L’OTAN n’est pas la solution pour vaincre le terrorisme

Article publié le 4 décembre 2002
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Article publié le 4 décembre 2002

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Seule l’Union Européenne a les atouts en main pour défaire Al Qaida. A Prague, les Européens l’ont oublié.

Le nouveau visage de l’OTAN a enfin été dévoilé : désormais, cette alliance accueille sept nouveaux pays (Slovénie, Slovaquie,Roumanie et les républiques Baltes) et sa principale mission est de combattre le terrorisme international. Le point de vue américain l’a donc emporté, sur toute la ligne. Même si c’est avec certaines contradictions inexplicables, apparemment.

Cet élargissement permet de faire progresser la transformation de l’OTAN, commencée avec l’entrée de Budapest, de Prague et de Varsovie dans l’Alliance, d’une politique d’endiguement (de la menace soviétique), vers une politique de stabilisation. Plus particulièrement, une stabilisation de la démocratisation récente de ces régimes afin de préparer l’ouverture de leurs marchés aux flux de l’économie globalisée, et leur entrée, ensuite, dans l’Union européenne.

Opérations de maintien de la paix et guerres localisées conventionnelles

Mais, il va de soi que plus il y a de membres dans une organisation et plus ses mécanismes décisionnels en sont ralentis. L’usage de l’Alliance devient en conséquence plus difficile dans des opérations de grande envergure telle que la guerre du Kossovo en 1999. C’est avec cette guerre d’ailleurs que les Américains se sont jurés de ne plus jamais commettre l’erreur de mener une campagne « de comité », pendant laquelle ils se sont vus contraints de perpétuellement tenir compte des demandes françaises et allemandes de limiter au minimum les dommages civils « collatéraux ». A l’avenir, Washington entend désormais proposer le schéma de la campagne d’Afghanistan, c’est-à-dire, la mise en place, au cas par cas, de coalitions ad hoc qui ne reposeraient plus sur des alliances formelles du type OTAN. La raison en est qu’avec la disparition de l’URSS, les menaces de conflits de type mondial ont disparu.

Le rôle de l’OTAN serait donc réduit à la direction d’opérations de maintien de la paix (peace keeping opérations), ou tout au plus à agir dans le cadre de guerres localisées de type conventionnel. L’on comprend mieux alors la proposition du Secrétaire à la Défense, Ronald Rumsfeld, lors du Sommet de Prague (21 et 22 novembre 2002), de créer une force de réaction rapide sous la bannière de l’Alliance Atlantique.

Jusqu’ici, il s’agit d’une évolution en grande partie amorcée depuis des années et qui confirme l’unilatéralisme profond de la politique américaine et la reconversion des organisations internationales antisoviétiques vouées à la casse. Avec les attentats de New York et de Washington, les données de la sécurité européenne ont été absolument bouleversées.

Coup de main français à la politique de Bush

Au lendemain du 11 septembre, la France, qui tentait de profiter de la conjoncture, a suggéré et obtenu, dans une initiative aussi inconséquente qu’hasardeuse, l’activation de l’article 5 du Traité fondateur de l’OTAN. Celui-ci prévoit la réaction de l’Alliance en cas d’attaque d’un de ses membres. Ainsi, ce dernier coup de théâtre catastrophique du couple Chirac-Jospin est devenu un cadeau inespéré fait à Washington.

De fait, non seulement l’initiative française autorisait de façon légale les Etats-Unis à déclarer une « guerre », toute « post-moderne » qu’elle soit, contre des objectifs indéfinis (Voir le dossier sur l’Iraq), mais elle légitimait plus fortement l’existence d’une Alliance atlantique que Paris souhaitait justement redimensionner à l’avantage exclusif de projets européens de défense autonome. Cette initiative a eu pour effet contradictoire de consolider la présence américaine, en tant que puissance régionale incontestée, en Europe. Une Europe, qui s’est avérée incapable de bloquer Mahamed Atta à Hambourg avant qu’il ne s’écrase sur le World Trade Center (WTC) ; une Europe vulnérable, s’il est vrai, comme l’a déclaré à l’époque Jacques Chirac, en se précipitant sur les cendres encore fumantes de Washington, que « tout cela aurait pu arriver à Paris ou à Berlin » ; une Europe, qui est donc, pour l’heure, désespérément dépendante de la présence américaine.

A partir de là, l’instrumentalisation de l’OTAN par l’administration Bush devenait un jeu d’enfants. La France lui a donné un bon coup de main. Ainsi, le discours américain pouvait rendre à l’Alliance son rôle défensif initial. Et mettre sa fonction de stabilisation entre parenthèse. L’ennemi, c’est le terrorisme international.

Mais, s’il est possible d’admettre que les fumées du WTC brouillent encore la vision de Chirac et de ses homologues européens, nous ne pouvons pas continuer à donner dans cette imposture qui mine la base de la réconciliation transatlantique, ressoudée comme par magie à Prague : les armes ne vaincront pas le terrorisme. Washington n’est pas en guerre contre « la terreur ». Et il n’y a aucun lien entre l’Iraq, l’Iran, et la Corée d’une Nord d’un côté, et Al Qaida de l’autre. Et encore moins entre le 11 septembre et le réarmement fantasmé de Saddam.

L’UE dispose d’une stratégie plus efficace

Par contre, c’est un fait que les institutions européennes, dont le fondement démocratique est plus qu’insuffisant, ne sont plus capables de mener une politique extérieure forte. Et chaque gouvernement est alors amené à rechercher une protection, dans la présence, certes obsolète - la débâcle nazie date d’un demi-siècle et le démantèlement de l’URSS de près d’une décennie – mais pourtant puissante de Washington en Europe. Cette situation ne fait que conforter la dérive unilatéraliste des Américains au niveau mondial.

L’Europe, et la France en particulier, pays qui est au premier plan diplomatique dans l’Union européenne, en portent la lourde responsabilité. Car l’Amérique a désespérément besoin du soutien de l’Occident, le dessein de cette guerre étant aussi de vaincre « la bataille des cœurs et des esprits ». Mais le soutien apporté par cette organisation, l’OTAN, dont la plus grande partie des membres appartient à l’Union Européenne (UE), est lourd de conséquences : tout d’abord parce que, pour vaincre le terrorisme, la stratégie américaine est excessivement militariste, alors que ce phénomène est tout sauf militaire. En outre, l’UE dispose d’une autre stratégie bien plus efficace.

La voie en a été tracée en 1995 avec la ratification du partenariat Euro-méditerrannée, dévolu à la création une relation économique féconde entre « le règne de la fin de l’Histoire » (L’Europe selon Fukuyama) et le lieu où le terrorisme international se nourrit (le Moyen-Orient).

L’OTAN ne peut vaincre ce terrorisme. L’UE non plus, si elle continue à se reposer sur une Alliance contre-nature.