L’UE dit « nein » à la Serbie

Article publié le 9 décembre 2011
Article publié le 9 décembre 2011
Par Tanja Milevska Les dirigeants européens n’ont pas accordé le statut de candidat à l’adhésion à la Serbie. « Décision imprudente » estiment certains... Le dernier Conseil européen des chefs d’Etats et de gouvernements de l’UE en aura mécontenté plus d’un, non seulement au sein de l’Union mais aussi ceux qui sont à ses portes, comme certains pays candidats à l’élargissement.
En tête, la Serbie qui se voit renvoyée dans la salle d’attente européenne pour encore au moins trois mois.

Alors que la Commission européenne avait recommandé aux pays membres de l’UE en octobre d’octroyer à Belgrade le statut de pays candidat à l’adhésion et avait ainsi redonné espoir aux forces pro-européennes dans ce pays, la Serbie a rapidement déchanté cette semaine. En cause surtout l’Allemagne, peu disposée à continuer d’élargir l’Union sans « l’approfondir » au préalable.

Et comme la chancelière Angela Merkel l’avait déjà fait savoir à maintes reprises, les incidents violents aux postes frontières au Kosovo ces derniers mois, et les blocages à répétition dans les négociations entre Pristina et Belgrade ne sont pas du goût de Berlin, et de bien d’autres pays encore...

Encore un effort à fournir donc d’ici février lorsque l’UE reviendra sur le sujet. Belgrade pourra alors espérer devenir candidate officielle à l’adhésion en mars 2012... si « progrès » il y a.

Mais d’ici là qui sait comment le vent pourrait tourner dans ce pays-clé de la région, où les prochaines élections auront lieu au mois de mai et où les forces radicales gagnent du terrain. Comme aujourd’hui. En effet, peu de temps après l’annonce de Bruxelles que le statut de candidat ne serait pas octroyé, des sympathisants du parti radical serbe ont brûlé des drapeaux européens dans les rues de Belgrade demandant que la candidature de leur pays à l’UE soit retirée, rapporte Bloomberg.

Les radicaux serbes préfèreraient en effet se tourner vers la Russie plutôt que vers l’Europe, en qui ils voient la raison principale de la « perte du Kosovo », territoire mythique pour beaucoup de Serbes.

La décision de remettre la candidature de la Serbie à plus tard n’a pas plu à tous les dirigeants européens non plus, et s’il n’a pas été entendu lors des discussions internes, le ministre suédois des affaires étrangères, Carl Bildt – par ailleurs fin connaisseur des Balkans puisqu’il y fut de longues années représentant de l’UE et de l’ONU - n’a pas épargné ses collègues européens sur les réseaux sociaux, avec ce tweet cinglant :

« La Serbie aurait dû obtenir le statut de candidat maintenant. Etroit et imprudent de la part des nations qui ont bloqué. Tous les Balkans ont leur place en Europe ».

Le Vice-Premier ministre serbe, Bozidar Djelic aura en tous cas été la première « victime » du « non » européen de ce 9 décembre. Djelic a démissionné de son poste immédiatement, ajoutant qu’il avait « promis aux Serbes » le statut de candidat, et que ce qui s’est passé aujourd’hui n’était pas « ce que la Serbie attendait » de ce sommet.

Les Balkans ne repartent pas tous bredouille de ce « sommet historique » toutefois : La Croatie a signé le traité d’adhésion avec l’UE et deviendra donc le vingt-huitième Etat- membre de l’UE en juillet 2013.

Le Monténégro, qui est le prochain pays à espérer rejoindre le club européen, devrait lui débuter les négociations avec l’Union en juin 2012.

Ces quelques « bonnes nouvelles de l’élargissement » redonneront sans doute un peu d’espoir à la région des Balkans occidentaux qui se demandent souvent si la tempête financière et économique que traverse l’Europe n’est pas un signe STOP pour eux.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso s’est d’ailleurs clairement exprimé à ce sujet ce vendredi matin : « La crise de l’euro n’affectera pas l’engagement de l’UE envers les pays des Balkans occidentaux, une politique d’élargissement crédible est un instrument de stabilité et de prospérité important dans les pays du Sud-est de l’Europe ».

A bon entendeur...