L'UE et les réfugiés : « Croyez-moi, personne n'est indifférent »

Article publié le 18 décembre 2016
Article publié le 18 décembre 2016

Malgré 12 heures de réunion entre chefs d’État et du gouvernement, la réforme sur la politique migratoire de l'UE n’a quasiment pas bougé d'un iota. Pourtant les principaux représentants européens affichaient une certaine satisfaction à la sortie des discussions. Indécent ?

«  S’il vous plaît : croyez-moi. Personne n’est indifférent dans l’Union européenne. Je parle des gens, des institutions, des politiciens. (…) On devrait et on essaiera de faire tout notre possible pour vous aider vous et les citoyens d’Alep ». C’est Donald Tusk, président du Conseil Européen, qui aparle devant le maire d’Alep-Est hier matin, au nom des institutions européennes.

Des chiffres en faveur des institutions européennes

« Autant que les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme qui travaillent en Europe, nous sommes gravement préoccupés par le fait que les politiques européennes cherchent de plus en plus à chasser les gens hors d’Europe, en rendant difficile la demande d’asile, et laissant aux États de frontière extérieure, comme la Grèce, la charge d’assumer toute la responsabilité ». Ces propos émanent de la société civile, représentée par un groupe d’ONG parmi lesquelles figurent Amnesty International, Oxfam ou Human Rights Watch. Il s’agit d’une déclaration conjointe adressée aux membres du Conseil européen du 15 décembre 2016.

Ce jour était important. Une nouvelle occasion de discuter de la politique migratoire de l’Union et de débattre de la déclaration adoptée avec la Turquie en mars dernier. Il s’agissait notamment de faire un premier bilan du Partnership Framework of Cooperation, le nouveau plan lancé en juin 2016 par la Commission européenne qui prévoit des partenariats spéciaux avec les pays tiers d’origine pour « sauver des vies en mer, accroître le nombre de retours, permettre aux migrants et aux réfugiés de rester près de chez eux et, à long terme, soutenir le développement des pays tiers afin de remédier aux causes profondes de la migration irrégulière ». Avant même la tenue du Conseil européen, les statistiques étaient en faveur des actions européennes. Selon l’UNHCR, en 2016, les arrivées irrégulières en Grèce sont passées d’environ 20 000 par semaine en février à moins de 5 000 par semaine à partir d’avril, un mois après la déclaration avec la Turquie et la fermeture de la fameuse « Route des Balkans ». De plus, toujours en 2016, le nombre de vies sauvées grâce aux opérations gérées par l’Union Européenne est déjà d’environ 110 000. Enfin, l’action sans doute la plus efficace, Triton, lancée en 2014 - qui coûte plus de 2,9 millions d’euros par mois - prévoit le contrôle des eaux internationales jusqu’à 30 milles des côtes italiennes.

Mais finalement, rien de nouveau après ce sommet, qui a renvoyé aux conclusions du sommet d’octobre à savoir renforcer l’engagement avec la Turquie et appeler les Etats membres à des efforts conjoints. Le Conseil a également réaffirmé son engagement avec cinq pays africains d’origine et de transit et a invité les États membres à maintenir leurs actions en vertu du Partnership Framework. Enfin, il a encouragé les États membres à fournir au Bureau Européen d’Appui en Matière d’Asile des ressources suffisantes.

Les chefs d’État et de gouvernement n’ont pas changé de position quant aux principes de responsabilité et de solidarité, qui sont à la base de leur action. Mais il reste encore beaucoup de travail à faire pour parvenir à une position partagée par tous, même si la nécessité de réformer le système d’asile sous la présidence maltaise semblait faire l’unanimité. Cela signifie que s’il y a accord, il devra être signé avant le 30 juin, la nouvelle présidence débutant en janvier. Selon un diplomate, Angela Merkel a plaidé pour un accord avant cette date, mais le premier ministre maltais Joseph Muscat n’était pas du même avis et a déclaré que les Maltais « allaient faire de leur mieux ».

« Moi, je regrette »

« L’urgence aujourd’hui c’est de faire évacuer le plus possible la population qui ne peut plus supporter les bombardements et les massacres », avait déclaré le président français François Hollande à son arrivée. « On soutient tous les efforts qui sont faits pour protéger au maximum les populations syriennes. C’est une crise douloureuse, difficile. Moi je regrette que l’Europe ne réussisse pas à jouer un rôle politique et diplomatique plus puissant », avait ajouté Charles Michel, premier ministre belge.

Après le sommet, les leaders se sont félicités des positions adoptées. Paolo Gentiloni, présent ici pour la première fois en tant que président du C onseil italien, suite à la démission de Matteo Renzi, s’est déclaré content du fait que l’Union donne une importance capitale à la question migratoire. « Mais on avance à petits pas. » La Haute Représentante de l’Union pour les Affaires Etrangères et la Politique de Sécurité, Federica Mogherini, avait insisté sur l’importance de renforcer les relations avec les pays africains, le Niger en particulier, pour empêcher aux personnes d’arriver en Libye et d’embarquer. Cette vision est partagée par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, visiblement satisfait après la réunion. « L’objectif maintenant est d’obtenir un consensus pour reformer la politique d’asile ». 

Un conseil intense, qui par contre n’a apporté aucune surprise ni avancée concrète. On attend maintenant la réponse de la société civile : se contentera-t-elle du résultat du sommet ?