Luca Romagnoli : « L'UE suit toujours les intérêts américains »

Article publié le 2 juin 2009
Article publié le 2 juin 2009

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le secrétaire national du parti d’extrême-droite italien Flamme Tricolore voit se terminer son mandat de député européen. Bilan et perspectives d’un « non-inscrit ».

Quels sont pour vous les réussites de l’UE… et ses échecs ?

(Parlement européen)Je considère que les prochains pouvoirs du Parlement européen sont positifs, les normes sur la transparence (l'initiative sur les lobbies, ndr), les mesures en matière d'environnement, le règlement Reach et le soutien aux réseaux de transport. En revanche, je ne veux pas approuver le traité de Lisbonne parce qu'il limite l'identité des nations et impose aux Etats un système de décision qui, derrière le principe majoritaire, donne un rôle décisif aux grands Etats comme la France et l'Allemagne. J'aurais voulu d'une Europe qui ne soit pas écrasée par les positions américaines et capable d'instaurer un dialogue privilégié avec la Russie. De plus, il faudrait moins de déclarations de principes à propos de la Chine et du respect des droits de l'homme et plus d'actions concrètes comme par exemple une réglementation plus ferme sur les produits importés qui sont basés sur l'exploitation de la main d'œuvre et au détriment de l'environnement. 

Les élections européennes approchent, mais selon Eurobaromètre, vous êtes encore inconnu...

L'UE est trop peu connue. C'était aussi mon cas avant que je ne sois élu. Il y a deux façons de connaître les choses : ou bien en faire partie ou bien les apprendre à l'école. On n'enseigne pas assez de choses sur l'Europe. 

Pour contrer cette situation, la Commission européenne cherche à utiliser les médias. Qu'en pensez-vous ?

La Commission devrait inciter les gouvernements pour que des informations européennes soient diffusées à la télévision, au moins sur les chaînes publiques, à des heures décentes. 

Crise économique, inflation et chômage sont les principales préoccupations des Européens. Les jugez-vous fondées ?

Bien que je sois plutôt optimiste, je les considère justifiées. Une certaine autonomie nationale est utile sur le plan économique. Je ne veux pas être mal compris, agir seulement selon l'intérêt national n'a plus de sens aujourd'hui mais on ne peut pas tout déléguer à l'Europe. 

Les prêts européens sont-ils la solution pour relancer l'économie ?

C'est une proposition qui requiert une pleine confiance dans la Banque centrale européenne (BCE) et dans un système bancaire européanisé que je ne me sens pas encore capable d'avoir. La BCE offre-t-elle suffisamment de garanties de remboursement ? En tant qu'investisseur, je me montrerais prudent.

Même la crise du gaz entre la Russie et l'Ukraine menace la croissance. Comment peut-on atteindre l'indépendance énergique au niveau européen ? 

Je pense que le nucléaire permettrait de résoudre le problème pour les trente prochaines années, mais il ne nous rendrait pas indépendants. Il faut renforcer les rapports avec la Russie, qui est notre partenaire principal et revoir les relations avec l'Iran, le second producteur mondial de gaz. Il me semble que nous faisons toujours le jeu des intérêts américains et ce n'est vraiment pas bon.

La guerre à Gaza pose aussi de nombreuses questions : après les bombes israéliennes et les raids du Hamas, la reconstruction sous l'égide des soldats européens ?

Le problème est à première vue plutôt simple : Israël veut être en sécurité et le peuple palestinien souhaite l'autodétermination. Ce sont les deux adversaires qui doivent trouver eux-mêmes un moyen concret de cohabitation, et les armées ne résoudront jamais le problème. Personnellement, je suis toujours pour l'avènement de deux Etats pour ces deux peuples et je ne comprends franchement pas pourquoi l'Europe ne parvient pas à mener à bien cette médiation. Mais la situation est encore plus compliquée avec le désaccord entre le Hamas et le Fatah, qui ne permet pas une bonne administration des territoires palestiniens.

Considérez-vous que le Hamas soit une organisation terroriste ?

Je resterai très prudent sur ce sujet. C'est une organisation qui a été démocratiquement élue, mais si elle soutient des actions terroristes, comment peut-on ne pas prendre en compte un tel comportement ?

Faire entrer Israël dans l'Union européenne pourrait-il être une solution ?

Je n'ai pas de préjugés, mais je crois que l'UE est déjà trop vaste et nous avons encore des problèmes à régler par rapport aux derniers élargissements. Nous devons d'abord nous demander ce que nous sommes. Si nous ne sommes qu'un grand marché, alors établissons des règles et faisons entrer tout le monde : Israël, Maroc, Turquie. En revanche, si nous voulons garder une identité propre, nous devrions y réfléchir à deux fois avant de nous élargir à nouveau.