L'Orient-Express, du mythe à la réalité : la « balkanoscopie » babélienne

Article publié le 2 mai 2012
Publié par la communauté
Article publié le 2 mai 2012
L'Orient-Express est assurément un grand mythe ferroviaire. On le rattache souvent à l'image d'un train de luxe reliant Paris à Istanbul ainsi qu'à l'un des classiques de la littérature policière signé Agatha Christie. Mais, pour Axel et moi, ce fut surtout l'opportunité, durant l'été 2011, de partir à la découverte de quelques États balkaniques et d'en apprendre un peu plus à leur sujet.
Rétrospective éclair de l'expédition et du travail commun de deux journalistes partis tâter le pouls du sud-est de l'Europe. Cette expérience s'inscrit aussi dans un projet initié par cafebabel.com à travers une série de reportages consacrée à cette région de l'Union : Orient Express Reporter. Le but de cette expérience consistait à envoyer de jeunes reporters et photographes sur le terrain afin d'en apprendre plus sur les hommes et les femmes, les cultures et l'évolution d'une situation encore problématique dans chaque pays des Balkans... les uns après les autres.

Notre voyage a commencé par une réflexion sur les finalités de ce voyage. Il fallait que ce projet soit le nôtre. Nous avons donc décidé de rendre visite à de jeunes reporters écrivant déjà pour cafebabel.com. Pour cela, nous avons été soutenus par notre école et le présent webzine : ce qui nous a permis, d'autre part, d'établir des contacts avec d'autres Babéliens de cette région. Pour les deux étudiants désargentés que nous sommes, les Balkans c'était un peu le bout du monde et l'aventure... Il a donc bien fallu que nous délimitions la portée de notre action afin de pouvoir ensuite l'affiner. Finalement, en raison d'un passé récent encore douloureux, notre choix s'est porté partiellement sur les territoires qui ont fait un jour partie de l'ancienne République fédérative de Yougoslavie.

Slovénie, Zagreb, Sarajevo.

Après un temps de préparation relativement bref, nous avons pu organiser notre premier entretien en Slovénie. Ce fut pour nous l'occasion de faire connaissance avec Natalija et Ljubica, deux bloggeuses babéliennes. Elles évoquèrent tout d'abord l'euphorie qui régnait dans le pays à l'époque de l'adhésion à l'Union européenne, mais également, ce qui en a résulté, du cityblog de Ljubljana et de la position qu'occupe la Slovénie en tant que porte ouverte sur les Balkans. Quelques jours plus tard, nous avions atteint Zagreb où, malheureusement, personne n'était venu nous attendre à la descente du train. Alors, curieux de découvrir un autre aspect de la Bosnie actuelle, nous avons directement filé en direction de la partie serbe de cet État en convergeant vers Banja Luka, capitale de la république serbe de Bosnie où nous avons pris contact avec Sladjana. L'image de la guerre civile qui a déchiré le pays est toujours vivante en elle. Sladjana se souvient également des accords de Dayton à l'issue desquels l'ancienne République de Bosnie-Herzégovine a été scindée en trois parties. Puis, nous sommes remontés à bord de notre train pour gagner Sarajevo où nous attendait Barbara. Quand on vient faire un petit tour par ici, on est, de prime abord, un peu surpris d'être accueillis par une Espagnole. Mais Barbara nous a fourni une explication plus qu'acceptable à sa présence en ces lieux : cette ville, elle l'aime ! Métissage culturel oblige et loué soit cafebabel.com !

(cc)Senka de Belgrad (haut), Aca de Belgrade (bas-gauche), Boris de Skopje (centre-droit) et Ljubica de Ljubljana (bas-droite)

Podgorica, Belgrade, Skopje

Après quelques jours passés au coeur des Balkans, nous quittions à regret Sarajevo en nous jurant bien d'y repasser au retour. Nous avons mis alors le cap sur le Monténégro. En compagnie de Marko, nous avons fait un tour d'horizon des problèmes que rencontre le petit dernier des Etats issus de l'éclatement de l'ancienne fédération. A commencer par la question de son auto-suffisance. Tristement réputée pour ses hommes politiques corrompus et son trafic de cigarettes, cette petite république est dans le même temps, en raison de sa belle côte maritime, le pays préféré des touristes mais aussi des promoteurs immobiliers qui flairent de bien juteuses affaires pendant que, dans l'arrière-pays, la population s'appauvrit de plus en plus chaque jour. De Podgorica, sa capitale nous filons vers Belgrade qui est celle de la Serbie. Ici, l'enjeu le plus important du moment semblait être, à notre arrivée, la victoire de Novak Djokovic au tournoi de Wimbledon, du moins si l'on n'en juge que par les ovations des quelques dix-mille personnes rassemblées devant le Parlement pour y fêter le vainqueur devenu héros national d'une saison. Mais d'après ce que nous apprennent Senka et Aca, deux « babelblogeurs » eux aussi, les préoccupations des Serbes ne se limitent pas à ce succès sportif. Par exemple, le conflit du Kosovo est encore perçu ici comme un sujet d'inquiétude surtout à cause de la mauvaise image qu'il risque de donner à l'étranger. La Serbie étant en attente d'une adhésion éventuelle à l'Union européenne. Quoiqu'il en soit, les ravages de la guerre civile : plus personne ne veut en entendre parler. Les gens en ont ras le bol ! De nombreux Serbes se montrent soulagés à l'idée que la page du brûlant dossier Mladic puisse être enfin tournée.

C'est avec des impressions mitigées que nous abordons notre dernière étape : Skopje. Aux yeux de beaucoup d'observateurs, la ville la plus importante de Macédoine « macédonienne » apparait très souvent comme la capitale d'un pays d'opérette. On n'a jamais vu une telle profusion de statues. Et ce n'est pas fini. De nouvelles constructions en tout genre s'apprêtent à voir le jour. Coût estimé : 200 millions d'euros. L'occasion pour Boris et Gojko (deux Babéliens de Macédoine) de nous fournir quelques éclaircissements. Bien sûr, ils ont fort bien compris notre surprise face à cette débauche architecturale en s'empressant de préciser que de nombreuses protestations se sont élevées contre ce phénomène. Au passage, ils nous informent que le gouvernement a fermé une chaîne de télévision et suspendu trois titres de la presse locale. D'autre part, un jeune homme poursuivi par la police a trouvé la mort à l'issue de cette traque. De plus, un autre conflit persiste : le pays n'a toujours pas de nom officiel. La raison en est le différent patronymique avec la Grèce voisine refusant toujours de reconnaitre l'actuelle République de Skopje sous le nom de République de Macédoine.

A la lumière de tout ce que nous avons appris avec nos partenaires sur les difficultés qui perdurent dans tous ces pays, nous sommes conscients que le calme n'est pas encore revenu dans la région. Cela ne signifie pas pour autant que la résignation se soit installée à demeure. Au contraire, une génération nouvelle, prête à affronter les défis de l'avenir, cherche à se faire entendre : des gens comme ceux de cafebabel.com qui n'ont pas l'habitude d'être écoutés et à qui nous avons donné la parole.

Notre voyage à bord de l'Orient-Express nous aura permis d'accomplir un périple inoubliable à la rencontre de gens formidables dans des pays extraordinaires.

Si ça vous tente, prenez le train en marche ! Et participez à nos projet Orient Express Reporter 2 et son programme Tripled

Christian GeipelBabelbalkanexperience

Traduit par Philippe-Alexandre Saulnier