Lyon-Turin : un train nommé discorde

Article publié le 7 juin 2007
En Italie dans la vallée de Suse, le projet de liaison ferroviaire entre Lyon et Turin, voulu par Bruxelles, suscite la résistance d’irréductibles montagnards, soutenus par les élus locaux, les Verts et une partie de la gauche.

Le compte à rebours pour le TGV de la discorde, le train à grande vitesse Lyon-Turin [dit 'TAV'

pour 'Treno ad alta velocità'] a commencé. Les travaux de ce train censé relier les deux métropoles séparées par la frontière franco-italiennes, les Alpes et à peine plus de 200 kms, devraient normalement être lancés en 2010. Las. Le tracé de la ligne correspond à un élèment du fameux ‘Corridor 5’ [un projet d’axe ferroviaire et autoroutier qui doit relier transversalement l’Europe de l’Est, depuis Kiev, à plusieurs grandes villes européennes du Sud] et suscite la grogne des habitants de la vallée alpine que devra traverser le TAV.

’Pas de TAV’, parole d’eurodéputé

Fin mai 2007, l'Union européenne a décidé de débloquer environ 8 milliards d'euros pour ce projet de réseau ferroviaire transeuropéen. Mais depuis 2001, les vives protestations de la part des habitants de la vallée de Suse envers le TAV empoisonnent l'initiative, en faisant les gros titres de la presse internationale.

Car dans cette petite vallée alpine de la province de Turin, les locaux craignent pour leur santé et l’environnement. Ils redoutent ainsi que la construction d'un tunnel de 53 kms à travers la montagne ne traverse des gisements d’amiante et d’uranium.

Le tracé de la ligne a donc donné lieu à un véritable bras de fer entre les habitants soutenus par les Verts et les politiques locaux d'un côté, le gouvernement italien et l'administration européenne de l'autre. Un conflit démocratique qui a causé de nombreux troubles à l’ordre public dans la région. Les opposants regroupés au sein du mouvement ‘No Tav’ ont été jusqu'à entraver les tests réalisés sur le tracé et ‘sopposent à tout compromis.

Leur objectif est clair : ils refusent en bloc la création d'une ligne Lyon-Turin. Et ce, au risque de couper complètement l'Italie des échanges commerciaux et de compromettre la croissance de l’ensemble de la région.

Après l'annonce de la présentation du projet pour juillet, le député européen Vittorio Agnoletto, partisan de la cause des Valsusini, -les habitants de la vallée de Suse- a déclaré que « le compte à rebours a commencé. Encore un effort et nous aurons gagné : il n'y aura pas de TGV dans le Val de Suse».

Trois alternatives pour une grande révolte

Face à l’ampleur de la contestation ‘No Tav’, l'exécutif de Berlusconi et l'actuel gouvernement Prodi ont cherché par tous les moyens à renouer le dialogue avec la société civile pour tenter de parvenir à un compromis. Même la présidente de la région Piémont, Mercedes Bresso, députée européenne élue avec une large majorité, a cherché tant bien que mal à faire comprendre aux citoyens l'importance logistique et commerciale de cet ouvrage « essentiel et inévitable ».

L’opposition ne s’est pas apaisée pour autant. A tel point qu'après la résistance acharnée des deux dernières années, Antonio Di Piero, ministre italien des Transports et Jacques Barrot, commissaire européen du secteur, ont promis d'étudier une nouvelle alternative.

En marge du projet de base, le développement d’une réseau ferroviaire Turin-Bardonecchia déjà existant, mais fatigué et vétuste, a été envisagé. Un nouveau tracé contournant la vallée de Suse par celle de Sangone a également vu le jour. Les Segusini n'en sont pas pour autant satisfaits, et les habitants de la vallée voisine se sont d’ores et déjà rassemblés sous la bannière ‘No TAV’ pour défendre leurs chères collines.

Etre ou ne pas être pour ? Telle est la question

Face à une telle rebellion, la patience de Bruxelles montre ses limites. Lors du dernier sommet franco-italien, qui s'est tenu en décembre dernier à Paris, l'ambiance était maussade. Et ce, d’autant plus que durant ces derniers mois, les habitants de la région Rhône-Alpes, eux-mêmes concernés par le projet Lyon-Turin, se sont pris de sympathie pour les protestations de leurs voisins italiens.

Bruxelles a plusieurs fois invité les intéressés à présenter leur projet définitif avant l’été 2007, de manière à pouvoir en évaluer la faisabilité et commencer à répartir les financements. Grâce à l'approbation des subventions en mai dernier, la machine devrait se mettre en route plus vite que prévu : les échéances sont claires et les attentes des citoyens également.

Si le gouvernement italien ne veut pas manquer le train de l'opportunité économiques, les Segusini sont de leur côté au moins aussi catégoriques : ils sont déjà prêts à affronter deux