Luxe, paillettes et peau nue : bienvenue à Bollywood !

Article publié le 6 janvier 2012
Article publié le 6 janvier 2012

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

« Je suis blanche et c’est ce que les spectateurs indiens veulent voir. » Une jeune femme européenne se trouve sur le plateau du film «Desi Boyz » , une production signée Bollywood.

Un projecteur, une chaise en plastique grise, le bruit assourdissant de la climatisation : après un long voyage où l’autobus passe devant les nombreux bidonvilles de Bombay, la cabane où je me retrouve ne ressemble guère à un plateau de cinéma professionnel. Bien sûr, il y en a un tas de caméras, qu’on pourrait facilement renverser d'un mouvement de pied maladroitement placé autour des câbles entremêlés. Cependant, les acteurs, ils restent introuvables. Et le décor, sans doute destiné à représenter un bar, ressemble plutôt à un bouge à strip-tease.

Pour que rien ne manque à cette scène, danseuses dodues en robes colorées serrées traînent sur le plateau en attendant leur tour. Sans la présence du petit garçon indien qui fournit constamment de l’eau aux danseuses, nous pouvons facilement oublier que nous sommes sur un plateau de cinéma indien. Toutes les danseuses sont européennes. Et voilà pourquoi je me trouve sur le plateau du film Desi Boyz, de la production de Bollywood. Je suis blanche et c’est ce que les spectateurs indiens veulent voir.

Luxe, strass et peau blanche – c’est ça, les apparences d’une star de Bollywood ?

J’essaie toujours de régler mon costume, un haut bleu recouvert de strass et un pantalon violet, que le costumier a choisi pour moi d’un monceau de vêtements et avec lequel je me représente comme une réincarnation de tous les fiascos de mode des années 1980. Un groupe de jeunes Indiens branchés apparait dans la chambre. La plupart d’entre eux commence à s’occuper des caméras. La maquilleuse, elle, dirige un homme grand et beau (et selon les critères indiens !) en jean et blouson en cuir. « Come on, guys! Get ready! » Puis, un autre cri : « Camera, action ! » Pendant que l’homme au blouson en cuir fait tournoyer une beauté de « 1001 nuits » en mini-jupe dorée à l’arrière du décor, les danseuses font bouger leurs hanches. Moi, je m’assois au bar et cherche désespérément à engager la conversation avec les autres figurants.

La plupart se trouvent, comme moi, par hasard, sur le plateau de cette production de Bollywood. Les seuls logements qu’ils peuvent se payer (dû aux prix astronomiques des hôtels à Bombay) sont ceux mis à disposition par l’Armée du Salut. Cette dernière est en même temps l’agence d’emploi des figurants européens. Et pourquoi déclinerait-on une journée de repas gratuits dans une salle climatisée, une journée à l'issue de laquelle on peut même gagner 500 roupies (7€) ? En Europe, une telle somme représente un salaire de misère ; en Inde, cela veut dire bien gagner sa vie, particulièrement quand tout ce que doit faire c'est rester les bras ballants. Il n’y a qu’une seule instruction très simple : nous devons nous comporter comme les clients d’un bar clandestin de salsa à Londres. « That should come naturally to you guys, right ? » (« Cela doit vous venir naturellement les gars, ok ? »). Notre superviseur sourit largement. Il n’est évidemment pas important de savoir si un tel lieu existe ou pas réellement à Londres.

« That should come naturally to you guys, right ? »

Un rêve brillant, plein d’argent et pimenté d’une surdose d’amour

Dans un film produit par Bollywood, il ne s’agit pas de la réalité. Il s’agit de la vie rutilante des gens riches et beaux. En Inde, tout est jugé selon les critères du monde occidental. C’est pourquoi les directeurs truffent leurs films de figurants blancs afin de donner à leurs histoires, indo-centriques, une couleur internationale. Le rôle de figurants blancs est très important, quasi institutionnel, dans un pays où la couleur de peau seule renseigne le statut social d'une personne et par laquelle le marché de crèmes pour le blanchiment de peau prospère. Quand on regarde un film produit par Bollywood, on a l’impression que l’Inde est un pays propret, peuplé de beautés à la peau claire en saris pailletés dont le seul problème serait de décider à quel endroit passer leurs voyages de noces. Mais même Bombay, la capitale de jet-sets indiens, ne parvient pas à se placer à la hauteur de cet image reluisante. A part peut-être le Taj Hotel, l’hôtel préféré de la plupart des vedettes de Bollywood, c’est aussi là où se trouve Dharavi, le bidonville le plus grand d’Asie.

Les Indiens n’apparaissent que rarement dans les films de Bollywood. Les gueux et les sans-abris, pas question. Après tout, les films ne sont pas réalisés pour que les spectateurs se souviennent de leur vie. Ils préfèrent rêver d'opulence et d'amour éternel. L’industrie cinématographique indienne s’est adaptée pour répondre à ces besoins, tout comme l’industrie cinématographique de Hollywood concocte les rêves de ses clients. Donc, la majorité des films de Bollywood sont soit des comédies romantiques soit des films d’action. Or, bien que l’industrie cinématographique de Bollywood produit plus de films par an qu'Hollywood, le profit des studios américains est beaucoup plus grand. Reste à voir le déroulement du combat entre ces deux géants cinématographiques dans les années qui viennent. Néanmoins, le fait que le nombre de spectateurs en Inde soit en progression constante, pourrait bien changer la donne.

Lisez la suite de « Bienvenue à Bollywood » la semaine prochaine !

Photos : Une(cc)facebook/desiboyzthefilm; Video-Trailer (cc)eroseentertainment/YouTube