Macédoine : d’abord la révolution, ensuite les réformes

Article publié le 10 décembre 2016
Article publié le 10 décembre 2016

Ce weekend, après des mois de faux départs, la Macédoine ira finalement voter pour élire son Parlement. Dans la foulée d'une révolution jeune et colorée, le pays pourrait enfin mettre un terme aux nombreux scandales qui ont émaillé la coalition au pouvoir.

Plus tôt cette année, les partis politiques de Macédoine se sont mis d’accord pour organiser des élections législatives anticipées le 11 décembre, dans le but de tenter de résoudre les troubles politiques qui perdurent depuis février 2015. Malgré plusieurs tentatives de mettre en place les élections plus tôt dans l’année, la date a été reportée à plusieurs reprises. Les élections ont d’abord été reportées en raison d’irrégularités concernant le registre des électeurs, alors que la couverture des partis d’opposition par les médias nationaux témoignait d'un patent déséquilibre. Un gouvernement par intérim avait été institué en 2015 dans l’objectif de régler le problème, et organiser des élections justes et démocratiques.

La crise politique a été suivie par un scandale d’écoutes téléphoniques dans lequel les conversations de 10 000 personnes (y compris des hommes politiques, des journalistes et des travailleurs d’ONG) ont été contrôlées. Les enregistrements ont révélé des preuves choquantes selon lesquelles plusieurs membres du gouvernement et leurs associés étaient impliqués dans de graves procédés malhonnêtes, dont les élections législatives et présidentielles de 2014 truquées, la manipulation du système judiciaire, l’intimidation et le contrôle des médias, ainsi que la dissimulation du meurtre d’un jeune homme commis par un officier de police.

En réponse à ce scandale, un large mouvement de citoyens  - internationalement connu sous le nom de révolution colorée - a vu le jour pour protester contre l’establishment macédonien et contre une longue décennie de corruption, de népotisme, de pauvreté grandissante, et de non-respects des droits de l’homme. C’est cette révolution qui est responsable de la rationalisation des élections, et de la présentation d’un programme qui met l’accent sur le changement et sur les principaux enjeux.

Pourquoi ces élections sont-elles si importantes pour la Macédoine ?

Comme beaucoup de pays d'Europe de l'Est qui essaient de gérer leur transition politique depuis l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la Macédoine cherche toujours le bon moyen de faire face à son plus grand défi : la longue décennie de règne de la coalition ethnique du VMRO DPMNE (le bloc macédonien) et le DUI (le bloc albanien). Ces partis respectivement dirigés par Nikola Gruevski et Ali Ahmeti, reposent sur deux idéologies politiques opposées : conservatisme et euroscepticisme d'une part, libéralisme et européisme d'autre part. Leur coalition n’a réussi qu’à négocier des accords d’intérêts mutuels de petite envergure, mais n’est pas parvenue à résoudre les conflits inter-ethniques ou à faire avancer l’intégration de la Macédoine à l’Europe.

Leur gouvernance a par ailleurs été marquée par des accusations d’élections truquées, l’aliénation de l’Europe et de l’OTAN, l’alimentation des conflits ethniques, la réduction des libertés, une augmentation des inégalités sociales et une émigration massive. Sur le plan international, le parti populiste VMRO DPMNE a soufflé sur les braises de l'euroscepticisme - nourrissant la xénophobie dans le débat public - en se montrant défavorable à l’idée d’une zone des Balkans neutre. Dans une Europe grangrenée par la montée du populisme, il semblerait que le pouvoir macédonien est également succombé à la tentation de flatter de mauvaises passions.

Galvanisé par un fort sentiment de rejet de la classe politique, un front d’opposition désormais plus large, dirigé par des socio-démocrates de l’aile gauche, a bien l’intention de recueillir la majorité des voix, de l’électorat macédonien, mais aussi de la minorité albanienne installée dans le pays. L’ethnie albanienne représente un quart de la population macédonienne, son vote sera donc très important pour déterminer le prochain gouvernement en cas de résultat serré.

Étant donné que l’opinion publique et les enquêtes hors ligne sont souvent contrôlées et manipulées par l’élite gouvernementale influente, il est encore difficile de prédire le résultat des élections. La Macédoine a besoin d’une élection qui reflétera les voix de sa population. Le pays a démontré qu’il était en capacité de mener une révolution, mais il est maintenant temps de faire des réformes... L’un ne va pas sans l’autre.