L'Union européenne est-elle un atout pour la communauté rom?

Article publié le 29 avril 2016
Article publié le 29 avril 2016

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

La façon dont les refugiés sont traités en Europe de l'Est va à l'encontre de bien des "standards" et droits fondamentaux européens.  Il semblerait que ce ne soit pas lié aux refugies eux-mêmes, d'autres minorités étant soumises à un traitement aussi sévère au quotidien. La communauté rom est celle de ces minorités qui est la plus touchée.

Une grande partie des projets -et du budget - européens a servi à soutenir les pays d'Europe de l'Est dans leur effort d'intégration des minorités. La Roumanie et la Bulgarie n'ont rejoint l'Union européenne que relativement tard, en 2007, et pourtant, neuf ans plus tard, la condition des Roms reste un problème dans ces pays.

Ce que l'on constate sur le terrain:

La situation actuelle des Roms en Europe de l'Est n'est pas brillante. La majorité d'entre eux réside en Roumaine (plus d'un million) et en Bulgarie (entre 700000 et 800000), et lutte pour obtenir des conditions de vie acceptables et une reconnaissance sociale.

Des conditions de vie qui rappellent celles de l'Afrique Subsaharienne.

Les Roms se retrouvent enfermés dans un cercle vicieux: ils ne peuvent sortir de leurs conditions précaires à cause d'un niveau d'éducation faible qui se traduit ensuite par des taux de chômage élevés: une étude de la Commission européenne sur l'intégration des Roms a révélé que 80 à 85% d'entre eux  n'ont pas d'emploi, et que moins d'1% des enfants Roms va au bout de sa scolarité au lycée.

La même étude pointe du doigt un autre problème: un accès insuffisant aux soins médicaux. De nombreuses femmes Roms ne consultent pas de docteur au cours de leur grossesse, ce qui résulte en un taux de mortalité infantile 2 à 4 fois plus élevé que la moyenne nationale des pays où ils vivent.

Plus de 4 personnes sur 10 n'ont pas accès à l'eau courante, ce qui place les Roms au même niveau que les Sub-sahariens en termes d'indice de développement humain.

Teodora Koleva, la directrice de la Fondation pour l'Evolution Sociale et l'Inclusion (FSCIA) dont le siège se trouve en Bulgarie, a souligné la distinction qu'il faut faire entre les Roms qui vivent en communautés resserrées et ceux qui vivent dans quartiers de grandes villes devenus des ghettos. Il est plus compliqué de répondre aux problèmes de ces derniers, les données concernant leur nombre et leur situation étant encore insuffisantes. "Ils viennent dans les grandes villes pour survivre, et il est très difficile d'avoir des chiffres exacts, surtout s'ils dorment dans les rues et qu'ils ne sont immatriculés nulle part..."

Quel est le coût de l'insertion sociale?

Bien que la présence des Roms en Roumanie et en Bulgarie remonte aux débuts de leur histoire, ils ne sont toujours pas perçus et traités comme des citoyens normaux de ces pays, et sont les victimes de discrimination ouverte.

Le fait qu'ils appellent à la création d'un territoire propre, avec son propre drapeau, ne fait que renforcer ce problème, et il faut se pencher sur ce qui motive ce désir d'indépendance.

Bien que les profits générés par que l'insertion sociale ne croissent pas proportionnellement à celle-ci, une étude menée par la Banque Mondiale en 2010 a indiqué que l'intégration totale des Roms au marché du travail pourrait rapporter 0.5 milliards d'euros par an.

Cette étude soulève un autre point crucial, celui des impôts et des aides sociales. L'intégration des Roms au marché du travail permettra non seulement des réduire les contributions de l'Etat aux aides sociales, ce qui lui permettra de réallouer ces fonds, mais elle contribuera également à augmenter le revenu fiscal des Etats concernés, une somme que l'on estime à 175 millions d'euros annuels par Etat.

À cela s'ajoutent les retombées bénéfiques qui accompagnent tout effort visant à créer plus de cohésion sociale: une société plus stable, des citoyens plus confiants, moins de criminalité.

Quel est le rôle de l'Union Européenne?

“Donner aux les Roms le droit de se déplacer et de travailler a fait une  grosse différence. Les démarches administratives et les dépenses pour se procurer un visa constituaient auparavant un obstacle de taille", rapporte Koleva, expliquant les avantages qu'on retirés les Roms de l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union européenne.

L'une des évolutions positives de l'adhésion de ces pays a l'UE a été de rendre plus visible la communauté rom sur la scène internationale. Avant, les associations citoyennes et les gouvernements nationaux étaient les seules structures qui se préoccupaient de leur statut.

