Lyon 2013 : la ville culturelle de demain ?

Article publié le 3 août 2008
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Article publié le 3 août 2008
Par Laurelou Piguet Le projet prend naissance le 17 novembre 2006, quand Gérard Collomb, maire de Lyon, rend publique la candidature de sa ville au titre de capitale européenne de la culture 2013. Le projet a été rendu plus concret début juillet avec la publication de son contenu (aux contours encore flous tout de même, compétition en cours oblige).

Les axes du projet

Rappelons en quelques mots l’historique de ce titre: suggérée en 1985 par Mélina Mercouri, alors ministre grecque de la Culture, sa création a été approuvée quelques mois plus tard par le Conseil des Ministres de l’Union européenne pour contribuer au rapprochement des peuples européens. Les projets retenus, co-financés par le programme Culture de l’Union européenne, doivent répondre à des critères de sélection dont les plus importants sont la dimension européenne et la participation des citoyens aux manifestations.

Prenant en compte ces paramètres, la candidature lyonnaise a été retenue lors de la phase de pré-sélection fin 2007. Mais il lui reste maintenant à éliminer ses rivales également pré-sélectionnées à savoir Toulouse, Marseille, Bordeaux. Les grands axes retenus par l’équipe lyonnaise sont : urbanité, nouveaux langages artistiques, hospitalité.

Dès le départ en 2006, le projet lyonnais voulait s’inscrire dans une démarche “solidaire, fédératrice et participative, avec la volonté de proposer un projet pour toute la population”. Effectivement, la dimension participative s’est concrétisée dès le 26 février 2007 lors de la tenue du premier Café 2013. Cette démarche est inédite pour une candidature à ce titre. Les réunions ont abordé depuis un an et demi les axes de la candidature lyonnaise en annonçant des thèmes alléchants comme L’art dans la ville, Accueillir le monde en 2013, Le développement durable et Lyon 2013… Ces discussions qui ont fait intervenir professionnels du spectacle et de la culture, artistes, journalistes, architectes, politiques, ont essayé de mener une réflexion de fond sur les grands axes de la candidature lyonnaise et sur l’impact qu’elle devait avoir sur la forme de notre ville et les relations entre habitants, espace urbain et art. Toute cette activité fait montre d’une volonté profonde d’enraciner le projet dans une réflexion large et posée sur l’évolution de la ville que doit promouvoir l’équipe du projet Lyon 2013.

Le projet de 2006 souhaitait aussi “une candidature engagée, exigeante, humaniste et populaire, qui s’appuie sur les richesses de la ville”; or, le programme annoncé récemment prévoit effectivement de souligner sa dimension urbaine, avec des transports en commun et des marchés animés quotidiennement, un festival du graff et des sports des glisse, des concerts dans des friches industrielles. Les “territoires de l’image” définis dans le projet devraient ouvrir la porte à un plus grand développement de l’industrie du cinéma dans une ville qui l’a vu naître. On parle d’un festival international lancé à cette occasion. Le projet appelle de ses voeux une architecture réfléchie, en lien avec l’environnement, et facteur de développement de la cohésion sociale. Le développement durable est encore présenté comme une priorité.

Pour ce qui est de l’“accueil, échange et interactivité au niveau européen et international”, plusieurs cafés 2013 ont répondu à cette exigence en abordant le thème des étudiants étrangers qui fréquentent les universités lyonnaises, des migrants accueillis à Lyon ou de la coopération européenne. Le concept de “Confluences” qui est au centre du projet a justifié la collaboration mise en place avec Kosice, la ville slovaque déjà désignée pour être co-capitale de la culture en 2013, ou encore Genève et Tallinn. Ce faisant, l’équipe souhaite miser sur la dimension européenne de la ville, mais cette dimension est bizarrement très discrète dans la version du projet actuellement accessible au public.

Ré-invention de la ville ?

Gérard Collomb voit dans l’initiative de Lyon 2013 une façon d’ “inventer un art du vivre ensemble dans la ville du XXI siècle”. Le site internet Lyon 2013 poétise quant à lui sur la “nouvelle urbanité” et “les enjeux de la civilisation urbaine: cohésion sociale, dialogue des cultures, réappropriation de l’espace public…”

