Littoral grec : les droits civils bafoués

Article publié le 19 juin 2014
Article publié le 19 juin 2014

Attention cet article n'est paru dans aucun groupe du magazine et n'a donc fait l'objet d'aucune relecture.

Le lit­to­ral de la Grèce, qui s'étend sur plus de 10 000 ki­lo­mètres, est consi­déré comme la res­source la plus im­por­tante du pays. La Consti­tu­tion grecque est très à che­val sur le res­pect de l'en­vi­ron­ne­ment, et l’ac­cès pu­blic à la mer est pro­tégé par la loi. Mais ce droit fon­da­men­tal est au­jour­d’hui à vendre.

Le lit­to­ral grec n’est pas seule­ment une res­source, mais un as­pect fon­da­men­tal de la culture grecque. L’ac­cès pu­blic à la mer est pro­tégé par la loi, mais les choses pour­raient au­jour­d'hui chan­ger puisque le mi­nistre des Fi­nances a pro­posé une lé­gis­la­tion au­to­ri­sant les in­ves­tis­seurs pri­vés à ac­qué­rir des lo­caux sur la côte et sur la plage. Mais une ré­sis­tance s'or­ga­nise. J’ai ren­con­tré Vi­vianna Me­tal­li­nou dans un res­tau­rant sur la pro­me­nade du bord de mer de Thés­sa­lo­nique (nord est). Après un ac­cueil cha­leu­reux, elle com­mande des ca­la­mars frits et de l’Ouzo.

Vi­vianna est une femme oc­cu­pée. Je l’ai contac­tée grâce à  sa pé­ti­tion en ligne  sur change.​org contre la nou­velle lé­gis­la­tion. Alors que nous dis­cu­tons, j’ap­prends qu’elle est ar­chi­tecte, di­plô­mée du pres­ti­gieux Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­logy (MIT), et qu’elle se pré­sente au Conseil mu­ni­ci­pal le 18 mai.

LA PLAGE EST UN DROIT FON­DA­MEN­TAL

Lorsque nous par­lons enfin de la pé­ti­tion, elle donne son pre­mier com­men­taire : « c’est un acte de pro­vo­ca­tion ». « La dé­ci­sion de vendre les plages a été prise en se­cret et avant tout par des consul­tants éco­no­miques, non par des re­pré­sen­tants élus par le peuple », ex­plique-t-elle. De­puis le début de la crise, ce n’est pas la pre­mière fois que les droits fon­da­men­taux du peuple grec ont été ba­foués. La ma­ni­pu­la­tion très libre de la Consti­tu­tion est de­ve­nue évi­dente avec les pro­blèmes de soins : seul un tiers des Grecs pos­sède une as­su­rance méa­la­die et a accès aux soins mé­di­caux.

La crise contrôle en­core le pays, et en ven­dant des biens de l’État, le gou­ver­ne­ment d'Athènes es­père la re­prise éco­no­mique tant at­ten­due. Une stra­té­gie im­po­sée par la Troïka pour rem­bour­ser les dettes du passé. Dans son der­nier rap­port, il a été sou­li­gné que le pro­ces­sus de pri­va­ti­sa­tion n’avait pas ob­tenu de ré­sul­tats sa­tis­fai­sants.​ TAI­PED, une so­ciété basée à Athènes, est res­pon­sable des tran­sac­tions. Son unique ac­tion­naire est l’État grec. Tout est à vendre : les aé­ro­ports, les ports, les ma­ri­nas, les en­tre­prises de gaz ou d'eau, et aussi les ter­rains. Mal­heu­reu­se­ment, TAI­PED ne brille ni par son suc­cès, ni par sa trans­pa­rence. On sait donc que main­te­nant, l’EOT (Or­ga­ni­sa­tion na­tio­nale du tou­risme), qui ré­pond di­rec­te­ment du mi­nis­tère de la Culture et du Tou­risme, a donné le feu vert à TAI­PED pour vendre les lo­caux sur les plages à des in­ves­tis­seurs pri­vés.

