Maja Lasić : une ancienne réfugiée en campagne à Berlin 

Article publié le 8 septembre 2016
Article publié le 8 septembre 2016

Fuir la guerre et trouver refuge en Allemagne. Un destin que Maja Lasić a vécu dans sa jeunesse pendant le conflit yougoslave. À 37 ans, pour sa première campagne électorale à Berlin, la jeune sociale-démocrate milite désormais pour renforcer le système éducatif comme tremplin d’intégration. Portrait.

Les cheveux encore trempés, la serviette sur les épaules, deux jeunes sortent de la piscine du parc Humboldthain. La roue de loterie rouge et blanche les attire. « Venez tenter votre chance », les deux jeunes repartiront avec une glace à l’eau, la visite au stand improvisé du SPD aura était fructueuse. À peine arrivée auprès de ses camarades militants, Maja Lasić prend en main un paquet de tracts et se dirige vers les habitants du quartier venus piquer une tête sous le soleil berlinois. Le pas sûr, l’oreille attentive, Maja Lasić informe autant qu’elle ne milite. « Ah bon, les élections ? Je croyais que c’était déjà passé » répond un jeune assis sur un banc. Le public semble peu motivé par ce scrutin régional qui se déroulera le 18 septembre à Berlin mais la candidate du SPD dans le quartier multiculturel de Wedding n’en reste pas moins déterminée. Une qualité nécessaire pour la jeune candidate qui n’a pas reculé devant les défis qui se sont présentés à elle depuis sa jeunesse.

L'école pour la vie

Pour beaucoup d’Européens, Mostar évoque le conflit qui a ravagé les Balkans dans les années 90. Aujourd’hui, c'est une cité qui tente de retrouver sa splendeur passée et la ville de naissance de Maja Lasić, qui garde en tête les conséquences du conflit sur sa vie de jeune écolière.« L’embargo faisait partie de notre quotidien, je me souviens par exemple comment je partais faire la queue pour aller acheter un litre de lait. Et que parfois, je revenais sans. Je me souviens aussi du climat qui a bousculé tout d’un coup dans notre classe. Chaque enfant savait parfaitement qui était dans quel camp, c’étaient des clans qui s’étaient construits dans les salles de cours », raconte-t-elle.

Maja Lasić se souvient également avec précision de cet été 1993. Son père, diplomate, se trouve déjà à Bonn, alors capitale de l’Allemagne. Partie de Belgrade où la famille vit désormais, elle lui rend visite pendant l’été. « Je devais rester pour deux mois. Finalement cela a été mon exil, je ne le savais pas en venant. Je n’ai pas eu l’occasion de dire au revoir. » Maja Lasić obtiendra plus tard le statut de réfugié mais insiste surtout sur le rôle qu’a joué l’école à ce moment-là pour son intégration en Allemagne. « Le message de mes parents était clair : il faut que je réussisse. J’ai eu la chance à ce moment-là de pouvoir être dans une classe de préparation au lycée. Il a fallu que j’apprenne la langue tout en commençant déjà à préparer le bac, mais j’ai eu des profs qui m’ont parfaitement aidée. ». Une expérience qui marque encore aujourd’hui la motivation politique de la jeune social-démocrate.

Maja Lasić est ainsi lancée vers une carrière universitaire qui lui permet de parcours l’Allemagne. Après Bonn et Bielefeld, ses études la mènent à Münster et Stuttgart. Un doctorat de biochimie en poche, elle débute ainsi dans le secteur pharmaceutique à Rosenheim. « J’ai vu à quoi ressembler cette branche, ma carrière était bien tracée, d’avancement en avancement. L’argent n’était jamais un problème ». Mais, à 30 ans, l’histoire semble trop lisse et les mid-life-crisis deviennent désormais des third-life-crisis. Qui suis-je ? Où vais-je ? Et comme pour beaucoup d’Européens dans ce cas, la réponse est simplement : Berlin. Le programme éducatif Teach First qui fait alors ses débuts en Allemagne lui offre alors la possibilité d’enseigner deux ans dans une école défavorisée du quartier de Wedding. Une révélation.

« Je sais de quoi je parle »

Son attention politique s’était jusqu’alors surtout concentrée sur la région des Balkans mais la volonté de vouloir changer les conditions locales du système éducatif lui font franchir le pas et elle s’engage en 2010 pour le parti social-démocrate avant de prendre également la nationalité allemande. Après une campagne interne de plusieurs mois, elle se retrouve donc en haut de l’affiche en tant que candidate du SPD pour la circonscription de Wedding. Au moment où la question de l’intégration des réfugiés est le principal sujet politique, elle est conscience que sa propre biographie n’est pas anodine. « Nous arrivons désormais à la phase où nous devons trouver une solution pour intégrer les réfugiés sur le marché du travail et dans notre système éducatif. Pour les adultes, il est clair que certains n'obtiendront que des emplois qui sont en dessous de leur qualification d’origine. D'autres sont peu ou pas qualifiés », explique-t-elle.

Elle poursuit : « Mais là où toutes les chances sont encore ouvertes, c’est pour les enfants dans les écoles et c’est là que je veux focaliser mes efforts. Quand j’entends des habitants du quartier me dire : "La très grande majorité auront une influence négative sur le pays ", je suis là pour leur dire que ce n’est pas le cas. Nous avons déjà eu des mouvements migratoires et cela n’a pas ruiné le pays. De l’autre côté, je peux aussi dire à ceux qui arrivent : « Cela ne sera pas toujours simple. Je sais de quoi je parle » ». La détermination, encore une fois. Dans le parc Humboldthain, Maja Lasić continue à presser le pas et le paquet de tracts à son effigie est distribué à bon rythme. Ni la fatigue d’une longue campagne, ni le faible intérêt des citoyens, ni la montée de la droite populiste même dans la capitale allemande réputée alternative, ne lui font ralentir la cadence.

___

Cet article a été publié par cafébabel Berlin. Toute appellation d'origine contrôlée.