Loukachenko à l’UE : « Nous ne nous agenouillerons devant personne »

Article publié le 25 janvier 2011
Article publié le 25 janvier 2011
Par Tetiana Kudria Le Parlement européen a débattu mercredi dernier de la situation en Biélorussie sur la base du rapport de Mme Catherine Ashton, la Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.
Ces débats ont précédé l’adoption d’une résolution renforçant les sanctions à l’encontre du régime et les mesures destinées au soutien de la société civile.

Rappelons que le 19 décembre 2010, le président sortant Loukachenko a remporté les élections présidentielles avec 80% des voix. Des milliers de manifestants ont immédiatement envahi la place principale de Minsk pour exprimer leur désaccord en demandant un recomptage transparent des bulletins. Plus de sept cents manifestants ont alors été placés en détention en raison de leur participation à ce mouvement de contestation. La plupart d’entre eux a été libéré après avoir porté plainte auprès de l’administration.

Toutefois vingt-quatre militants et journalistes de l’opposition, et parmi eux six candidats aux élections présidentielles ont été accusés de « troubles à l’ordre public de grande ampleur » avec attaques et résistance armées. Ils risquent une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans. Il est à noter que quatorze autres personnes sont également sur le point d’être inculpées. En outre, la licence des avocats qui représentaient les intérêts des manifestants, des membres de l’opposition politique ou de leurs familles, a été annulée. L’office de l’OSCE à Minsk a été fermé par les autorités biélorusses. La répression touche également les familles d’opposants. Ainsi les autorités ont cherché à placer dans une structure d’accueil le fils d’Andrei Sannikov, Dannil Sannikov, âgé de seulement trois ans. Son père, qui s’était présenté comme candidat à l'élection présidentielle et sa mère, Irina Chalip, journaliste, sont emprisonnés depuis le 19 décembre.

Face à une telle accumulation de violations évidentes des droits de l’Homme, le rapport de Mme Catherine Ashton préconise une « réaction immédiate et équilibrée ».

Premièrement, il est nécessaire d’assurer la sécurité des manifestants et des militants de l’opposition. D’autre part, les mesures de rétorsion prises par le Parlement éuropéen ne doivent pas pénaliser la société civile biélorusse. Enfin, le renforcement de la coopération entre les partenaires de l’Union européenne et de l’Eastern Partnership pourrait constituer un message de la communauté internationale que la Biélorussie ne pourra se permettre d’ignorer.

Parallèlement, Catherine Ashton souligne la nécessité de soutenir un dialogue continu avec les média et les ONG en leur accordant le soutien dont ils ont besoin.

L’Union européenne a déjà annoncé que le président Loukachenko et quelques personnes de son entourage étaient désormais sous le coup d’une l’interdiction d’entrée sur le territoire européen.

Lors des débats qui suivirent la présentation du rapport de la haute représentante de l’Union européenne, les députes se sont pour la plupart prononcés en faveur des mesures et des sanctions proposées par la Haute Représentante. Certains parlementaires ont néanmoins formulé leur inquiétude quant à la nature des sanctions envisagées. Celles-ci ne doivent pas créer un « mur de Berlin » isolant la Biélorussie en matière de visa et de relations économiques.

Au final, la résolution prévoit :

- la suspension de la délivrance de visas pour le président Loukachenko et pour toutes autres personnes ayant participé à la fraude électorale et aux arrestations des manifestants, des candidats présidentiels et des membres de l’opposition ;

- l’augmentation du nombre de bourses accordées à l'Université européenne des sciences humaines (Anglais, EHU) basée à Vilnius pour les étudiants biélorusses expulsés de leur universités ; le renouvellement du mandat du bureau de l’OSCE à Minsk et l’intensification des relations avec les ONG biélorusses ;

- la facilitation de la délivrance de visas, en particulier par une révision du prix des visas pour qu’ils deviennent plus accessibles ;

- la poursuite du dialogue avec les pays voisins de la Biélorussie, comme l’Ukraine et la Russie, afin d’élaborer une stratégie de politique commune à l’égard de la Biélorussie, et ce, dans le but d’éviter l’isolement international de la Biélorussie.

L’Union européenne demande également que le championnat du monde de hockey sur glace de 2014 n’ait pas lieu en Biélorussie, mais exige surtout des autorités la libération de tous les prisonniers politiques, ainsi que la révision de la législation biélorusse sur les médias, afin de favoriser la liberté d’expression et la liberté de la presse.

La réaction du président Loukachenko ne s’est pas fait attendre. Samedi, il a proclamé dans la presse : « Nous ne nous agenouillerons devant personne, qu'il s'agisse d'un groupe d'Etats ou de l'Union dans son ensemble ».

Photo: www.kursiv.kz