Luxembourg 2007 : du paradis du capital à la capitale culturelle

Article publié le 22 août 2007
Publié par la communauté
Article publié le 22 août 2007

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Voyage dans les 2.500 kilomètres carrés du Grand Duché où vivent les citoyens les plus riches d’Europe. Ils seront séduits cette année par une affiche d'exception.

2007 a soufflé un vent d’art et de tourisme dans les rues du Luxembourg. Comme en 1995, le Grand Duché est à nouveau la capitale européenne de la culture. L’initiative, qui a vu le jour en 1985 sous l’impulsion du Conseil des Ministres de l’UE, vise à redonner un élan culturel aux villes européennes grâce au financement d’activités artistiques destinées à un public vaste et international.

« Les banquiers ? Pour eux, l'art se limite à décorer un bureau!»

Mais les touristes n’ont pas toujours été au rendez-vous. En 2005, leur nombre (913.000) n’a pas dépassé celui des visiteurs du musée du Quai Branly à Paris en 2006 (952.770). Le caractère cosmopolite de la ville, dû à son important centre financier, n’a jamais contribué à la croissance de la culture.

Manque d’intérêt ? se demande Josée Hansen, journaliste pour l’hebdomadaire Land. « Le Luxembourg est très en retard en matière artistique et la mentalité plutôt bourgeoise n’aide certainement pas. En vingt ans, les gens sont devenus riches et ont un pouvoir d’achat incroyable grâce à leur travail dans les banques », explique la journaliste, qui est également présidente du conseil d’administration du centre de musique Rockhal.

L’économie croît, le taux de chômage est de 4,7% et le niveau de vie élevé, « mais le mécénat et les sponsors n’existent pour ainsi dire pas », continue ironiquement Josée Hansen. « Les banquiers dépensent de l’argent uniquement pour des tableaux qui finiront dans leur bureau ».

Kirshberg, le nouveau visage du Luxembourg

De grands panneaux colorés et des silhouettes bleues de cerfs en carton, symboles du Luxembourg, sont dispersés dans la ville pour témoigner du changement en cours. Avoir avoir quitté le centre ville et traversé les grands parc périphériques, on arrive à Kirshberg. Le paysage n’est plus du tout le même. Le quartier des institutions européennes est un véritable chantier et les deux tours de la Cour de justice européenne, imaginées par Dominique Perrault, , seront bientôt finies.

A quelques pas de là, émerge le Mudam, le Musée d’art moderne Grand-Duc Jean, élégant édifice de l’architecte sino-américain I.M.Pei, le père de la pyramide du Louvre. Marie-Claude Beaud, directrice du Mudam, souligne l’importance de l’opération Capitale européenne de la culture pour relancer l’activité culturelle. « Il sera de notre devoir d’encourager ces dynamiques à travers des programmes de qualité », dit-elle. Et Matthias Naske, le directeur de la splendide Philharmonie, pensée par Christian Portzamparc et située à côté du Mudam, le confirme : « la qualité de l’offre des événements culturels au Luxembourg n’a jamais été aussi élevée, notamment grâce aux initiatives de Luxembourg 2007 ».

S'agit-il d'un simple question de conjoncture ? Peut-on y voir le début d’une nouvelle ère pour le Grand Duché, qui affiche un PIB de 67.000 euros par habitant, soit plus du double de la moyenne dans l’Union européenne ? Se donner les moyens de devenir un des piliers de l’art contemporain au sein du Vieux Continent serait pourtant aisé.

Exposition : La Douleur exquise des photos de Sophie Calle

L’exemple le plus parlant est celui de l’exposition Douleur Exquise de la française Sophie Calle, abritée juste derrière la gare, à l’intérieur d’un vieux dépôt circulaire destiné aux locomotives de la fin du 19ème siècle. L’artiste jouit d’une forte popularité dans toute l’Europe. Protagoniste avec Daniel Buren du pavillon français de la Biennale d’art de Venise en 2007 et invitée du Centre Georges Pompidou en 2004, la parisienne, âgée de 54 ans, raconte à travers un itinéraire photographique sa douloureuse expérience sentimentale. L’histoire d’un amour, d’un voyage au Japon, pays où elle a vécu trois mois, séparée de son compagnon.

Trois mois d’attente qu’elle n’aurait jamais pensé pouvoir supporter loin de cet homme. Mais Sophie Calle a décidé de partir, en train, le Transsibérien. Un long voyage d’un mois qui lui a permis d’écourter son séjour au Japon à soixante jours. La première partie de l’exposition est un journal intime composé de textes et de photographies. Elle est consacrée à sa séparation. A la fin de ces quatre-vingt dix jours, l’homme de sa vie n’est pas venu au rendez-vous. Il l’avait trompée avec une autre femme.

Afin de pouvoir surmonter la douleur, Sophie Calle a décidé de demander à 99 personnes de raconter le moment de souffrance le plus important de leur vie. Connaître et élaborer la douleur des autres lui permettra de guérir.

Mais les surfaces en aluminium sur lesquelles sont exposées les photos de Sophie Calle ne sont pas dénués d'intérêt. Au contraire. Il s’agit de grands panneaux incurvés imaginés par Franck Gehry.

En 1984, l’artiste parisienne et l’architecte américain se rencontrent : « Il voulait devenir mon agent », raconte Sophie Calle, « J’ai accepté. Pour rire. Le lendemain, une importante galerie me contactait pour me proposer un rendez-vous et dans la foulée une date d’exposition était fixée. Depuis, à l’occasion de chacun de mes vernissages, Franck Gehry m’envoie un bouquet de fleurs. J’ai trouvé mon gardien ».

'Douleur exquise', jusqu’au 9 septembre

Rotonde 1 de Bonnevoie, Luxembourg

Tout le calendrier des événements sur www.luxembourg2007.org