L’Université, nouvelle agora

Article publié le 22 septembre 2003
Publié par la communauté
Article publié le 22 septembre 2003

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Quelle université voulons-nous pour notre société européenne en devenir ? C’est cette question qu’il faudrait placer au cœur du processus de Bologne. Les réponses sont là.

Comme beaucoup de projets européens, le processus de Bologne part d'une bonne intention. Il s'agit d'harmoniser les systèmes universitaires d'Europe (dans l’UE et au-delà) pour permettre l'émergence d'un véritable espace européen de l'enseignement supérieur.

Rien de bien méchant dans le principe, c'est d'ailleurs pour cela que les ministres de l'éducation nationale de gauche comme de droite de 29 pays d'Europe ont signé des deux mains la Déclaration de Bologne en 1999.

Harmonisation et diversité : difficile pari

Hérauts et pourfendeurs de ce texte se sont depuis lors vivement affrontés. Certains dénoncent la marchandisation de l'enseignement supérieur qu'il induirait, d'autres voient dans ce processus la seule option permettant de sauver l'université, voire de construire vraiment l'Europe (arguant que tant que l'éducation restera du domaine national, on ne pourra pas véritablement construire l'Europe).

On s'affronte à coups de chiffres : aux Etats-Unis (où les inscriptions à l'université sont très chères) plus de 60% des 24-34 ans sont diplômés du supérieur, alors qu'en France (où les frais d'inscriptions sont bien plus modestes) le taux dépasse tout juste les 40%. L'autonomisation et la privatisation des établissements n'induirait donc pas forcément avec un moindre accès aux études.

Dans le même temps, force est de constater que la recherche des universités publiques européennes demeure performante et tient tête à la recherche américaine. Preuve s'il en est que service public peut rimer avec compétitivité. Mais qu'essaie-t-on de dire derrière tout cela ? Faut-il un enseignement supérieur public, privé, 50/50 ?

Ces questions sont essentielles, certes, mais en se les posant on occulte souvent une question plus fondamentale : celle du projet. L'université nous semble si familière qu'on ne réfléchit plus à ce qu'elle est et à ce qu'on voudrait qu'elle soit. Quelle université voulons-nous pour notre société européenne en devenir ? Quelles fonctions sociales attendons-nous qu’elle remplisse ?

Etudiants ou citoyens ?

Comme le montre bien l'étude "EuroStudent 2000", les étudiants d'Europe ont des vies très différentes. Et pour cause, être un jeune et a fortiori un étudiant ne signifie pas la même chose selon le pays. Au sud de l'Europe, les études constituent majoritairement une formation initiale que l'on suit sérieusement sans activité parallèle, alors qu'au nord beaucoup de jeunes commencent à étudier après avoir eu des expériences professionnelles et continuent à travailler à côté des études. Derrière un même vocable se cachent autant de situations que de pays. On n'a pas affaire au même public, les enseignements ne se déroulent pas de la même façon et l'université n'a - de fait - pas toujours le même objet social.

Il nous appartient donc tous ensemble de construire une université nouvelle et proprement européenne, adaptée à cette nouvelle société européenne que nous construisons ensemble. Une université qui serait un lieu de recherche, de transmission du savoir et d'excellence académique (comme le souhaite la déclaration de Bologne) mais qui serait aussi un lieu de formation du citoyen.

Certes il faut une université accessible au plus grand nombre, dans laquelle chacun ait sa chance. Dans beaucoup d'établissements, un savoir trop théorique n'offre que peu de perspectives d'insertion professionnelle. Tout le monde s'accorde aujourd'hui sur le fait qu'il faille une formation à la fois théorique et pratique.

Dans un environnement en perpétuelle mutation, une formation en continu tout au

long de la vie permet de rester compétitif sur le marché du travail. Cet aspect est au coeur de la réflexion menée dans le cadre du Processus de Bologne et porte en lui les germes d'une révolution des mentalités. En effet, cette idée de formation tout au long de la vie signifie que l'on a toujours des choses à apprendre. Qu'une agrégation ou un Ph.D. ne sont plus des absolus indépassables.

L'étudiant n'est plus un jeune homme ou une jeune femme en formation, c'est un citoyen comme les autres, et c'est aussi chaque citoyen qui devient un étudiant potentiel.

Deux propositions

Faisons que l'université européenne de demain soit philosophique au sens étymologique du terme. Faisons qu'elle suscite "l'amour de la sagesse", la curiosité et la participation citoyenne.

Pour cela, deux points pourraient être ajoutés aux déclarations d'intention des pays :

1) Mettons en oeuvre la démocratie dans l'université.

Engageons-nous à ce que partout en Europe, dans chaque établissement, étudiants, corps enseignant et personnel non enseignant aient véritablement voix au chapitre. La déclaration de Bologne souhaite faire de chaque université l'école de la démocratie, apprenons par la pratique !

Mettons un terme au closed-shop syndical des pays anglo-saxons, mettons en valeur les échéances électorales en tenant les électeurs au courant des élections à venir, de leurs enjeux et en donnant aux organisations les moyens juridiques et matériels de mener de vraies campagnes.

2) Faisons une place à la vie étudiante dans chaque université.

Les cours fournissent le savoir, les stages apportent la pratique, le bénévolat et la militance enseignent la participation citoyenne.

Monter un projet, s'engager dans une association sont des activités souvent formatrices. A ce titre il est essentiel de leur faire une place au coeur de chaque université car elles remplissent elles aussi une fonction essentielle.

Mettons de droit des locaux à la disposition des organisations étudiantes, systématisons le droit d'emprunter des salles et des amphis.

Si on veut renouer avec le goût de la démocratie, si on veut que les étudiants ne soient plus juste des consommateurs de savoir, laissons les construire, laissons les s'approprier l'espace universitaire. Donnons aux associations les moyens de leurs ambitions (et non plus les ambitions de leurs moyens), créons plus d'espaces de l' « être ensemble » sur les campus au lieu de les découper par peur de mouvements étudiants. Plutôt que de donner des bons points aux étudiants qui s'engagent (comme le permet la réforme ECTS), donnons leur la place et les moyens de s'engager.

Faisons le pari d'une université participative et démocratique, faisons de l'université européenne la nouvelle agora !