L'Union Européenne ressemble à mon auberge espagnole

Article publié le 12 avril 2014
Article publié le 12 avril 2014

La salle de Bozar de Bruxelles, qui a ac­cueilli le Mas­ter Class de Cè­dric Kla­pisch le 18 mars der­nier, était com­plè­te­ment rem­plie, et ce par toutes les dif­fé­rentes gé­né­ra­tions pré­sentes dans sa tri­lo­gie sur la gé­né­ra­tion Eras­mus («L’au­berge es­pa­gnol» , « Les pou­pées russes » et « Casse-tête chi­nois ») coin­ci­dence ?

Au tout début Kla­pisch n’avait au­cune in­ten­tion de pro­duire la suite de L’au­berge es­pa­gnole mais, pressé par les de­mandes de ceux lais­sés en sus­pens par la phrase fi­nale pro­noncée par le pro­ta­go­niste Xa­vier, « Tout a com­mencé là », le réa­li­sa­teur a donc dé­cidé d'en­chaî­ner. Au cours des huit der­nières an­nées, ce sont donc les des­tins des dif­fé­rents per­son­nages qui ont changés. Et avec eux, ceux de l'Eu­rope et du monde.

Bande-an­nonce du film L'au­berge es­pa­gnole (2002)

L’AU­BERGE ES­PA­GNOLE EST LE SEUL FILM  QUI PARLE DE L’EU­ROPE

Lorsque Kla­pisch a pré­senté le pre­mier film de la série à la Com­mis­sion eu­ro­péenne, il s’est rendu compte que celle-ci ras­sem­blait de façon sur­pre­nante à son « au­berge es­pa­gnole ». L’exemple le plus élo­quent reste celui des tra­duc­teurs qui re­pré­sentent une réelle Tour de Babel, soit un mé­lange eth­nique à la base de notre mon­dia­li­sa­tion cultu­relle.

Le but de la tri­lo­gie, nom­mée par Kla­pisch « Les voyages de Xa­vier », est de ra­con­ter la ge­nèse de la mon­dia­li­sa­tion. Si le deuxième film Les pou­pées russes reste confiné aux fron­tières eu­ro­péennes, Casse-tête chi­nois dé­passe les li­mites du Vieux Conti­nent pour s'in­té­res­ser à la glo­ba­li­sa­tion dans son en­semble, de Shan­ghai à New York

L’un des autres thèmes fon­da­men­taux de la tri­lo­gie est la mo­bi­lité, qui bou­le­verse nos vies de­puis plus de 30 ans qu’il s’agisse d’In­ter­net, des trains haute vi­tesse ou bien de té­lé­vi­sion. Plus on voyage, plus on se concentre d’une cer­taine façon sur les re­gards de L’autre. Et Bruxelles re­pré­sente l’exemple le plus par­lant : « Ici il y a une vraie vo­lonté de vivre en­semble. Et on n’en est qu’au début. »

Kla­pisch lui-même, âgé de 23 ans, est parti comme étu­diant à New York, là où il a réa­lisé qu'il était en fait eu­ro­péen. Et plus pré­ci­sé­ment, quand il a ap­pris à chan­ter « Bella ciao » avec ses amis ita­liens.

LE CI­NEMA DES ETATS DE­SU­NIS D’EU­ROPE

Bar­roso, le pré­sident de la Com­mis­sion Eu­ro­péenne, vient d’af­fir­mer que la culture (per­çue comme danse, ci­néma, art, etc.) n’est pas une mar­chan­dise comme les autres puis­qu’on n’en peut pas tirer pro­fit. « Il est vrai – af­firme le réa­li­sa­teur – mais Bar­roso dit jus­te­ment quelque chose d’anti-cultu­rel car la culture n’est pas une mar­chan­dise. » Le ci­néma eu­ro­péen a be­soin de dé­ci­sions po­li­tiques créa­tives, et il de­vrait, au­jour­d’hui en par­ti­cu­lier, être pro­tégé et aidé. On au­rait be­soin de quel­qu’un comme Jean Mon­net qui en 1946 a sou­tenu la créa­tion du CNC (Centre Na­tio­nal du Ci­néma et de l’Image ani­mée).

Selon Kla­pisch le ci­néma eu­ro­péen est très dif­fi­cile à dé­fi­nir et à dé­li­mi­ter. On pour­rait par­ler de l’Eu­rope comme des « Etats dés­unis » à cause des dif­fé­rences cultu­relles et lin­guis­tiques. Cela consti­tue à la fois sa force et sa fai­blesse. Mais tout cela n’em­pêche pas d’avoir un vrai ci­néma ita­lien, es­pa­gnol, belge, etc. Cependant ce qui ap­pa­rait très dif­fi­cile en Eu­rope c'est la dis­tri­bu­tion et la vi­si­bi­lité. D’après Kla­pisch le mar­ke­ting est tout aussi im­por­tant que la qua­lité du film.

« EST-CE QU’AU­JOUR­D’HUI XA­VIER SE­RAIT UN HOMME AGE DE 40ANS SANS EM­PLOI ET SANS FUTUR ? »

D’après Kla­pisch, aujourd'hui il nous manque de l’au­dace. « Si on conti­nue à par­ler de chô­mage, les per­sonnes n’ont pas l’op­por­tu­nité d’évo­luer et de­ve­nir quel­qu’un. »

« Moi, je croie dans l’Eu­rope. Et même s’il y a beau­coup de choses à mo­di­fier, je pense que la chose la meilleure à faire pour nous ce se­rait de res­ter en­semble. »

Enfin, la ques­tion la plus at­ten­due : est-ce qu’il y au­rait une suite à la tri­lo­gie ? Le réa­li­sa­teur ré­pond : on verra dans 10 ans !

Le Mas­ter Class a été mo­déré par Do­me­nico La Porta, chef de ré­dac­tion de Ci­neu­ropa, et or­ga­nisé par l’As­so­cia­tion des au­teurs au­dio­vi­suels et Eu­ropa Dis­tri­bu­tion et sou­tenu par le Prix LUX.