L’or noir de la mer Caspienne

Article publié le 10 novembre 2005
Article publié le 10 novembre 2005

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le sous-sol gorgé en hydrocarbures et gaz du pourtour caspien fait de l’Asie centrale un nouvel acteur géopolitique majeur. Véritable eldorado pétrolier, la région, entre mer Caspienne et mer Noire, est soigneusement couvée par Washington.

Les plate-formes d'extraction de l'or noir, totems du Dieu Pétrole, pourraient scintiller sur le littoral caspien et aller briller jusqu’en Méditerranée. Dans les sols de l’Ouzbékistan, du Turkménistan, du Kazakhstan, du Kirghizstan et du Tadjikistan coulent 30% des besoins mondiaux en pétrole et gaz. Une richesse immense qui n’a qu’un seul défaut : l’éloignement des marchés. Au vu de la crise pétrolière actuelle, le trésor de la mer Caspienne figure pourtant aujourd’hui comme un atout majeur dans la géopolitique actuelle. Brouillant la configuration des trente dernières années. L’équation est connue : celui qui maîtrisera l’extraction et le transport des hydrocarbures de l’Asie post-soviétique sera le maître du jeu. A moins qu’un empereur moderne, habile et quelque peu illuminé ne décide de lancer la mode de l’énergie alternative.

Qui mettra la main sur les nouveaux flux ?

La partie commencée depuis le 11 septembre 2001 tourne actuellement à l’avantage des Etats–Unis. Une avance qui s’est révélée immédiatement après l’ouragan Katrina, responsable d’une accélération des relations entre Washington et le Moyen-Orient. Dans ces multiples luttes de pouvoir pour mettre la main sur le précieux liquide, les Etats-Unis arrivent en outre en tête concernant les gisements de la mer Caspienne. Avec un projet significatif. Nom de code : « AMBO » pour « Albanian, Macedonian and Bulgarian Oil » (« pétrole albanais, macédonien et bulgare »). Cet oléoduc trans-balkanique de 890 kilomètres, partira de Bourgas, ville bulgare de la côte de la mer Noire, pour traverser la Bulgarie, la Macédoine –une région dans laquelle l’OTAN est présente avec presque 450 unités militaires- jusqu’à Vlöre, en Albanie. Le pétrole sera chargé dans les cuves de pétroliers made in USA qui l’achemineront ensuite de Rotterdam jusqu’au port de New York. L’initiative, ambitieuse, a jusqu’alors rencontré des difficultés liées aux coûts financiers et à la situation délicate dans les Balkans et le Caucase. Aujourd’hui, catastrophe naturelle et perte de compétitivité du dollar rendent les conditions propices à l’enclenchement de la vitesse supérieure.

Ambo, une société dont les siéges légaux sont disséminés aux Etats-Unis, est directement reliée au pouvoir militaire américain à travers la société Halliburton, autrefois administrée par le vice président Dick Cheney. Une entreprise qui est déjà chargée, par le biais de sa filiale Brown & Root, de la construction et l’approvisionnement du camp militaire américain de Camp Bondsteel au Kosovo. Halliburton est en outre adjudicatrice de l’énorme « gâteau » irakien.

Les intérêts qui gravitent aujourd'hui autour du méga-oléoduc portent les noms des géants américains du pétrole: Bp-Amoco-Arco, Chevron et Texaco. Ambo, pendant ce temps, a déjà reçu 900 millions de dollars d’investissements, injectés par une agence de développement américain, la Overseas Private Investment Corporation (OPIC) et par la Eximbank and Credit Suisse First Boston. Il faut dire que les estimations de rendement sont optimistes : une fois le pipeline terminé, les experts parient sur 750 000 barils de pétrole transportés chaque jour.

Des chars aux pétroliers

L’importance géostratégique de la Bulgarie et de la Roumanie -invitées à rejoindre l’Union européenne en 2007-, sans compter l’Albanie et la Macédoine, est révélatrice. Bulgarie et Roumanie occupent un emplacement idéal sur la mer Noire, route potentielle pour l’exportation du pétrole de la région Caspienne vers l’Europe. Aujourd’hui plus que jamais. Dès que l’administration Bush a établi sa priorité de moins faire dépendre les Etats-Unis du pétrole provenant des pays membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), s’est imposée la nécessité de miser sur la Russie, les ressources de la mer Caspienne et celles de la mer Noire. Car c’est dans ces sous-sols que pourrait se trouver le futur énergétique des Etats-Unis.

Le bassin du Caspien représente l’une des majeures sources de pétrole du monde après l’Arabie Saoudite, la Sibérie et probablement aussi devant l’Iran. Selon un avis de la Unocal Corporation, une des principales compagnies américaine du secteur pétrolier, « les réserves pétrolifères totales de la région Caspienne pourraient s’élever à plus de 60 milliard de barils de pétrole. Certaines estimations prévoient même 200 milliards de barils. En 1995, la région produisait seulement 870 000 barils par jour. D’ici 2010, les compagnies occidentales pourraient augmenter la cadence de la production jusqu’à environ 4,5 millions de barils quotidiens. Une augmentation de plus de 500% en seulement 5 ans. »

Cette quantité peut d’ores et déjà se comparer à la super puissance incontestée de l’Arabie Saoudite, détentrice de réserves de pétrole atteignant presque 260 milliards de barils. Soit le double de son concurrent direct, l’Iran qui lui, en possède « seulement » 133 milliards. Et si la Chevron, seconde compagnie pétrolifère américaine, avertit que « l’ère du pétrole facile est finie », les compagnies pétrolières américaines sèment discrètement leurs pions, multipliant les accords informels avec les universités balkaniques pour la recherche avancée des nouvelles technologies d’extractions et de transports dans ces pays.