Or, différentes manifestations qui se développent sur l’agglomération lyonnaise depuis quelques années travaillent déjà dans cette perspective. Le choix de lieux disparates est une tendance amorcée depuis quelques années déjà par la mairie de Lyon qui, dans le cadre de la Biennale d’art contemporain 2003 par exemple, a investi un ancien entrepôt des années 30 pour en faire un lieu d’exposition (La Sucrière). Ou encore par le défilé rituel d’ouverture de la Biennale de la danse qui, depuis 1998, se déploie sur un parcours urbain conquis par les artistes. Dans Lyon intra muros toujours, des initiatives ont essayé de révéler d’autres facettes de la ville: l’événement Quais du Polar propose depuis quelques printemps la visite animée du quartier, insolite et voué à transformation, du Marché Gare. La notion d’interculturalité dans la ville apparaît aussi dès 1998 quand Vénissieux crée le festival Fêtes Escale, suivi en 2002 par Les Invites de Villeurbanne. De ces deux événements se dégagent des principes assez similaires: gratuité, programmation de qualité avec des têtes d’affiche attractives (Susheela Raman, Ridan), artistes venus des quatre coins du monde, et surtout un même mot d’ordre: “construire ensemble”, “vivre ensemble”, c’est-à-dire solliciter une participation de tous les habitants à une manifestation commune qui soude les différents groupes de la population et crée une cohésion sociale dans l’espace urbain. Lequel est investi pour des besoins artistiques comme à Villeurbanne où tous les quartiers de la ville sont utilisés pour des spectacles ou des concerts. L’équipe de Lyon 2013 peut dès lors faire du bilan de ces manifestations urbaines un laboratoire vivant pour Lyon 2013 et une continuation de cette tendance; mais on ne peut pas réellement parler d’innovation. En outre, la mode est aux friches industrielles, on le sait, et Lyon 2013 veut les exploiter pour des manifestations festives… s’il en reste, puisque l’Est lyonnais, par exemple, riche en sites industriels abandonnés, est en train d’être métamorphosé à coups de pelleteuse en “pôle tertiaire et commercial” qui laisse présager l’arrivée de grands bâtiments vitrés assez impropres à la tenue de concerts.

Lyon 2013 ou l’anti-culture lyonnaise ?

De toutes façons, les belles propositions de l’équipe Lyon 2013 ne séduisent pas tout le monde. Au niveau politique, d’abord, certains élus Verts, dont leur conseillère régionale, ont refusé leur soutien au titre qu’ils “ne sont pas du tout convaincus que la culture s’accommode de la compétition et de la surenchère. Une logique de marketing en découle.”

Une position que ne renieraient sûrement pas les collectifs militants nés dans le sillage de Lyon 2013. Citons par exemple, le Collectif de musiciens lyonnais et Rupture 2013 qui dénoncent la politique culturelle municipale jugée “bling-bling”: trop de promotion des grandes scènes lyonnaises, abandon progressif du soutien aux cafés-concerts qui donnent pourtant leur chance à des artistes vraiment locaux. De la même façon, DJ Drône, acteur de cette scène artistique lyonnaise qui ne se reconnaît pas dans les grands projets municipaux, fustige les conditions d’attribution des subventions culturelles, qui favorisent les professionnels de la culture aux dépens des “artistes émergents”. Les collectifs déplorent surtout la fermeture de lieux de culture alternatifs sur les pentes de la Croix-Rousse, en centre-ville, imposée par le Service Ecologie Urbaine de la ville pour des raisons de nuisance sonore, visuelle (affichage sauvage), ou olfactive (fumée de cigarette). Pour eux, l’idée d’aborder la question “de la place de la jeunesse dans la ville ou encore celle de la nuit comme espace vital de la cité” - comme l’annonce fièrement la présentation du projet Lyon 2013 -, doit résonner comme une vaste blague.

Enfin, si tout le monde s’accorde à dire que la phase de préparation du programme a été discrète – si discrète que les Cafés 2013 sont passés assez inaperçus auprès de la population qu’ils étaient censés toucher – à présent la campagne publicitaire montre ses dents. Depuis quelques jours en effet, les Lyonnais peuvent admirer de grandes affiches qui jalonnent l’espace urbain: des visages anonymes propices à l’identification de tout un chacun, sur lesquels se détachent en grandes lettres les slogans consuméristes suivants: “J’en ai envie”... Parallèlement, les touristes étrangers en vadrouille dans la capitale des Gaules se voient distribuer de petits flyers estampillés Mairie de Lyon sur lesquels apparaît, sur fond rose, la phrase: “Lyon 2013, A desire to be shared”. Outre la thématique déconcertante du désir présente dans une telle campagne médiatique et qui a bien peu à voir avec ce que peuvent apporter la culture et l’art aux habitants d’une ville, le parti-pris rappelle bizarrement la campagne pour Paris 2012, qui devait voir “Toute la France assemblée derrière les Jeux”, sans qu’on sache réellement si la France voulait ou non être derrière ces Jeux Olympiques parisiens… Il en est un peu de même à Lyon: il semble qu’on incite les Lyonnais à avoir envie d’un projet dont ils ont finalement très peu entendu parler.