Long is the road

Article publié le 6 mars 2008
Publié par la communauté
Article publié le 6 mars 2008
La déconvenue face aux Anglais en était-elle vraiment une ? De part sa prévisibilité, de part sa similarité avec la défaite en demi-finale de la dernière Coupe du Monde, l’échec dans le Crunch ne m’a même pas abattu. C’est dire. Il met en lumière certaines caractéristiques de l’équipe de France, qui ne sont pas pour me rassurer.

Conquête : recherche piliers… et guerriers

La conquête du ballon, aussi bien dans les phases statiques (mêlées, touches) que dans les phases dynamiques (mêlées ouvertes), permet a une équipe de disposer de la balle, donc de diriger le jeu et de marquer des points. La conquête, c’est l’éternelle recherche du pouvoir de décision. Dans ses trois premiers matchs du Tournoi 2008, la France a affiché dans ce domaine un bilan mitigé. Correct en touche. Déficient en mêlée, avec notamment un essai de pénalité concédé aux Irlandais. Insuffisant dans les rucks et les déblayages face aux Anglais.

La mêlée tricolore souffre a mon avis d’un problème de qualité de joueurs de première ligne, mais aussi d’un manque de vécu en commun (soyons juste, ils ne sont pas non plus incompétents, et l’expérience ne s’achète pas). Les expérimentations de Lièvremont ne se sont pas toutes révélées convaincantes : sans vouloir médire, Brugnaut n’est pas encore au niveau international, Méla non plus. En revanche en troisième ligne Picamoles et Ouedraogo sont des espoirs qui ont tenu leurs promesses dès leurs premières apparitions. Il faudra néanmoins savoir patienter pour retrouver une grosse mêlée française.

Ce qui me gêne beaucoup plus, c’est le manque d’agressivité dans les rucks et dans les déblayages. Les Bleus ont pourtant un gros abattage en défense, les plaquages sont bons. Mais peu de ballons sont arrachés, ce qui permet à nos adversaires de garder la main et nous contraint à de longues et usantes séquences défensives. Symétriquement, les soutiens au porteur du ballon lorsque celui-ci est plaqué ne me paraissent pas nettoyer la zone de manière assez franche. Ce fut flagrant contre l’Angleterre il y a 15 jours, mais aussi à la Coupe du Monde, lors des deux défaites face à l’Argentine et de la défaite en demi-finale, au cours desquelles les efforts de déblayages n’étaient pas suffisants. Conséquences : on perd trop de ballons, on concède des pénalités, on perd les matchs. Et la comparaison entre le niveau français dans ce secteur et le niveau moyen des équipes de l’hémisphère sud n’est pas flatteuse, il suffit de regarder un match de Super14 ou des TriNations pour en convenir : leur devise semble etre « Moi quand on m'en fait trop j'correctionne plus, j’dynamite, j’disperse... j’ventile ». Or je ne m’explique pas ce manque d’agressivité chez nos joueurs : est-ce un problème de force physique ? Les soutiens sont-ils trop souvent en retard ? La question mérite d’être posée, la victoire contre les meilleures équipes du monde passe obligatoirement par sa réponse.

Attaque, la fameuse intelligence situationnelle

Tout avait bien commencé pour l’équipe de France dans le domaine offensif, avec de nombreux essais et beaucoup de mouvement. La nouvelle consigne lancée par Lièvremont-N’Tamack-Retière, « un maximum de jeu et de relances », plait aux joueurs et ça se voit. Mais au troisième match, face à l’Angleterre, l’adversaire s’est adapté. Par des glissements défensifs intelligents et un premier rideau fourni, les XV de la Rose a empêché les attaques françaises d’envergure. Tactiquement, ils ont choisi de ne pas déplacer le jeu par de longs coups de pied, de peur de donner des munitions aux arrières français. Au contraire, ils ont insisté au près des regroupements, gardant la balle bien au chaud par des séries de picks-and-go superbement maîtrisées.

Et dans cette situation, les Français n’ont pas changé de plan de jeu. Il fallait peut-être envoyer trois ou quatre chandelles longues pour faire reculer le mur blanc. D’autant que Balshaw n’est pas impérial sous les ballons hauts. Il fallait peut-être aussi commencer par insister un peu plus sur le jeu d’avants, pour fixer et resserrer la défense anglaise. Malgré ses ailes coupées, la France a d’ailleurs inscrit un essai… par son deuxième ligne et capitaine Nallet. CedricHeymans.jpg

Mais les Bleus se sont entêtés dans leur nouveau plan de jeu, ont cherché à jouer jusqu'à l’excès. Trop peu de coups de pieds tactiques, trop peu d’alternance. Une absence d’adaptation qui permit à l’Angleterre de ne jamais réellement trembler, même lorsque les Tricolores revinrent à 10-13 en début de deuxième mi-temps. Dans un style certes très différent, la France n’avait pas modifié son plan de jeu lors de la demi-finale de la Coupe du Monde et avait perdu de la même inexorable manière. Ce manque d’adaptation, d’ « intelligence situationnelle », rend la victoire quasi-impossible au plus haut niveau. Du point de vue de leur discours, les coachs doivent mettre un peu d’eau dans leur vin, ne pas tomber dans la caricature. Les joueurs quant à eux, notamment les plus expérimentés doivent montrer plus de souplesse dans la conduite tactique de leurs matchs futurs. Premier verdict contre l’Italie, ce dimanche.