne sont pas à plaindre : « Lors d’un divorce, les hommes voient leurs revenus augmenter d’un quart supplémentaire, les femmes, elles, sont paupérisées dans 90 % des cas. Elles ont donc tout à perdre », précise le militant. Alors les Français, plutôt « masculinistes » ou féministes ? Sûrement opportunistes...

Le réalisateur Patric Jean assistera à plusieurs projections de La Domination Masculine en France et en Belgique : retrouvez les dates et les lieux sur le site du film.

crédit photo : Fonzie´s cousin´s/Flickr