L’Odyssée : le cinéma autrement

Article publié le 17 avril 2009
Article publié le 17 avril 2009
Par Jean-Baptiste Mathieu Samedi 18 avril Café Babel Strasbourg organise le débat « 2009 enfin des élections européennes ? » au Cinéma Odyssée. Cet évènement est l’occasion aussi de mettre en avant un lieu unique qui le mérite largement.
Alors que les écrans des salles de cinéma européen sont majoritairement occupés par les productions Hollywoodiennes, l’Odyssée par une programmation qui lui est propre permet a son public d’accéder au cinéma européen (notamment par l’intermédiaire de cycles nationaux) et, ainsi, fait vivre la diversité cinématographique.

L’Odyssée, c’est tout d’abord un lieu, un théâtre cinématographique achevé en 1913 qui d’abord baptisé Union Theater deviendra le cinéma ABC dans les années 50 pour s’éteindre en 1986. En 1992, l’Odyssée voit le jour conformément au projet des rencontres cinématographiques d’Alsace retenu par la Ville, propriétaire des lieux. L’objectif est double, faire de ce cinéma un espace culturel et pédagogique en direction du milieu scolaire, mais aussi lui donner une vocation européenne en mettant l’accent sur les cinématographies d'Europe.

Le cinéma européen : un cinéma étranger chez lui

L’Etat des lieux est inquiétant. En moyenne en Europe 28% des films qui sont programmés dans les salles sont des films nationaux. La France, qui est une exception voit ce chiffre s’élever à 45 %. En tout état de cause le cinéma national est minoritaire en Europe. Ce rapport de force défavorable aux films nationaux condamne le cinéma européen. L’hégémonie hollywoodienne est à l’origine de ce constat. Les films américains amortis sur leur propre territoire se lancent à la conquête de l’Europe et du monde avec des budgets de promotion qui s’élèvent, en moyenne, à la hauteur du coût d’un film français. Cette lutte déloyale dans lesquels les effets spéciaux sont devenus une arme pour fidéliser le spectateur étouffe les productions européennes. L’absence de dispositif assurant un nombre de jours réservés au cinéma national (ou européen) comme cela est le cas en Corée du Sud offre une autoroute aux productions hollywoodiennes.

L’Odyssée : la possibilité de la diversité cinématographique

Au-delà de ce que sont les films hollywoodiens, de ce qu’ils véhiculent ou justement de ce qu’ils ne véhiculent pas, c’est avant tout l’absence de diversité offerte au public qui pose problème. C’est pour lutter contre cette « colonisation de l’imaginaire individuel et collectif » que Faruk Günaltay, directeur programmateur de l’Odyssée, travail avec ses collaborateurs à une programmation originale qui met en valeur des films qu’on ne peut pas voir ailleurs. L’Odyssée crée sa propre actualité avec des quinzaines réservées au cinéma russe, espagnol, allemand… mais aussi en fonction de ce qui se passe à Strasbourg ou dans le monde comme le cycle « Président US et contre-sommet à l’Odyssée ».

Cette lutte contre un modèle dominant, renvoie aussi à une conception du spectateur plus profonde qu’un consommateur en besoin de sensation forte. Il s’agit de proposer de nouveaux horizons d’attiser par la découverte la curiosité du public. Alors même que la devise de l’Union européenne est « unie dans la diversité » on comprend bien, après avoir passé du temps à l’Odyssée, que le cinéma peut être un extraordinaire vecteur d’intégration européenne en permettant la découverte de pays, cultures et identités voisines. C’est la présence d’initiative et de travail comme celui que mène l’Odyssée qui permet à Strasbourg de revendiquer au quotidien un statut de capitale européenne.