Lukas Reimann : le visage (jeune) de l'euroscepticisme helvète

Article publié le 7 mai 2010
Article publié le 7 mai 2010
« Un nouveau souffle pour des valeurs préservées ». Tel est le slogan ébouriffant du plus jeune membre du Conseil national suisse. Lukas Reimann est un eurosceptique confirmé, partisan du renvoie des étudiants étrangers des Universités helvétiques comme de l'interdiction des minarets.
Alors que sur Facebook, un groupe « Rendez sa sucette à Reimann, au moins ça le fera taire » s'est monté contre son discours eurosceptique, cafebabel.com a décidé d'écouter ses arguments en ce 9 mai 2010, journée de l'Europe pour beaucoup, mais aussi sommet annuel de la TEAM, l'alliance européenne des mouvements eurosceptiques, dont Lukas Reimann est un membre de premier ordre.  

A 27 ans, Lukas Reimann est le plus jeune membre du parlement suisse (député du Schweizerische Volkspartei SVP, Union démocratique du centre ou UDC), nommé dès 2007 par l’électorat suisse. Sur son blog, il affirme dire tout haut « ce que beaucoup pensent tout bas ». Très fier de son beau pays, cet étudiant en droit aux idées clairement conservatrices s’engage pour la préservation de la fierté nationale en se dressant farouchement contre tous les accords liant la Suisse à l’OTAN ou à l’Union européenne. Le coprésident de l’association Young4FUN (FUN pour « Freiheit, Unabhängigkeit, Neutralität »: « Liberté, Indépendance, Neutralité »), également membre de la TEAM (The european alliance of eu-critical movements, « L'alliance européenne des mouvements  critiques de l’Union européenne »), a déjà mené la fronde plusieurs fois contre l'Europe. Il a par exemple dirigé le référendum contre l’ouverture de l’espace européen vers l’est avec l’entrée de la Roumanie et de la Bulgarie. Pour Lukas Reimann, les valeurs traditionnelles de la Suisse sont menacées non seulement par l’Union Européenne, mais aussi par son islamisation. C'est donc logiquement qu'il s'est montré très actif dans l’initiative contre la construction de minarets en Suisse.

cafebabel.com: Monsieur Reimann, êtes-vous sceptique par rapport à l’Europe ?

Lukas Reimann : Pas par rapport à l’Europe, mais par rapport à l’Union européenne, sans aucun doute.

cafebabel.com: Qu’est-ce qui vous irrite dans l’Union européenne ?

"Oui, je considère la construction de l'UE antidémocratique"Lukas Reimann : L’idée de départ de créer une union économique n’était pas forcément mauvaise, mais on l’a poussée à l’extrême, de sorte qu’elle est devenue une alliance politique qui affaiblit la démocratie dans chacun des pays membres. C’est sur place que l’on doit prendre les décisions concernant notre pays, pas à Bruxelles. Pourtant aujourd’hui, beaucoup trop de décisions sont prises à Bruxelles. Mais un Grec ne veut certainement pas les mêmes choses qu’un Anglais. L’Union européenne est trop éloignée de ses citoyens, elle a perdu de vue les attentes individuelles de ses citoyens et ne tolère plus aucune flexibilité dans les systèmes.

cafebabel.com: Vous considérez donc l’UE comme un modèle antidémocratique ?

Lukas Reimann : Oui, je considère la construction de l’UE antidémocratique : par exemple, le Parlement européen a très peu d’influence sur le Conseil des ministres. De surcroît, je ne trouve pas convenable la répartition des sièges pour les petits États, car ceux-ci ont de fait très peu d’influence sur les décisions importantes. En tant que petit État ne faisant pas partie de l’UE, nous pouvons presque plus prendre part aux décisions que si nous étions membre de l’UE. Un collègue m’a raconté que lors d’une réunion de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) à Vienne, les États minoritaires lui avaient demandé s’il ne pouvait pas tenter de renverser la vapeur grâce à sa voix.

cafebabel.com: Pensez-vous que ce scepticisme croissant par rapport à l’Europe explique le succès que connaissent aujourd’hui les partis nationalistes d’Europe ?

Lukas Reimann : Cet essor ne m’étonne pas. C’est une contre-réaction logique face à la globalisation et à cette centralisation grandissante en Europe. Chaque être humain a besoin d’une patrie qui se démarque des autres. Et il veut préserver cette patrie qui lui est familière. Il ne veut pas de cet imbroglio.

cafebabel.com: Que pensez-vous de la crise qui a lieu actuellement en Grèce ?

Lukas Reimann : C’est précisément contre ce genre de situations que nous avons mis en garde avant l’entrée en vigueur de l’euro. La Grèce a commis beaucoup d’erreurs, elle doit aujourd’hui en assumer seule les conséquences, mais à cause de la monnaie commune, cela n’est plus possible. L’exemple de la Grèce, qu’on tire d’affaire en déboursant des sommes astronomiques, n’encourage pas d’autres États à mieux gérer leurs dépenses. Au contraire, ils savent désormais que s’ils rencontrent une crise, on les tirera forcément du pétrin.

cafebabel.com: Mais personne n’aiderait la Suisse, si jamais elle se trouvait en situation de crise...

Lukas Reimann : Nous nous aiderions nous-mêmes, comme les Grecs devraient le faire. Ou mieux encore, nous devons nous assurer de ne pas en arriver là. Et si jamais c’est inévitable, nous devrions trouver un meilleur cadre économique pour nous extraire du chaos.

cafebabel.com: Vous avez également pris position contre l’ouverture des universités suisses aux étudiants étrangers : pouvoir étudier à l’étranger ne représente pas un avantage pour vous ?

Lukas Reimann : Si bien-sûr, un échange international est important. Chacun devrait saisir cette chance (j’ai moi-même étudié un semestre à Boston). Je n’ai rien contre les programmes comme Erasmus, qui existait bien avant les accords bilatéraux. Mais grâce à la mise en place de ces accords bilatéraux, on permet à tous les étudiants étrangers d’étudier dans nos universités en payant les mêmes frais de scolarité. Cependant les admissions dans les universités allemandes par exemple et suisses sont très différentes. Ceci a pour effet de baisser le niveau académique en Suisse. Je me prononce donc en faveur d’une augmentation des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, ou bien de la possibilité pour eux de pouvoir les faire diminuer s’ils obtiennent des résultats particulièrement satisfaisants.

cafebabel.com: Pensez-vous que grâce à votre politique, vous avez la cote auprès des jeunes ?

Lukas Reimann : Je suis dans tous les cas une voix pour les jeunes. Si par exemple vous prenez les statistiques de vote au sujet de l’ouverture de l’espace Schengen à la Roumanie et à la Bulgarie, vous verrez que les 18-25 ans étaient contre ce traité si largement approuvé. Les jeunes se rendent bien plus compte des conséquences de l’assouplissement des lois sur l’immigration. Et ce sont de plus en plus les jeunes qui ont de mauvaises expériences à ce sujet.

Photos: ©Lukas Reimann/ tous droits réservés