L'ultimatum d'Angela Merkel aux Etats Européens en crise

Article publié le 19 mars 2010
Article publié le 19 mars 2010
Mercredi 17 mars, la chancelière allemande Angela Merkel a proposé de pouvoir en dernier recours exclure durablement de la zone euro les États en crise. Réaction en chaine dans la presse européenne : Merkel siffle-t-elle la fin de la solidarité entre États de l'Union Européenne ?

Les Echos – France : La reculade d’Angela Merkel

En proposant la possibilité d'exclure des pays de la zone euro, la chancelière allemande Angela Merkel va à l'encontre de l'idée de l'unification européenne, estime le journal économique Les Echos. Procéder ainsi serait « une action particulièrement violente dans une construction politique fondée depuis un demi-siècle sur l'envie de participer à une aventure collective. Bien sûr, la chancelière parlait non devant le Parlement européen mais devant des députés allemands très remontés à l'idée d'un soutien de Berlin à Athènes. Son propos marque néanmoins un moment décisif. L'euro devait être un début. Une monnaie unique devait engendrer un rapprochement des politiques budgétaires. Mais, depuis, rien n'a été fait. Et, comme l'avaient dit les économistes, le grand écart entre le monétaire et le budgétaire pose un problème vital en temps de crise. La question est posée. Il n'y a que deux réponses possibles : l'avancée ou l'explosion. »

(Article publié le 18.03.2010)

Frankfurter Allgemeine Zeitung – Allemagne : « La chancelière n’a pas été à la hauteur »

La chancelière allemande Angela Merkel est actuellement contestée de toutes parts suite à sa proposition de pouvoir exclure des pays de la zone euro, constate le quotidien conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung : « Avec sa réflexion - pour ne pas dire sa menace - 'd'exclure en dernier recours un pays de la zone euro', la chancelière n'a pas été à la hauteur. Si l'on réfléchit ainsi publiquement, il faut en même temps dire clairement si le pays doit également être exclu de l'UE ou si par mesure de redressement il peut rester un pays membre pleinement autorisé ou être mis sous tutelle. N'était-ce pas l'idée originelle de l'unification européenne de parvenir à une communauté de destins et donc de solidarité des peuples d'Europe ? » (18.03.2010)

Eleftherotypia – Grèce : Le coup de grâce porté à la Grèce

Au refus de l'Allemagne d'apporter à la Grèce une aide financière, la chancelière Angela Merkel se désolidarise complètement de ses homologues, estime le quotidien progressiste de gauche Eleftherotypia : « Berlin attend donc que la Grèce ait été vampirisée par les spéculations des prêteurs, qu'elle se trouve au bord du gouffre, pour que Mme Merkel s'intéresse enfin au sort de son malheureux partenaire. Voilà ce que l'on appelle solidarité communautaire ! … L'Allemagne veut même désormais que les pays en crise plongent dans le gouffre, et donc qu'ils soient exclus de la zone euro. Mais avec de telles positions, qui révèlent l'immense vide démocratique institutionnel, on ne peut construire une union d'Etats égaux, comme l'envisageaient les fondateurs de l'Union européenne. Cette vision, celle d'une famille européenne basée sur la convergence, les peuples d'Europe y croyaient. Auraient-ils été trompés ? »

(Article publié le 17.03.2010)

Corriere della Sera – Italie : Le mauvais timing d’Angela Merkel

La demande de la chancelière allemande Angela Merkel de pouvoir exclure de la zone euro les pays déficitaires rétifs aux réformes constitue un mauvais propos au mauvais moment, selon le quotidien conservateur Corriere della Sera : « Cette déclaration de Merkel pourrait ouvrir des scénarios nouveaux et préoccupants non seulement pour la Grèce, mais surtout pour la zone euro. Car si d'un côté la prise de position de la chancelière semble tournée vers l'opinion publique et les parlementaires allemands, ses propos constituent de l'autre, au cœur d'une crise financière internationale qui a aussi touché les comptes publics de l'Allemagne et ceux de ses banques, une déclaration trop forte de par le ton et le moment choisi. … Le problème grec reste en soit un problème limité qui pourrait bien être résolu au final. Ce qui serait bien plus préoccupant, ce serait d'avoir une Europe où l'Allemagne cesse de jouer le rôle historique crucial qu'elle a eu dans la construction européenne. » (18.03.2010)

(Article publié le 18.03.2010)

Photo ©seven_resist/flickr