L'Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) est une agence européenne indépendante dont le siège se trouve à Vienne, et qui conseille les institutions de Bruxelles pour assurer le respect et la protection des droits fondamentaux des peuples européens. Andrey Ivanov, chargé du département de l'intégration des migrants, souligne une série de problèmes qui ralentissent l'intégration des Roms:

 “Il ne faut pas s'attendre à des miracles du jour au lendemain, mais nous allons dans la bonne direction, et c'est ça qui compte", dit-il au sujet de la lenteur du développement de la communauté rom.  Le désir de voir des résultats rapides est même l'un des problèmes principaux: il faut au contraire jeter les bases d'un changement durable.

Un plan européen a été mis en place en 2011 pour définir une stratégie pour améliorer l'intégration des Roms d'ici à 2020. Le manque de données statistiques, un problème récurrent dans les travaux sur la communauté rom, ne permet pas d'évaluer précisément les résultats de la Stratégie sur l'Inclusion de Roms mise en place en 2011.

Pour remédier à ce problème, Ivanov travaille avec la FRA  à la mise en place d'un fichier sur la population rom. Leur double identité constitue l'un des plus grands problèmes: "Les Roms qui se sont intégrés à la population se voient en général comme des Bulgares, ce qui donne l'impression, fausse, qu'ils refusent de s'intégrer."

Inclure les Roms dans le projet Europe 2020 constitue un étape importante dans la quête de reconnaissance de leur cause à l'échelle européenne. Depuis, des études ont été menées, de nouvelles politiques ont été définies, et des projets concrets ont été mis en place.

Deux roms, Damian Draghici et Soraya Post, ont été élus eurodéputés lors des élections de 2014.

Des projets qui portent leurs fruits

La médiation sanitaire rom, un projet financé par l'Union européenne et mené dans six pays d'Europe de l'Est, a été un succès à plusieurs égards. Son objectif premier, l'aide individuelle à l'accès à une éducation sanitaire de base et à l'obtention de documents d'assurance maladie, a été atteint, et le projet a également contribué à l'intégration des Roms et à la lutte contre les préjugés dont ils  font l'objet. Des jeunes Roms ont même été encouragés par le projet à se tourner vers une carrière médicale.

Un autre projet a été mené en Slovaquie, dans des campements de Roms où les gens étaient pratiquement sans abri. L'objectif du projet "Housing Slovakia"  était de donner un toit aux membres de la communauté rom, mais aussi et surtout d'impliquer les Roms eux-mêmes dans la construction de leurs maisons.

Retour vers le passé: La ségrégation a-t-elle toujours existé?

“Ma grand-mère vivait dans un village où les ouvriers agricoles roms vivaient aux côtés des Bulgares; ils parlaient le bulgare et étaient bien intégrés dans la société", se souvient Koleval  La ségrégation sociale n'a pas toujours marqué les relations entre Bulgares et Roms de la façon dont on l'observe aujourd'hui.

“Quand tout le monde était pauvre, il n'y avait pas de motif de tension entre divers groupes. C'est un problème qui a émergé alors que l'écart entre les différentes classes sociales se creusait", nous explique Dr. Milena llieva, qui a un doctorat en travail social et gère l'ONG  “World without Borders” pour aider les Roms, étant elle même une Rom qui a rompu avec les stéréotypes associés aux Roms.  

Sur la droite, Dr. llieva

À quoi peut-on s'attendre dans les années à venir?

Aucune des personnes que nous avons rencontrées, quels que soient leurs parcours professionnels ou leurs convictions politiques, ne prétend détenir la solution miracle au problème rom.

“Il faut prendre en compte trois aspects interconnectés afin d'évaluer le processus d'intégration des Roms: les structures en place, le cadre juridique et les résultats. Mettre l'accent sur les résultats ne fait que renforcer le problème", insiste Ivanov.

Nos sources ont toutes - indépendamment - affirmé que l'Union européenne avait contribué au problème et ont dénoncé certaines approches ou mesures pratiques. Ivanov, par exemple, trouve qu'il faudrait privilégier des approches partant de la base, plutôt que les méthodes actuelles de résolution des problèmes qui partent du sommet. En d'autres termes, il faudrait inclure les Roms dans la gestion des problèmes plutôt que de leur "envoyer des experts" qui s'en chargeront.  

Ivanov ajoute que la Commission a tendance à se concentrer plus sur la création de projets que sur le suivi et les résultats de ces projets, ce qui diminue l'efficacité de son action, alors qu'il serait simple de se concentrer en priorité sur les résultats.

Koleva indique que le processus par lequel les ONG utilisent les financements européens par l'intermédiaire du gouvernement bulgare est trop compliqué et pourrait être rendu plus efficace. Pourtant, ils estiment que même si  l'on menait ces transformations, le problème ne pourrait être réglé que lentement, à cause de la complexité des implications culturelles et historiques et, surtout, des grandes disparités économiques qui créent des classes sociales et divisent la société.