LE TOU­RISME N’A PAS BE­SOIN DE PLAGES PRI­VÉES

« Cer­tains lo­caux, d’ac­cord, mais pas tous et sans rè­gle­men­ta­tions », cri­tique Vi­vianna en dé­non­çant le côté ra­di­cal de l’ac­tion prise par le gou­ver­ne­ment. « Tout le monde, avec assez d’ar­gent peut venir et ache­ter un bout de plage, y faire tous les chan­ge­ments qu’il veut, même bé­ton­ner des par­ties du lit­to­ral. La Grèce prend donc le risque de dé­truire ses côtes, comme cela s’est passé sur une par­tie du lit­to­ral en Es­pagne. Mais le plus grave, c’est que les po­li­ti­ciens d’Athènes vendent res­sources les plus pré­cieuses de la Grèce. Et puis, le pays qui dé­pend lar­ge­ment du tou­risme, sait de­puis les an­nées 50 et 60 que le bu­si­ness pen­dant les va­cances marche par­fai­te­ment sans plages pri­vées », ajoute-t-elle.

Entre 1957 et 1967, l’ar­chi­tecte grec Aris Kons­tan­ti­ni­dis était en charge du pro­jet Xenia, une ini­tia­tive de l’Or­ga­ni­sa­tion na­tio­nale du tou­risme dont le but était de dé­ve­lop­pe­r et struc­turer le sec­teur tou­ris­tique. La ca­rac­té­ris­tique prin­ci­pale de Kons­tan­ti­ni­dis était son ap­proche du­rable. Son style est ca­rac­té­ris­tique car c'est une forme de lan­gage mo­derne, qu’il per­çoit comme la conti­nuité de la tra­di­tion grecque. Ses bâ­ti­ments, non seule­ment se fondent dans le pay­sage avec leurs cou­leurs et leurs di­men­sions, mais ils prennent aussi en consi­dé­ra­tion les condi­tions cli­ma­tiques, en four­nis­sant des zones d’ombres et en uti­li­sant des ma­té­riaux tra­di­tion­nels. La ma­jo­rité de ses construc­tions fait par­tie de l’hé­ri­tage cultu­rel, et a fa­çonné le tou­risme en Grèce de­puis des dé­cen­nies, en ne fer­mant ja­mais au pu­blic l’ac­cès à la plage.

BAT­TEZ-VOUS POUR VOS DROITS

Au­jour­d’hui, la loi 2971/2001 qui ga­ran­tit le libre accès à la plage est dra­ma­ti­que­ment mo­di­fiée et les res­tric­tions im­po­sées par l’Ar­ticle 24 de la consti­tu­tion, pour pré­ser­ver l’en­vi­ron­ne­ment, sont ca­duques. « La Grèce est un pays nau­tique. La mer est notre mode de vie », dé­clare Vi­vianna en sou­li­gnant le dan­ger de la lé­gis­la­tion pour la po­pu­la­tion. Et la large ré­sis­tance des Grecs contre la nou­velle lé­gis­la­tion lui donne rai­son. En plus de sa pé­ti­tion sur change.​org qui a mo­bi­lisé plus de 25 000 si­gna­tures en seule­ment quelques jours, une autre pé­ti­tion est en ligne sur avaaz.​org ainsi que de nom­breuses ini­tia­tives sur les ré­seaux so­ciaux. C'est sur­tout sur In­ter­net que le nombre de per­sonnes aug­mente pour s’op­po­ser au manque de res­pect dont le gou­ver­ne­ment fait preuve en­vers les prin­cipes dé­mo­cra­tiques et éthiques. Mais il n’y a pas que l’éthique, pour Vi­vianna, « le conflit est réel, il est po­li­tique et nous de­vons nous battre pour nos droits ».