Littérature : sex on the books

Article publié le 27 septembre 2013
Article publié le 27 septembre 2013

Cette semaine, Pavel Astakhov, médiateur de la jeunesse en Russie, a déclaré que, pour ne pas pervertir les enfants, l’école ne dispenserait plus de cours d’éducation sexuelle. À la place, il propose que les jeunes lisent des classiques afin d’apprendre tout ce qui est nécessaire sur l’amour, l’abstinence et les valeurs familiales.  L’éducation sexuelle dans quelques classiques de la littérature.

Russie

Anna Karénine (1877) – Léon Tolstoï

« Je crois que s'il y a autant d'opinions que de têtes, il y a aussi autant de façons d'aimer qu'il y a de cœurs. »                                        

Dans Anna Karénine de Tolstoï, l’amour et la tristesse s’entrelacent, le désir est assombri par les pressentiments et le sexe est la faille des personnages. La belle aristocrate, Anna Karénine, lasse et insatisfaite par son mariage dénué de passion avec un ministre du gouvernement, trouve l’amour dans les bras d’un officier débonnaire, le Comte Vronski. Son mariage part à vau-l’eau et sa relation extraconjugale est révélée au grand jour. Anna Karenine est alors rejetée par la société ainsi que par ses amis. Sa relation avec Vronski commence, elle aussi, à s’effriter aidé par l’hypocrisie de la société qui permet à Vronski de continuer à mener une vie normale alors qu’Anna est bannie et seule. Jalouse, paranoïaque et possessive, Anna craint que Vronski ne la quitte. Après une querelle particulièrement virulente, elle se jette sous les roues d’un train. Cœurs brisés, désespoir et suicide… la littérature russe n’a jamais eu la réputation d’être joyeuse.

ITALie

Le Décaméron (1353) - Giovanni Boccaccio

« Bouche embrassée ne perd pas sa fortune ; au contraire, elle se renouvelle comme à lune. » 

L’écrivain de la Renaissance, Giovanni Boccacio, avait des idées peu conventionnelles pour son époque. Il pensait, par exemple, que la femme était en fait un être humain et avait l’idée encore plus saugrenue de croire qu’elle pourrait, à certains égards, être l’égale des hommes. Dans Le Décaméron, souvent considéré comme précurseur des Contes de Canterbury, Boccacio a rassemblé ses dix jeunes personnages dans une villa isolée de campagne pour leur faire raconter des histoires sur la vie, les péchés, l'amour et le désir. Ces récits sont truffés de sexe : d’un couvent de nonnes qui engagent un jardinier pour satisfaire leurs besoins sexuels à l’ermite qui déflore une jeune fille uniquement pour découvrir que son appétit sexuel surpasse de loin le sien aux jeux et affaires extraconjugales à profusion. Boccacion évite de porter des jugements et considère que les lois de la nature sont plus fascinantes que les simples règles de moralité sociale. Dans ses histoires, qui vont de l’humoristique au tragique, Boccacio décrit l’amour et le sexe comme des forces de la nature incontrôlables. 

Irlande

Dracula (1897) – Bram Stoker

« Sur ses traits était peinte une volupté à la fois émouvante et repoussante et, tandis qu’elle courbait le cou, elle se pourléchait réellement les babines comme un animal… Sa tête descendait de plus en plus. Je fermais les yeux dans une extase langoureuse. »

Ce roman épistolaire du 19ème siècle ne parle que de sexe. Bien avant que Twilight ne rende les filles dingues des vampires, le Comte Dracula séduisait les femmes en se faisant inviter dans leurs chambres. Et sa peau à lui ne brillait pas. L’aristocrate assoiffé de sang aime corrompre les jeunes et chastes anglaises en incarnant à la fois une figure paternelle et leur partenaire sexuel. Et il fait bien pire. La dichotomie qui oppose la madone avec la prostituée a rarement été si déplaisante dans ce texte qui illustre la terreur victorienne de la sexualité féminine. En une morsure, le Comte Dracula transforme la douce et chère Lucy en une prédatrice sexuelle suceuse de sang ; ses anciens prétendants, horrifiés à l’idée que Lucy morte-vivante ne se réveille en eux, s’allient pour planter un pieu dans son cœur. Un grand pieu de bois. Pas besoin d’être Freud pour comprendre… Nécrophilie, inceste et orgies : ce livre figurera-t-il dans la liste des classiques de Poutine ?

Espagne

Don Quichotte (1605) — Miguel de Cervantes

« Il n’y eut aucune étreinte. Lorsque l’amour est fort, on le montre souvent peu. »

Don Quichotte est une grande parodie du genre de la romance médiévale. Le principal protagoniste, mentalement dérangé et trop influencé par les romans de chevalerie, change son nom et celui de son cheval et se met en route pour une quête. Sa grande passion est en fait imaginaire. Don Quichotte, alors d’âge mûr, s'entiche d'une fille venant d’une ferme environnante, Dulcinea Del Toboso, et décide de défendre son honneur dès qu’il en a l’occasion, s’en prenant aux moulins à vent et accostant les étrangers au nom de la chevalerie et de son amour. Calme-toi mon cœur qui bat… Cette romance est assez chaste, mais principalement parce que l’histoire tient de l’imaginaire. À la fin du récit, lorsque Don Quichotte retrouve la raison, il lègue sa fortune à sa nièce à condition qu’elle ne se marie pas à un homme qui lit des livres de chevalerie. Morale de l’histoire ? La fantaisie ne fait pas partie de la réalité et l’on ne doit pas croire tout ce qu’on lit dans les livres (prends-en bonne note Poutine).

FRANCE

La Philosophie dans le boudoir (1795) — Marquis de Sade

« Que désire-t-on quand on jouit ? Que tout ce qui nous entoure ne s’occupe que de nous, ne pense qu’à nous, ne soigne que nous… Il n’est point d’homme qui ne veuille être despote quand il jouit. »

Lorsqu’on pense à la France, on pense directement au romantisme. Détrompez-vous. Le Marquis de Sade, aristocrate libertin, dont le nom a donné naissance au mot « sadisme », a écrit des traités érotiques où il glorifie la torture, le viol et avant tout la recherche du plaisir sexuel. Dans La Philosophie dans le boudoir, la chaste Eugénie est envoyée par son père chez Madame Saint-Ange aidée de ses acolytes pour recevoir une éducation sexuelle. En détaillant crûment des rencontres hétérosexuelles et homosexuelles, des viols, de la torture, de la violence et de l’inceste, le livre brise tous les tabous de l’époque et même certains qu’on ne saurait soupçonner. La moralité est rabaissée à une simple structure sociale alors que les personnages du livre corrompent et sont corrompus dans tous les sens du terme. Encore aujourd’hui, les écrits de Sade sont choquants. Ce n’est probablement pas ce à quoi pensait Poutine…