L’UPM flotte encore

Article publié le 15 juillet 2009
Article publié le 15 juillet 2009
Depuis son lancement en fanfare à Paris le 13 juillet 2008, on entendait plus beaucoup fanfaronner les promoteurs de l’Union pour la Méditerranée. Et pour cause : alors que l’on fêtait hier son premier anniversaire, le projet phare de la présidence française de l’UE à du affronter un parcours semé d’embuches.
Mais tant bien que mal, cette union que beaucoup avaient d’abord perçue au départ comme un joujou sarkozyste à vocation anti-Turquie est en train de sortir la tête de l’eau.

MARE NOSTRUM

Il s’en est fallu de peu pour que l’UPM ne voie jamais le jour. Tout commence avec la promesse électorale du discours de Toulon en 2007, à l’occasion duquel Nicolas Sarkozy se prend à rêver d’une transformation du processus de Barcelone en une organisation politique autonome, réunissant tous les pays riverains de la Méditerranée. Bing, rien que ça. Il est vrai que le challenge d’une union politique méditerranéenne était pour le moins ambitieux : réussir à rassembler inconditionnellement autour d’une même table l’Autorité Palestinienne et Israël, la Syrie et le Liban, ou encore le Maroc et l’Algérie relevait jusqu’alors du vœu pieux. Mais paradoxalement, ce paramètre s’avèrera être au départ le moins gênant. Les premiers ballons d’essais lancés par les conseillers de l’Elysée indiquent que la conjoncture est favorable du côté Sud de la Méditerranée. Parmi les émissaires du président, l’influent cerveau du projet d’union méditerranéenne, le très eurosceptique Henri Guaino.

Il est vrai que l’idée satisfait beaucoup d’états, qui pestaient de plus en plus sur les lenteurs et les incohérences de la politique méditerranéenne conduite jusqu’alors par l’UE. Car les belles promesses de « cercle d’amis » et de « partenariat » mises en avant par la commission depuis une quinzaine d’années n’ont jamais vraiment été réalisées en pratique. La priorité ayant avant tout été mise sur l’élargissement à l’Est, la méditerranée a longtemps été le parent pauvre des relations de voisinage de l’Union.

« NEIN ! »

En revanche, suite à cette annonce tonitruante, la grogne va très vite monter au Nord. Et c’est d’outre-rhin que montent les premières velléités d’infanticide. En effet, la Chancelière allemande s’étouffe à la vue de ce projet qui déplacerait potentiellement le cœur de la construction européenne au Sud, et le fait immédiatement savoir à Sarkozy. Même son de cloche du côté de Bruxelles : la commission s’indigne à l’idée que son joujou, le Partenariat Euro-méditerranéen (aussi appelé « Processus de Barcelone » du fait du sommet éponyme de 1995) soit contourné et enterré de facto. Barroso est ferme : si le projet initial n’est pas étendu à tous les Etats –Membres, en remplacement du PEM, elle ne donnera pas un centime d’euro à cette « Union » concurrente. Quant à la présidence slovène encore en place à l’époque, même si la structure envisagée l’impliquait et lui donnait une certaine envergure, elle s’indigne que son « leadership » au conseil soit contourné (comprendre : soyez sympas les français, déjà qu’on n’est pas bien grands, évitez de nous faire de l’ombre). Enfin, la Turquie fait aussi part de son scepticisme : elle y voit (à juste titre) un traquenard à peine masqué pour faire obstacle à sa candidature.

Bref, les auspices ne sont pas très favorables. Mais Sarkozy est tenace. Une fois élu, il s’accroche contre vents et marées au bébé de son homme de confiance. Il sait que la Présidence française approche, et que sa marge de manœuvre sera plus large lorsqu’il disposera des reines du conseil.

SARKOZY LACHE DU LEST

Pragmatique, il va alors tout d’abord s’employer à trouver les mots justes à l’égard de son homologue Allemande et de son camarade Portugais. Malgré les saillies antiallemandes de Guaino, quelques mois de négociations et deux ou trois tapes sur l’épaule plus tard, le tour est joué : la France accepte que les 27 Etats-membres participent à l’odyssée méditerranéenne dans le cadre d’un processus de Barcelone bodybuildé. Merkel défronce les sourcils et Barroso range son courroux.

