Ma bagnole, phénomène européen total

Article publié le 15 janvier 2009
Publié par la communauté
Article publié le 15 janvier 2009
Les sociologues parlent souvent de « phénomène social total ». Le foot par exemple. A y regarder de plus près, un match parle de toute la société dont il est un miroir et une miniature.
On y retrouve toutes les catégories sociales, toutes les opinions politiques et souvent des enjeux à la fois nationaux, régionaux, internationaux, politiques, culturel et économiques…

Et bien, moi, ma bagnole c’est un phénomène européen total.

Pas une Mercedes, ni une « classe A », pas même une Laguna. Juste une C15 Citroën, et de 15 ans d’age. Diesel, naturellement.

Un œil Espagnol, et l’autre…

L’autre jour je l’ai trouvée sur le parking, un phare cassé. Un sombre abruti avait eu la délicatesse de me laisser un mot pour me conseiller de « mieux me garer la prochaine fois » , mais sans ajouter son numéro… con mais pas fou.

J’ai roulé un moment avec le phare cassé, avant de me décider à le changer, en commençant par appeler les casses. Évidemment, je voulais le phare gauche, et tous me proposaient uniquement le phare droit. Irritant mais prévisible, n’est ce pas ?

Muni enfin de mon phare brillant car flambant NEUF , le capot grand ouvert, j’entreprend d’extraire le phare défunt en comparant sa position avec celle du phare encore valide. Sur le métal fatigué de ce dernier, rendu orangé par l’oxydation, trône une étiquette jaunie : « made in spain ».

Sur mon phare neuf , éblouissant comme un casque de légionnaire romain est apposée une étiquette blanche : made in romania.

Du haut de mon histoire de phares ( passionnante…) 20 années nous contemplent.

Ma C15 – peut on faire plus français comme bagnole – m’éclairait avec des yeux espagnols. En réalité, elle devait être fabriquée, comme nombre d’articles français des années 80-90 ( notamment les téléviseurs), en Espagne, récemment intégrée à la CEE d’alors.

La roue tourne. 20 ans après, grâce à ces « délocalisations » d’alors l’Espagne n’est plus un pays à la traîne, et la « concurrence » espagnole ne fait plus peur au français de base. N’empêche qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

Notre mémoire est courte, mais les politiques français ont pendant longtemps retardé l’intégration de l’Espagne, de VGE au PCF, notamment en raison du lobby des agriculteurs français….

Ironiquement, les acteurs changent, l’histoire elle demeure avec l’arrivée des roumains…qui font aujourd’hui, en Espagne même, les frais d’un rejet. Entre temps, la peur du « plombier polonais » et des « délocalisations » sont revenus en France, plus virulente encore qu’a l’epoque.

N’empêche, ma C15 française made in spain éclairera ma nuit avec un œil made in Roumanie. Et j’en suis fier. Dans 20 ans, quand les roumains auront atteint le niveau de l’Espagne, espérons qu’il s’en souviendront. J’en doute cependant.

Quelquefois, la France et l’Europe me cassent les couilles

Comme souvent avec l’Europe, tout n’est pas aussi simple. Cela aurait été trop beau.

Si mon éblouissant phare neuf était à priori exactement similaire à l’ancien, je n’arrivais pas à y faire pénétrer l’ampoule. Une horripilante excroissance métallique de quelques millimètres semblait placée la juste dans le but avoué de m’empêcher à faire passer l’ampoule….ce qui paraissait absurde.

J’ai quand même du casser une ampoule avant de comprendre ( merci Google), que les normes européennes avaient changé entre temps…ou qu’on était passé du bordel de « chacun ses normes » à « tous la même ». Bref que le culot du phare avait changé.

Avant de le comprendre, j’ai été tenté de croire aux complots les plus biscornus ( l’alliance turco-polonaise de l’internationale des plombiers ultra-capitalistes chère à Devilliers-fabius ).

Après l’avoir compris, j’ai quand même maudit les technocrates, l’AFNOR, les ministres français et les commissaires européens de m’avoir fait perdre du temps et une ampoule.

Oui, je l’avoue, la surenchère de normes, même nécessaire, me gonfle. Quand à l’inflation législative, française et européenne pour nous protéger, du tabac, de la nourriture grasse, des chutes à vélo ou des risques en sortant de la baignoire, la carrément, elle m’exaspère me casse les couilles.

Si les autorités françaises comme européennes sont conduites à cette surenchère, c’est finalement pour la même raison : comme dérivatif à leur incapacité à légiférer sur ce qui est vraiment important. L’ « Europe » qui présente un intérêt, ce n’est pas celle des « patchs » bien pensants , de « l’aide à la personne » et de la « lutte contre la discrimination » ou « l’obésité ». Celle la, je vous la laisse bien volontiers.

L’Europe qui a un sens et une importance, c’est l’Europe politique. Celle qui sera capable de prendre de vraies décisions sur la scène internationale et de diriger de manière cohérente son devenir économique. Cella la, elle reste à construire…et pour cause.

Epilogue

En réalité, il s’agit de la version courte de mon (extraordinaire) histoire.

Tout cela, en dernière analyse est du à la nécessité de changer ma plaque d’immatriculation, suite au franchissement d’une frontière, à 20 kilomètres de mon ancien domicile.

Non je n’ai pas franchi les limites d’un Etat, mais l’une de ces 100 frontières qui quadrillent la France et que le « monde nous envie »: le département. Forcement, vu que cette division administrative fut découpée à la révolution en fonction d’une journée de voyage à cheval, il n’était pas question à l’époque de plaques d’immatriculations…

Ce petit épisode administratif s’est quand même soldé au total par plus de 500 euro de frais…vu que mon salaire est loin d’être celui d’un (méchant) eurocrate, et tout aussi éloigné de celui d’un (honorable haut) fonctionnaire français, ça fait très mal. Pour pas grand-chose.

Mais ceci est l’histoire du « département », et c’est une autre (vilaine) histoire…