Magna Hungaria, ou La loi sur la double nationalité

Article publié le 28 janvier 2011
Article publié le 28 janvier 2011
Par Ivanna Pyniak A 20 km de Budapest dans la petite ville de Saint André, se trouve le musée de massepain, unique en Europe. A côté des bustes des figures éminentes de l’histoire et de la maquette du parlement hongrois modelés en pâte d’amande, dès l’entrée l’œil capte une autre pièce d’exposition : la carte « Magna Hungaria ».
Le touriste y découvre les contours vaguement dessinés des frontières actuelles du pays, entourés par les anciens territoires hongrois, mais appartenant aujourd’hui aux pays riverains. En vertu des traités signés à l’issue de la 1ère guerre mondiale, la Hongrie a perdu 2/3 de son territoire. En mai 2010, le parti au pouvoir fort d’une majorité parlementaire des 2/3 a essayé de ‘réparer ces injustices’.

En janvier 2011, la Hongrie prend le relais de la Belgique à la tête de la présidence tournante de l’UE sous les sifflements européens. Plusieurs actes législatifs – sur les médias, la double citoyenneté, la fiscalité – ont suscité des inquiétudes et des critiques sévères. Aujourd’hui, c’est la nouvelle loi sur les médias votée en décembre qui fait débat. Hier, c’était la loi sur l’octroi de passeports hongrois aux résidents d’origine hongroise établis dans les pays voisins qui provoquait une vague de colère.

Ces réactions se sont surtout manifestées en Slovaquie. Où vivent 600 000 hongrois ethniques soit environ 10 % de la population concentrée dans la région frontalière. Apparemment, la réaction slovaque relevait plus de l’indignation que d’un danger réel pour le pays, économiquement supérieur à son voisin. Par ailleurs, le fait que la Slovaquie, tout comme la Roumanie, soient membres de l’UE et leurs citoyens ressortissants européens limite l’impact de cette législation. En effet, pour un ressortissant issu d’une minorité hongroise résidant dans l’un de ces deux pays, solliciter la nationalité hongroise, ne constitue pas un moyen indirect d’acquérir la citoyenneté européenne et son cortège d’avantage. De plus, ces 2 pays ont aussi de leur côté introduit la législation similaire à la loi hongroise sur la double nationalité. La Roumanie aurait ainsi déjà octroyé la nationalité roumaine à 1/8 de la population moldave, séduite par la perspective de la citoyenneté européenne.

La question demeure cependant pour les pays non-membres de l’UE où résident des minorités hongroises : la Serbie, la Croatie et l’Ukraine. Par exemple, dans la région de la Transcarpatie, en Ukraine, la pratique de délivrance des passeports hongrois est introduite depuis plusieurs années. Selon les données de la communauté hongroise de la région, de 150 à200 000 personnes se veulent hongroises. A noter aussi que la législation ukrainienne n’autorise pas la double nationalité. Ce qui explique peut être que le gouvernement ukrainien ne s’est pas prononcé sur la nouvelle législation hongroise. En tous les cas, les populations concernées ne pourront que tirer profit de la situation en termes de libre entrée, de libre circulation, de l’accès à l’éducation et au travail dans l’UE.

Au-delà des conséquences pratiques de cette loi, il existe un danger symbolique. La multiplication de ce type de législation n’est pas un phénomène constructif ni pour les relations de bon voisinage, ni pour le projet de la construction européenne. Si dans l’absolu, la double nationalité pourrait favoriser l’intégration et l’identité européenne, il semble peu judicieux d’introduire ces décisions unilatéralement, sans négociations ni consentement des autres pays concernés.

Photo : passeport de Royaume de Hongrie, source : www.retronom.hu