L’opposition russe mise tout sur Navalny pour les élections municipales de Moscou

Article publié le 15 août 2013
Article publié le 15 août 2013

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

L’affaire Navalny aurait pu être un épisode de plus dans la campagne de « nettoyage » manifeste que le Kremlin mène régulièrement. L’opinion publique garde en mémoire les Pussy Riot, Sergueï Oudaltsov, Garry Kasparov ou encore Mikhaïl Khodorkovski.

Cette fois-ci l’heureux gagnant n’est autre que le populaire blogueur anticorruption et opposant Alexeï Navalny. Celui qui fût l’une des figures de proue des mobilisations citoyennes anti-Poutine de mai 2012 aurait pu mettre des bâtons dans les roues du Kremlin dans sa course vers les élections pour la Mairie de Moscou, prévues en septembre. Mais la Justice russe l’a condamné du jour au lendemain à 5 ans de prison pour détournement de fonds publics.

Pour connaître l’origine des accusations portées à l’encontre de l’avocat, il nous faut remonter en 2009, lorsqu’il exerçait la fonction de conseiller pour le compte de Kirovles, une exploitation forestière publique qui a aujourd’hui mit la clé sous la porte et qui est basée en Kirov, une région nichée en Russie centrale. D’après le Ministère public, Navalny et son associé Piotr Ofitserov (condamné à 4 ans de prison) auraient empoché près de 400.000 euros. Accusations que tous deux ont réfutés en bloc et qui les ont envoyés sur le banc des accusés lors d’un procès éclair.

Suite à l’annonce de cette nouvelle, de nombreux citoyens se sont rassemblés dans les principaux quartiers moscovites pour manifester leur soutien au leader de l’opposition. La rumeur selon laquelle il s’agirait là d’une nouvelle chasse aux sorcières ou d’un évident processus politique se répandit comme une trainée de poudre et finit par se propager à tout le pays. Une réaction qui prit de court les autorités qui avaient pris une décision encore plus incroyable avant que cet évènement ne survienne.

Force est de reconnaître que cette histoire émaillée d’un grand nombre d’absurdités fît couler encore beaucoup d’encre. Le Ministère public qui avait requis l’incarcération de Navalny demanda un jour plus tard sa libération. On soupçonne le Kremlin d’avoir téléguidé cette surprenante décision qui sera restée aux oubliettes jusqu’à ce que les accusés fassent appel et s’expriment dans la rue. Navalny s’est par ailleurs dressé en Phénix et a réitéré ses aspirations à devenir maire de la capitale russe.

C’est ainsi que s’est brisé le destin qui unissait le blogueur à un autre opposant, issu pour sa part du monde de l’entreprise, à savoir Mikhaïl Khodorkovski, l’ancien magnat du pétrole. Depuis son incarcération en 2003, cette figure a perdu de sa superbe, à l’instar des fées lorsque l’on cesse d’y croire. A l’heure actuelle il a d’ailleurs pratiquement disparu de l’espace public, au grand bonheur de nombreux oligarques qui, sous l’égide du Kremlin, continuent d’escroquer le plus grand pays du monde.

Beaucoup prêtent à Poutine le mal d’illustres monarques du passé qui vouaient une véritable obsession à des ennemis imaginaires, même ceux pas encore nés, mais ne s’aperçoivent pas que de nombreux Brutus gravitent autour deux. L’affaire Navalny a déclenché sans le vouloir une lutte fratricide pour le poste de maire de Moscou aujourd’hui en jeu, en raison des élections anticipées prévues pour le 8 septembre par Sergueï Sobianine, conseiller municipal actuellement en fonctions.

Celui que l’on surnomme l’« homme de paille » (« pistonné » par le président omniprésent) souhaite se défaire de sa mauvaise réputation et a décidé de s’en remettre aux urnes pour perdre ou remporter les élections. Il a non seulement désobéi aux ordres du parti gouvernemental de Russie Unie mais a également été encore plus loin puisqu’il s’est porté garant de la candidature de l’opposition. Pour ce faire, il a ordonné à ses 49 conseillers de donner leur aval à Navalny jusqu’à ce qu’il recueille les 110 signatures nécessaires pour présenter sa candidature.

Mais pour quelles raisons ? Il est bien évident que Sobianine comptait autant sur son charisme et son savoir-faire que sur le « cadeau » offert à son rival en le laissant participer. Ainsi, il aurait tout le loisir de mieux savourer sa victoire sans que l’on puisse lui reprocher d’avoir gagné faute de concurrents.

Il ne nous reste plus qu’à patienter. Les municipales qui semblent bien écornées avant même leur commencement avec l’arrestation de Navalny prennent une tournure qui se révèle très intéressante, au grand dam de Poutine. Le Chef du Kremlin refuse de publier les résultats de son dauphin et craint de perdre la capitale, ce qui serait vu par beaucoup comme le début de « la fin ». Nous verrons quelles surprises nous réserve le mois prochain, en supposant que les opposants soient maintenus dans l’ombre...