Parallèlement, face au mécontentement des turcs, Sarkozy va habilement retourner sa veste. Malgré son opposition de principe à une adhésion, il assure à Ankara que le processus de négociations entamé en 2005 continuera normalement sous la présidence française. Erdogan, qui sait que Sarkozy ne sera pas éternel, décide de suivre le coup de bluff pour voir ce que le chef d’état français a dans le ventre.

Débarrassée de ces contraintes, la machine peut donc se mettre en route, et peu importe si la Finlande ou la Lettonie n’ont pas grand-chose en commun avec la Jordanie ou le Liban, le compromis est passé. Rendez-vous est pris le 13 juillet 2008 pour lancer en grande pompe l’UPM.

TROP BEAU POUR ETRE VRAI ?

Le sommet réuni par la présidence française a des airs de tour de magie diplomatique. De l’oncle Bachar à Ehud Olmert, tout le monde sourit sur la photo du sommet de Paris. Au menu, Barcelone mais en mieux : dépollution de la Méditerranée, autoroutes de la mer, énergie solaire, coopération dans le domaine de la protection civile, développement urbain, et même la courageuse ambition de mettre en place une commission chargée de travailler à un manuel d’histoire-géographie euro-méditerranéen.

Les observateurs de tous bords saluent ce coup d’éclat, tout en ne doutant pas moins sérieusement de la pérennité de cette belle cohésion. Et sans que l’on s’en étonne vraiment, l’épuisante banalité de la réalité géopolitique du Moyen Orient donnera raison aux sceptiques. L’offensive Israélienne à Gaza au début de l’année 2009 fait voler en éclat les belles promesses de l’été 2008, et l’on doute fort que l’UPM ne survive au regain de tension dans la région. Impossible de convoquer un nouveau sommet à court terme : ça sent le sapin.

L’UPM REVERDIT

Mais c’était sous-estimer l’insoupçonnable puissance fédératrice d’un certain Jean Louis Borloo. Réanimant le corps chétif d’une union naufragée (nous ignorons à ce jour si une bouteille de rouge est impliquée dans ce miracle), le ministre de l’écologie va réussir à rassembler à nouveau l’ensemble des membres fondateurs, Israël et Palestine y compris. A Paris, le 25 juin, tout le monde répond favorablement à son appel pour relancer l’aventure. Conscient de l’impasse que constitue un dialogue trop politisé, il sort de sa musette le dossier du développement durable : quoi de plus consensuel, me direz-vous, que l’urgence absolue de travailler main dans la main à la mise en place de centrales de dessalement en Egypte ou de centrales photovoltaïques dans le Sahara ?

N’empêche que notre Jean Louis national tape dans le mille. L’UPM repart, parée d’habits plus pragmatiques et techniques. Dans la foulée, en marge du conseil ECOFIN le 4 juillet, les ministres des finances des 43 se mettent d’accord sur une enveloppe pour financer certains projets. La FEMIP, l’outil financier principal d’Euromed, est regonflé. Le vent souffle à nouveau dans les voiles de l’UPM. Ca ne casse pas trois pattes à un canard, me direz-vous. Mais tout de même : ce projet parti avec de nombreuses épines dans le pied semble avoir du ressort. Il a déjà résisté aux secousses diplomatiques qui ont accompagné son lancement et au séisme guerrier du conflit de Gaza.

Et si pour l’instant, il ne se résume qu’à une stricte dimension technique, gardons tout de même à l’esprit (toutes proportions gardées) que la construction européenne ne s’est pas extraite autrement de son liquide amniotique : démarrée dans un champ de ruines, limitée au départ au charbon et à l’atome, les efforts des dirigeants européens ont résisté à l’échec cinglant de la CED en 1954 pour aboutir à la CE en 1957. Avouons que l’UPM, aussi improbable qu’elle peut parfois paraître, a le mérite de son ambition. Et c’est déjà pas mal.