Londres : la rave éveillée

Article publié le 17 janvier 2014
Article publié le 17 janvier 2014

Quand on va en boîte c'est sou­vent la nuit pour y faire des trucs borderline et finir par rentrer en zig-zag. « Mor­ning Glory » ren­verse ces idées re­çues. Com­men­cer dès le matin et non (se) finir à l'aube, boire des smoo­thies plu­tôt que des vodkas-pomme et se faire mas­ser au lieu d'avoir la tête en vrac, voilà qui ré­vo­lu­tionne le club­bing. Alors, what's the story, Morning Glory?

J'ai tou­jours eu beau­coup de mal à me lever à 6 heures du matin, même pour aller à la fête la plus ma­ti­nale de ma vie, ça aide pas. Je suis sorti de mon lit en gar­dant en tête que je me sen­ti­rai plus vi­vant et plus dy­na­mique que ja­mais, c'est du moins ce que m'ont fait com­prendre les or­ga­ni­sa­teurs de l'évé­ne­ment. Bien que je n'avais ja­mais fait la bringue si tôt, je vou­lais sa­tis­faire mon goût de l'aven­ture quand on m'a de­mandé si je vou­lais cou­vrir une rave à une heure aussi in­ha­bi­tuelle. Il y au­rait des mas­sages gra­tuits.

Jusqu'au bout du matin

Je me re­trou­vais bien­tôt en route vers l'en­tre­pôt en ques­tion et le brouillard d'Hox­ton, le cou re­cro­que­villé dans le col fourré de mon man­teau en com­men­çant à me de­man­der si je n'au­rais pas dû res­ter au lit. Je ne sa­vais pas à quoi m'at­tendre cette fois, car les seules teufs ma­ti­nales où je suis allé trem­paient dans une at­mo­sphère al­coo­li­sée de la veille. Je me suis condi­tionné, au cas où je me re­trou­ve­rais en pré­sence des fê­tards pro­vo­ca­teurs si com­muns dans les dis­co­thèques. En fait, j'ai plu­tôt été en­chanté quand j'ai fran­chi le seuil de l'en­tre­pôt et trouvé de joyeux bam­bo­cheurs en bonne santé en train de dan­ser jus­qu'au bout du matin.

N'ayant pas vécu ce genre de réunion en mu­sique, je n'au­rais ja­mais cru que ça pour­rait avoir lieu à ce mo­ment de la jour­née. Entre le pi­toyable re­tour de boîte de mer­credi et l'at­mo­sphère qui rei­gnait entre ces murs, y'avait pas photo. Les pro­jec­teurs co­lo­rés et la mu­sique forte et ta­pa­geuse avaient déjà fait effet sur la foule des lève-tôt qui sau­taient et dan­saient gaie­ment sur la voie de la conscience. Tout le monde dé­ga­gaient une eu­pho­rie et un en­thou­siasme dé­bor­dant, et re­la­ti­ve­ment conta­gieux puisque je n'étais plus dans le gaz.

L'évé­ne­ment at­tire une mul­ti­tude de sobres au­da­cieux, des nanas en tutu au groupe de gars qui s'agitent n'importe comment en passant même par quelques em­ployés de bu­reau en cos­tume. La ma­jo­rité des per­sonnes ont entre 20 et 30 ans, mais c'était aussi sympa de voir quelques fi­gures bien plan­tées aux âges res­pec­tables qui se don­naient plus que cer­tains, si j'ose dire. Les te­nues ha­billées fai­saient flo­rès, les fripes fla­shy étaient presque de trop dès le matin.

Je n'ai pas pu m'em­pê­cher de consta­ter que tout le monde avait une pas­sion sin­gu­lière pour la danse, ils étaient d'ailleurs vrai­ment bons pour ça, comme ce couple en po­si­tion de tango, ou les mecs tout en col­lants et en pi­rouettes sur la scène du de­vant. Un tel ni­veau de danse sur une piste bien éclai­rée me fai­sait hé­si­ter à dé­coin­cer quelques pas li­mi­tés et en­gour­dis. Pour­tant, après quelques en­cou­ra­ge­ments de mes gen­tils fê­tards, j'ai fini par me lâ­cher dans la foule dan­sante.

Les DJ étaient au centre de tous les re­gards da­van­tage que dans une soi­rée ha­bi­tuelle, en voyant nos lève-tôt im­pa­tients et ré­cep­tifs ap­pré­cier l'ar­ri­vée de chaque mor­ceau et se l'ap­pro­prier pour que tous se re­layent et chantent la sé­ré­nade au DJ sur scène. Le panel de mu­sique al­lait de la ban­ging house aux clas­siques de boîtes de nuit en pas­sant par les hits du mo­ment. Un éclec­tisme suf­fi­sant pour conten­ter tout le monde et conti­nuer à se re­muer.

À la dif­fé­rence d'une soi­rée en ville arro­sée de quelques shots de Sam­buca, les convives d'Hox­ton s'ac­cordent des cafés de qua­lité et des jus mul­ti­vi­ta­mi­nés pour mieux dé­clen­cher l'éveil du corps et de l'es­prit. On y offre des mas­sages, mais seule­ment si on ar­rive assez tôt pour s'ins­crire. Je l'ai mal­heu­reu­se­ment ap­pris à mes dé­pends.

La  « rave du matin » ne s'est peut-être pas ré­vé­lée la cure ef­fi­cace contre les ré­veils dif­fi­ciles (Le matin, ça ne sert à rien, comme di­sait Jean-Jacques, ndt) , mais c'est une ré­ponse ra­fraî­chis­sante et dy­na­mi­sante à la rou­tine mo­no­tone du matin. C'est aussi une bonne al­ter­na­tive aux boîtes de nuit que notre gé­né­ra­tion s'est ha­bi­tuée à fré­quen­ter. Mal­gré le fait que je sois sou­vent gro­gnon de bon matin, j'ai réussi à me lâ­cher et à beau­coup ap­pré­cier cet évé­ne­ment. « Mor­ning Glory » plante donc des belles de jour dans les dis­co­thèques.