L’Or pour la Russie

Article publié le 17 août 2008
Publié par la communauté
Article publié le 17 août 2008
Premier volet de NoWay ! sur le nouveau front de débat qui vient de s’ouvrir : le Caucase.   Maintenant que le cessez-le-feu est presque établi, que retirer d’un tel conflit en dehors des habituelles lamentations du genre : la guerre, c’est trop horrible ? Oui, cela on sait, mais ça ne fait en rien avancer nos affaires.

Des colonnes de chars de fabrication russe déboulant dans des rues aux perspectives communistes…les images des derniers jours en provenance du Caucase nous remettent dans l’ambiance des guerres de Bosnie. Enfin une vraie guerre avec des armées et des lignes de front ! D’accord, je vous l’accorde, ça s’éloigne…

 

Pourtant si j’ai bon souvenir, beaucoup de beaux penseurs aimaient nous dire depuis quelques années que : « oui vous savez, les guerres conventionnelles, c’est terminée. Aujourd’hui, c’est le renseignement qui prime dans la guerre…. » Ah bon ? Encore heureux qu’elle n’était pas conventionnelle la guerre, car sinon qu’est-ce qu’ils auraient pris les Géorgiens !

RASpoutine

Standing ovation pour la Russie qui vient de faire son coming out géant : en quelques jours ils ont fait étalage de leur puissance et réactivité au monde entier tout en humiliant un allié des Etats-Unis et de l’Union européenne. Le message est clair : le Caucase sans la Russie, ce n’est pas pour demain. Et on pourrait même s'avancer un peu plus : les relations internationales sans la Russie, c'est fini !

Depuis plusieurs années, les USA cherchent à affaiblir Moscou dans ce qu’elle considère son arrière cour. Avec les révolutions orange (Ukraine) et des roses (Géorgie), Washington pensait être sur la bonne voie. Avec les derniers évènements, va falloir reprendre tout à zéro…car il serait stupide de penser que tout va redevenir comme avant.

Si les géorgiens ont attaqué, c’est qu’ils avaient l’aval des USA et après la destruction de l’armée géorgienne, les américains ne disposent plus de levier de puissance dans la région. On a beau répéter que la réputation russe sur le plan international est entachée pour longtemps, ça ne change rien : ils ont le champ libre et c’est ça le plus important à leurs yeux. La Tchétchénie ne les a jamais dérangé, alors pourquoi la Géorgie ? Et le Caucase n'est qu'un point de friction entre Russie et Occident parmi d'autres. Tout porte à croire que la Géorgie n'est qu'une étape. Qu'une fois cette crise terminée, pas question de devenir les meilleurs amis du monde. La Russie a de l'ambition et elle le fait savoir. Dommage qu'elle ne soit pas conciliable avec notre vision du monde.

Retour de manivelle

Moscou vient aussi de faire payer aux Occidentaux l’affront du Kosovo. Car oui, les Russes ont eu les c***** de profiter de l’offensive géorgienne - pour récupérer une province officiellement sienne - pour intervenir. Quand on écoute les communiqués en provenance du Kremlin, c’est exactement la même rhétorique que celle utilisé en 1999 par l’OTAN : génocide (un grand classique qui marche toujours), intervention de paix, protection des populations civiles. Reste juste alors à charger la partie adverse : criminel de guerre, agresseur, et tout le tralalala.

Avec en arrière pensée chez les Russes et leur sourire narquois : ah bah oui, les ossètes aussi ils sont malheureux, faut les protéger et puis leur donner l’indépendance. Nous avons donné l’indépendance au Kosovo ? Moscou donnera aussi l’indépendance à qui le désir du moment que ça soit dans son intérêt et surtout pas dans le notre. Car qui veut d’une Ossétie indépendante hormis Poutine et ses copains ? Et ce, même si le problème n’a rien à voir avec le Kosovo et qu’à côté de cela les autres unités de la 58e armée russe continuent à massacrer les tchétchènes pour les mêmes raisons.

Match allé

Et durant le conflit personne n’a bougé. Ni les USA, ni l’UE, ni l’OTAN. Tous pantois. Honnêtement, qui irait se mouiller pour protéger la Géorgie ? Qui irait risquer une guerre avec la Russie ? Ou même des rétorsions commerciales ? Quand même soyons sérieux, ça reste des géorgiens !

Depuis plusieurs années, la Russie affiche clairement ses ambitions sur le plan international. Fini l’époque faiblarde d’Eltsine. Les pétrodollars et les anciens du FSB ont remis de l’ordre dans le pays. Et ce qui fait la puissance de la Russie, ce n’est pas tellement ses chars : c’est sa détermination dans la réalisation de ses objectifs, la crainte qu’elle provoque (souvenirs, souvenirs,...) et la faiblesse des Occidentaux, les Européens les premiers.

Donc soyons honnête et fair-play : Occident 0 / Russie 1

Au prochain épisode : L’Europe redécouvre l’Histoire